
Angélique de Lencquesaing, cofondatrice d’iDealwine, est interviewée chaque mois sur BFM Business pour commenter les dernières tendances du marché des grands crus. Elle répondait il y a quelques jours aux questions d’Antoine Larigaudrie.
Dans un contexte de marché hautement volatile, les amateurs sont en quête d’investissements qui conjuguent – autant que faire se peut – sécurité et performance. Les grands crus peuvent-ils être considérés comme un placement alternatif de choix ? Nous allons analyser les différents éléments qui influent sur ce marché, ses composantes, avec Angélique de Lencquesaing, co-fondatrice d’iDealwine – une PME créée il y a 25 ans – devenue une plateforme mondiale pour la cotation et les enchères de vin, nous apporte son éclairage aujourd’hui.
Angélique, comment évolue le marché de la vente de grands crus et quelles en sont les perspectives ?
Première bonne nouvelle, le Dry January s’est achevé, venant rappeler à tous ceux qui ont tenté – ils sont environ 10 millions dans le monde -, et pour un bon quart, échoué, qu’une consommation modérée de vin tout au long de l’année est préférable à toute forme d’excès. Sur un marché des ventes de vins évalué à 500 Mds USD, les « vins fins », d’une valeur supérieure à 15 dollars, représentent environ 10% de l’ensemble, soit un marché de 50 Mds USD en 2025. Les perspectives de croissance sur ce segment sont évaluées à plus de 5% par an (source Premium Wine Market et Data Bridge Market Research).

Légende Croissance du marché des vins fins (source : Data Bridge)
Le marché des ventes aux enchères de vin, que nous connaissons plus que tout autre chez iDealwine, est plus étroit. Il est évalué à 500 millions de dollars sur le plan mondial et en France sa taille frôlait les 100 millions d’euros en 2024. iDealwine en est l’un des acteurs majeurs, avec, en 2025, un montant total de ventes aux enchères qui a atteint 42,4 M €, en hausse de 9 % par rapport à l’année précédente.
Le marché des grands vins offre ainsi de belles perspectives de croissance, donc, et pourtant, la consommation plafonne, voire baisse dans le monde ?
La consommation mondiale devrait se situer autour de 212 millions d’hectolitres pour l’année 2025, en recul d’environ 1 % par rapport à 2024 (un niveau déjà au plus bas depuis plus de 60 ans). Les principaux marchés matures (Europe, États‑Unis) voient une érosion progressive des volumes consommés, de l’ordre de 1 à 2 % par an. Si on considère la France, la baisse a été massive depuis 1960 : les Français ont en effet diminué leur consommation de 60 %, passant de 57 litres par an et par habitant en 2000 à 34 litres en 2024. Soit un niveau inférieur aux recommandations édictées par le ministère de la Santé.
Alors pourquoi la valeur de ce marché croit-elle, ainsi que nous l’avons vu précédemment ? Les modes de consommation évoluent : fini le vin au quotidien, les amateurs choisissent leurs moments de dégustation, et pour ce faire, optent pour des vins de meilleure qualité. Boire moins, boire mieux, tel est leur credo.

La consommation de vin est très concentrée dans certains pays, n’est-ce pas ?
D’après l’OIV, on boit du vin dans 195 pays aujourd’hui, pratiquement dans le monde entier ! Une évaluation de cet organisme chiffre le nombre de consommateurs de vin fréquents ou occasionnels à 450-500 millions. Mais il est vrai que plus de 70% de la consommation se concentre sur 10 marchés majeurs, les Etats-Unis étant le premier d’entre eux. Et même, les cinq premiers pays (États‑Unis, France, Italie, Allemagne, Royaume‑Uni, Espagne) concentrent 51 % de la consommation d’après le magazine Decanter. Ce qui n’empêche pas une ouverture progressive de nouveaux pays consommateurs, et acheteurs. iDealwine livre ses clients dans 60 pays, les freins tarifaires étant propres à chaque pays, dans le cadre de notre activité chaque ouverture de marché est une victoire.
Quels sont vos principaux pays acheteurs, et la part de vos ventes à l’étranger ?
La France demeure notre premier marché et nous en sommes fiers. Nous sommes tout aussi fiers de mesurer le succès des vins français auprès d’un nombre croissant de pays acheteurs. Les ventes d’iDealwine sont à 60 % dédiées aux clients étrangers, et même 70 % dans le cas des ventes aux enchères. Les principaux acheteurs se situent en Asie (Hong-Kong, Singapour, Corée, Taïwan) et en Europe (Italie, Allemagne, Suisse, Europe du Nord).
Quid des Etats-Unis où iDealwine a ouvert un bureau il y a quelques mois, quel est l’impact pour les ventes de vin de l’imposition des taxes ?
La situation sur le marché américain est d’une instabilité inédite, qui a de lourdes conséquences sur le commerce du vin. La menace de taxes à 200 %, qui s’est finalement matérialisée à un niveau très inférieur au printemps 2025 pour s’établir à 15 %, a tout de même freiné les importations. De nombreux acteurs européens de la vente de vin ont reportés leurs efforts commerciaux sur leurs marchés limitrophes. Pour iDealwine, des pays comme l’Italie ou l’Allemagne sont extrêmement dynamiques.

