Bordeaux 2020 | Château Figeac se dote d’un nouveau chai à la mesure de ses ambitions

Le nouveau chai de Château Figeac – Crédit : Virginie Ohrensstein

Depuis le temps que nous l’attendions… le nouveau chai de Château Figeac est l’aboutissement d’une réflexion engagée depuis plusieurs années, qui s’est concrétisée par la réorganisation de la direction de la propriété autour de Madame Manoncourt, la rénovation de l’ensemble des installations techniques et d’accueil, qui avaient été précédemment aménagées avec son époux, Thierry Manoncourt, au début des années 1970. Une transition dans la continuité de « l’esprit Figeac » cher à la famille de cet homme visionnaire.  

 

L’empreinte de l’« esprit Figeac »

Un chantier d’envergure a été entrepris il y a trois ans au château Figeac. L’objectif ? Doter la propriété d’un outil digne des qualités hors normes du cru, tout en respectant à la lettre « l’esprit Figeac ».  Car ce fameux « esprit Figeac » résulte d’une alchimie associant une famille passionnément attachée à une terre acquise en 1892, à un état d’esprit précis et innovant, respectueux de son environnement et soucieux de préserver l’avenir. Cette empreinte familiale forte est aujourd’hui incarnée par Madame Manoncourt. Une femme pétillante, longtemps demeurée dans l’ombre de son mari, ingénieur agronome visionnaire qui a contribué à hisser Figeac vers les sommets. « Je n’avais pas le droit de prendre part aux visites, car, dès que j’apparaissais, mon mari disait que les esprits se déconcentraient, l’attention retombait !». Thierry Manoncourt a donc dirigé d’une main de fer la propriété, faisant souffler sur Figeac un esprit innovant, libre, volontiers iconoclaste : c’est lui qui a entrepris dès son arrivée, à 30 ans, une étude approfondie des sols, afin de procéder progressivement à la replantation du vignoble. Un choix audacieux qui octroie la part belle aux cabernets, sauvignon et franc, l’une des grandes originalités de cette propriété de la rive droite, où le merlot est traditionnellement roi. Aujourd’hui encore, l’encépagement compte 35% de cabernet sauvignon, 30% de cabernet France et 35% de merlot sur un vignoble qui a été renouvelé d’un tiers au cours de la dernière décennie. C’est également Thierry Manoncourt qui a instauré dès 1964 la mise en bouteille à la propriété, puis l’élevage à 100% en barriques neuves, et enfin, c’est lui qui a entrepris l’édification d’un nouveau chai au début des années 1970. Depuis la disparition de Thierry Manoncourt en 2010, à la veille de son 65ème millésime, son épouse Marie-France, elle aussi entièrement dévouée à Figeac, tient aujourd’hui d’une main ferme et délicate les rênes de cette propriété qui compte, outre le vignoble de 41 hectares, près de 12 hectares de parcs, de prairies, un étang, une rivière, sans oublier la fameuse collection de roses de Bengale ponctuant les rangs de vignes, ni le jardin potager où Madame Manoncourt récolte chaque jour les légumes destinés à la table familiale – j’ai eu la chance de venir au début de la savoureuses saison des asperges, une merveille ! -. Un bel écosystème, sur lequel la famille Manoncourt veille jalousement. Blandine de Brier, en charge du patrimoine bâti et naturel, s’est ainsi bagarrée pour éviter la coupe des arbres ornant l’entrée du domaine, obligeant les tracteurs, grues et autres engins de chantier à contourner ces augustes spécimens de phyllirea.

