Carte postale de Châteauneuf-du-Pape : Vieux Donjon et Clos des Papes (1)

Il y a quelques jours, Angélique de Lencquesaing a fait une incursion dans les vignes de Châteauneuf du Pape. A la rencontre de quelques domaines passionnants et de vignerons formidables. Récit.

Cap sur l’appellation Châteauneuf du Pape, où je suis partie à la rencontre de plusieurs domaines partenaires d’iDealwine, à qui nous aimons tant rendre visite dès que l’occasion se présente. Récit en cartes postales d’un joli marathon passant par les domaines du Vieux Donjon, du Clos des Papes, la Janasse, du Mas Saint-Louis et du domaine Brunel (Les Cailloux). Avant de s’achever par un émouvant échange avec Jacqueline André (Domaine Pierre André).

Châteauneuf-du-Pape ? Une vaste appellation qui couvre 3200 hectares au sud du vignoble rhodanien. A la clé, des terroirs et des sols variés, dont ces fameux galets roulés qui forgent l’identité de l’appellation.

Vous avez forcément entendu parler des fameux galets roulés qui font la gloire de l’appellation Châteauneuf du Pape (et donnent facilement des entorses si on ne fait pas attention)

Première étape de notre tournée rhodanienne, le domaine du Vieux Donjon

Le domaine du Vieux Donjon s’étend sur 17 hectares, dont un de blanc. Le vignoble a été constitué par les grands-parents de Claire Michel. Il compte notamment 8 hectares sur le plateau de la Crau et, à Cabrières, en contrebas du plateau, des sols argileux apportent plus de fraîcheur, ils sont complétés par les sols sablonneux, propices à l’épanouissement du grenache.

Ces vieux plants de mourvèdre taillés en gobelet se dressent fièrement vers le ciel.

Le domaine a entamé sa conversion vers le bio en 2021, visant une certification en 2024. Lors des vendanges, un premier tri est effectué à la vigne. Les baies sont ensuite ramenées au chai, puis éraflées de manière variable selon les cépages : les grenaches sont éraflés pour moitié environ, tandis que syrahs et mourvèdre le sont intégralement.

Au domaine du Vieux Donjon, les vinifications sont menées en cuves béton. Claire Michel procède à une co-fermentation des cépages par date de récolte. Les extractions sont légères, et l’équipe procède à un remontage quotidien.

L’arrière-grand-père de Claire Michel était tonnelier. Les vins sont élevés en foudres de Hongrie, pour certains âgés de 60 ans, durant 12 à 18 mois selon le millésime. On réserve les vieux foudres aux cépages les plus tanniques. L’assemblage final est réalisé au bout d’un an. La récolte est alors remise en foudre, ou achevée en cuves béton. Le domaine produit habituellement 60 000 bouteilles de rouge. Une récolte amputée ces dernières années, 2021 n’a permis de produire que 45 000 bouteilles.

C’est parti pour la dégustation !

Le châteauneuf-du-pape blanc 2021, issu de vignes âgées d’une trentaine d’année (50% clairette – 50% roussanne) n’est élevé qu’en cuve, pas de bois pour ce jus très fin.

Nez frais de fleurs blanches et d’amande, suivi de notes de fruits jaunes

En bouche, une attaque douce, tout en rondeur, trame légère, matière joliment acidulée et relevée d’épices douces. L’ensemble est vif, doté d’une belle tension. La finale déploie quelques notes végétales qui ponctue l’ensemble d’une élégante sensation de fraîcheur.

En rouge, le domaine est planté à 75% de grenache, 10% de syrah, 10% de mourvèdre et 5% de cinsault. Certains plants de grenache ont plus de 100 ans !

Le châteauneuf-du-pape rouge 2020, tout juste mis en bouteille (en mars 2022), est issu d’une année chaude, il a fallu vendanger tôt. Au nez, il déploie des notes acidulées de baies, très fines et gourmandes. En bouche, l’attaque est vive, livrant un bouquet de fruits rouges plein de fraîcheur. L’ensemble est plein d’énergie. La finale laisse la place à des arômes salivants de viande et d’herbes de Provence, très juteuse et légèrement fumée.