La seule imposition de taxes de 15 % peut avoir pour effet de freiner la consommation et les ventes ?
La hausse de prix induite pour l’amateur sur place est déjà significative et peut l’inciter à se tourner vers l’achat de vins d’autres pays producteurs. Ajoutez-y la dépréciation du dollar intervenue en 2025 (-11,3 %), vous doublez pratiquement l’effet de ces taxes.
A l’inverse, pour comprendre l’impact des droits de douane sur le commerce du vin, prenez l’exemple de Hong Kong. En 2008, la décision de supprimer les taxes d’importation sur le vin a eu un effet immédiat, et massif. Hong Kong s’est rapidement imposé comme la porte d’entrée pour les grands crus dans toute l’Asie. Une position qui semble aujourd’hui inexpugnable. Donc oui, le sujet des taxes douanières est crucial dans le développement du marché. A cet égard, des perspectives prometteuses s’ouvrent en Inde, avec des droits de douanes qui vont passer progressivement au cours des prochaines années de 150 % à 25 %. Les négociations en cours sur l’accord du Mercosur, si elles aboutissent, devraient ouvrir des débouchés prometteurs aux viticulteurs avec, à la clé une suppression progressive des droits actuels. A condition que l’accord soit ratifié, bien sûr…
Venons-en aux performances du marché des grands vins, que vous suivez de près. Vous avez évoqué une croissance en valeur de ventes aux enchères, de 9 %. C’est une belle performance par rapport à la vente de vin en général. Mais si on compare l’évolution des prix aux performances des marchés boursiers, le vin est-il une valeur de diversification intéressante ?
Après une légère baisse en 2024, le CAC 40 a rebondi en 2025 de plus de 10 %. D’une manière générale les marchés boursiers ont été portés, dans un contexte hautement volatile, par les titres liés aux investissements dans l’intelligence artificielle (surtout aux US avec les fameuses « Magnificent 7 »), et aussi, dans les valeurs des secteurs bancaires, des matières premières, et aussi, en fin d’année, du secteur de la défense.

Depuis plusieurs années, après une envolée en 2022, les prix sur le marché secondaire des grands vins subissent une décrue que retracent les indices iDealwine. Cette année, parmi les placements alternatifs l’or a enregistré une envolée record des cours (+60 %). Difficile de concurrencer une telle performance…
En matière de vin, les amateurs doivent ainsi faire preuve de discernement dans leurs choix, et surtout, considérer la valorisation de leur cave dans une perspective à moyen, voire à long terme. Par ailleurs, nous constatons, sur iDealwine, que si les régions traditionnelles que sont Bordeaux, Bourgogne, Rhône demeurent des valeurs sûres, au sein même de ces régions il existe des trésors un peu cachés, la vente des vins des Hospices de Nuits qui se déroulera sous le marteau d’iDealwine le 8 mars prochain en est un. Car à long terme ces vins se valorisent. Pour autant, il est aujourd’hui important de diversifier ses achats en se tournant vers des régions à fort potentiel de valorisation.

Dans quoi réside ce potentiel ?
Le talent des vignerons est aujourd’hui reconnu dans toutes les régions. Vous avez partout des figures à suivre, des vignerons de grand talent qui jouent le rôle de locomotive pour leur vignoble. En attirant les projecteurs sur leur travail, ils suscitent non seulement la demande, mais ils incitent leurs confrères à œuvrer dans la même quête d’excellence. Cette émulation est favorable à des vignobles tels que celui du Muscadet (Jérôme Bretaudeau, L’Ecu), de l’Anjou (Richard Leroy) et de la Touraine (Chidaine, La Taille aux Loups) dans la Loire, sans oublier l’Auvergne, terre de vins nature, de l’Alsace (Deiss, Albert Mann, Zind-Humbrecht), du Beaujolais (Métras, Lapierre, Hoppenot…), de la Corse (Canarelli, Vaccelli…). Sans oublier les vins étrangers, Piémont italien en tête. A la clé, il est nécessaire de bien se documenter pour identifier ces vignerons et domaines d’excellence, qui ont toute leur place dans une belle cave d’amateur. Vous l’aurez compris, le placement vin n’est pas un investissement de néophyte, il suppose un bon niveau de connaissances et surtout… beaucoup de passion !
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