 

 Nouvelle gouvernance, nouvelles ambitions

Co-gérante avec Jean-Valmy Nicolas, venu en voisin – il assume avec brio les mêmes fonctions dans sa propriété familiale de Pomerol, le Château La Conseillante -, Madame Manoncourt est entourée de ses filles Hortense Idoine (ingénieure agronome) et Blandine de Brier (IEP Bordeaux), tandis que Frédéric Faye, entré comme stagiaire à Figeac en 2002 à l’issue de ses études (Bordeaux Sciences Agro), a été nommé Directeur Général de la propriété en 2013. L’esprit de cohésion au sein des équipes est fort, en témoigne le parcours et la fidélité de ses membres, à l’instar de Christophe Lafon, le chef de culture qui fêtait au printemps son trentième millésime à Figeac. Ou, plus exactement, qui n’a pas eu le loisir de le fêter vraiment, le gel s’étant invité dans les soirées des derniers jours d’avril, faisant chuter les températures à -3° jusqu’aux premières heures du matin…

Partons ensemble à la découverte de ces impressionnantes installations.

« Que tout change, pour que rien ne change »… La perspective et l’allée qui mènent à la cour d’honneur de la propriété, classée, n’ont pas été fondamentalement modifiées par les travaux.
Blandine de Brier-Manoncourt et Christophe Lafon, devant l’entrée de Figeac.

Vues des vignes, les nouvelles installations couvrent une surface de… 5000m2 ! Un ensemble pharaonique, qui se veut pourtant discret car près des deux tiers des espaces sont enterrés (63%), jusqu’à 17 mètres sous la terrasse initiale. Une performance, n’est-ce pas ? Notez que ces photos ont été prises par une maussade journée de printemps. Sous ce ciel menaçant, la vigne se remettait alors tout juste des nuits glaciales de la fin avril… Les raisins qui vont naître ont tout de même un privilège insigne : ce sont eux qui inaugureront les nouvelles installations lors de la vendange 2021…

 

L’entrée du chai est protégée par une double porte impressionnante. Les ceps de vigne qui la décorent ont été dessinés par les petites filles de Madame Manoncourt.

 

Bienvenue dans la cathédrale Figeac, formée d’une allée de 40 cuves tronconiques en inox derrière lesquelles vous distinguez le cœur du bâtiment, un cercle de 8 cuves en bois de chêne (français bien sûr). Vinifications parcellaires, intra-parcellaires même : ces nouvelles installations vont permettre de travailler avec une précision renforcée chaque parcelle d’un vignoble jalonné de croupes de graves – un relief idéal pour le drainage – reposant sur un sol de silex et de quartz, associés aux fameuses argiles bleues, si recherchées et précieuses. Selon ses caractéristiques, chaque lot sera ainsi vinifié dans les cuves de bois ou d’inox, sachant que les cuves bois seront également destinées à accueillir les macérations post-fermentaires. Notez que la propriété, toujours en quête de nouveauté, a installé un petit atelier de R&D pour y mener quelques expériences destinées à hisser toujours plus haut le niveau d’excellence des vins.

 

Au sommet du bâtiment, la salle de dégustation offre une vue imprenable, au fond, sur les vignes, et à gauche, sur le cuvier où vous distinguez le fameux sceau de Figeac qui orne l’étiquette des vins. Reconnaissable entre toutes, celle-ci avait été dessinée en 1906 par Robert Villepigue, grand-oncle de Thierry Manoncourt, aux commandes du domaine à cette époque.

La première version de l’étiquette de Château Figeac, dessinée en 1906

 

Dégustation du millésime 2020

Château Figeac n’a pas échappé en 2020 aux caprices d’une météo extrême, marquée par un printemps humide et les attaques de mildiou qui l’ont accompagné, contraignant les équipes à s’adapter à la pousse rapide et désordonnée de la vigne. Après les gelées de début mai la sécheresse s’est installée durant les mois d’été, sans canicule toutefois car les nuits sont demeurées fraîches. Un soin particulier a été apporté au vignoble, avec des vendanges en vert pour soulager la vigne, et des petits labours pour lui restituer les dernières traces d’humidité présentes dans le sol.