Le châteauneuf-du-pape rouge 2019 offre dans le verre une robe plus dense et concentrée. Au nez, on trouve des arômes de framboise écrasée, de fruits rouges bien mûrs, complétés par des flaveurs giboyeuses. En bouche la matière est à la fois puissante et très fine, la trame délicate. Beaucoup d’éclat dans ce vin jusqu’à la finale, précise et dotée d’une agréable fraîcheur minérale, complétée par d’élégantes notes florales (pivoine).

Claire Michel nous a réservé une surprise : son châteauneuf-du-pape rouge 2010 qui nous permet de nous projeter. La robe se montre déjà quelques traces d’évolution, elle est très légèrement tuilée. Au nez, le fruit encore bien présent est complété par des arômes tertiaires de fougères et de sous-bois, agrémentés de belles notes giboyeuses. En bouche, on retrouve la signature d’une matière à la fois bien enveloppante, puissante et dotée d’une fine acidité. La trame est soyeuse, concentrée, élégante. 

Visite du Clos des Papes

Cap maintenant sur le domaine du Clos des Papes, une signature historique de l’appellation, propriété de la famille Avril.

Paul-Vincent Avril a repris les rênes du Clos des Papes en 2009. Cet œnologue a roulé sa bosse de Bordeaux à Paris, en passant par l’Australie, où il a passé 8 ans avant de revenir au domaine. Garant d’une philosophie traditionnelle, Paul-Vincent Avril se méfie des effets de mode. « si les Romains avaient eu des cuves thermo-régulées, ils n’auraient sans doute pas utilisé d’amphores », assène-t-il avec un petit sourire. Pour lui, tout se joue dans les vignes. « On est là pour sublimer la nature, on doit respecter nos vignes, rechercher une belle matière première, une juste maturité phénolique ».

Le Clos des Papes produit 100 000 bouteilles dont 12 000 de blancs. Les vignes s’étendent sur une mosaïque de 24 parcelles, réparties sur 35 hectares. Les rendements sont minuscules, 20hl/hecatre en moyenne. Lors des vendanges, deux tris sont effectués directement à la vigne, puis encore un au chai. La vendange passe dans l’égrappoir-fouloir, car elle est, depuis 1991, complètement égrappée. S’ensuit une macération des baies un peu allongée, mais attention, Paul-Vincent Avril se méfie des excès d’extraction qui pourraient basculer vers le végétal. Pas de pigeage donc, ni de délestage. Les vins passent l’hiver en cuves où s’effectuent les fermentations malolactiques.

Au moment de notre visite, l’équipe procède aux embouteillages et étiquetage des 2021 (blancs) du domaine.

Après avoir passé l’hiver en cuve les vins sont placés en foudres. Le vigneron utilise les foudres neufs pour élever sa cuvée « Les vins d’Avril ». Les châteauneufs, eux, ne connaissent ainsi pas le bois neuf, les foudres dans lesquels ils sont placés étant âgés de 4 ans au moins. L’assemblage est réalisé à l’issue de 12 mois d’élevage. Avant la mise en bouteille les vins sont homogénéisés durant deux mois.  Pas de cuvée prestige, ici, le Clos des Papes ne produit qu’une cuvée de Châteauneuf-du-pape. Une signature respectée de ses pairs, comme nous l’entendrons tout au long de notre périple.

Le châteauneuf 2019 que nous dégustons se montre sur la réserve. Composé à 55% de grenache, 30% de mourvèdre, 10% de syrah et 5% de counoise, muscardin, et vaccarèse, il offre un nez discret de fruits très noirs. En bouche se déploie un jus concentré, puissant, dense et profond. L’ensemble, musclé, affiche une belle tension. La finale est précise, fraîche.

Descente dans les Caves du Clos des Papes…

Une coupe verticale dans le sol nous permet d’apercevoir le terroir du domaine.

C’est ici qu’est jalousement conservés, année après année, une partie de la production, le domaine a ainsi constitué une jolie bibliothèque de vieux millésimes.

Fin de la première étape de cette incursion à Châteauneuf-du-Pape. Découvrez la suite dans quelques jours !

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