Les vendanges, qui se sont déroulées sur cinq semaines, ont produit un millésime marqué par la richesse. Dès lors, pour Frédéric Faye (ici avec Blandine de Brier-Manoncourt), l’enjeu consistait à éviter à tout prix les excès. Les merlots ont été récoltés avec le plus grand soin pour préserver la fraîcheur des baies, et leur éviter un caractère surmûri. On n’aime pas trop le pruneau à Figeac, ou alors, pas dans les vins… Les vinifications ont ainsi été menées avec doigté. L’expression « infusion », plutôt qu’extraction, qui se répand dans les discours des vinificateurs, est une réalité ici. Pas de délestage ni de pigeage, des petits remontages légers, un travail tout en douceur, donc, qui donne un résultat plein de finesse pour une récolte 2020 qui aura finalement réservé de belles surprises à l’équipe, avec des rendements confortables et une production de grand vin représentant les 2/3 de la vendange.

Château Figeac 2020

37% merlot, 32% cabernet franc, 31% cabernet sauvignon

Doté d’une robe d’un rubis éclatant, Figeac 2020 livre un nez subtil de fruits rouges, associés à des notes minérales et florales, de discrètes notes mentholées lui confèrent beaucoup de fraîcheur et une élégance discrète.

En bouche, les cépages se répondent, se complètent harmonieusement. L’attaque est délicate, douce, tout en rondeur – la marque du merlot-, dévoilant progressivement un fruit parfaitement mûr mais sans excès. L’ensemble est bien équilibré par une trame minérale marquée par des notes de graphite – la signature du cabernet sauvignon – qui apporte de la droiture, de la fraîcheur. Le tannin est présent, fin, il sculpte une texture délicate, et enrobe la matière avec douceur, dévoilant de discrètes flaveurs d’épices, tandis que les fruits noirs et les nuances florales composent un ensemble d’une remarquable fraîcheur – l’empreinte du cabernet franc -. La finale, aérienne, vibrante et pleine de fraîcheur, est délicieusement juteuse avec ses notes d’orange sanguine qui donnent envie de boire le vin dès maintenant !  Beaucoup d’élégance dans ce vin d’une longueur légendaire.

 

« Aimez-vous Brahms ? » L’accueil est une tradition au sein de la famille Manoncourt. Et si vous jouez du piano, vous serez sûrement convié(e) à interpréter votre partition sur ce Pleyel entièrement restauré. Des visiteurs du monde entier et de tous âges sont régulièrement accueillis à la propriété. Les étudiants de l’école Polytechnique y organisent un concours de dégustation, dont iDealwine a été partenaire, à l’époque où la pandémie n’avait pas encore brisé tous les élans…

 

Les nouveaux espaces de réception, ouverts sur le vignoble, laissent pleinement entrer la lumière. Dans la bibliothèque, ces galets collectés au sein du vignoble de Figeac viennent attester d’une présence de la vigne qui remonte au tout début de notre ère. D’ailleurs, saviez-vous que, vers le IIème siècle après J-C, la famille Figeacus possédait une villa gallo-romaine sur le site de l’actuel bâtisse ? La demeure actuelle a été construite au XVIème siècle et rénovée dans ses contours actuels au XVIIIème siècle.

 

« Il faut que tout change pour que rien ne change… » Cette fameuse maxime tirée du film de Visconti, « Le guépard », aurait pu être celle de la famille Manoncourt, déterminée à poursuivre sa route, ancrée sur de solides racines. Et pourtant, celle-ci n’a en réalité accepté aucun compromis pour préserver son avenir. Au contraire, elle s’est aujourd’hui dotée d’un outil performant, récemment certifié ISO 14001 à titre individuel, gage d’une exigence environnementale renforcée. Meurtrie par la révision du classement des crus de Saint-Emilion en 2012, la voici pleinement armée pour ouvrir une nouvelle page de son histoire, satisfaire ses plus belles ambitions et viser la marche utime du classement, sans pour autant renier l’inaltérable « esprit Figeac ».

 

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