A la découverte de l’appellation Gevrey-Chambertin

Gevrey-Chambertin. C’est un village d’un peu plus de 3 400 habitants, dont les noms de certaines rues devraient vous mettre la puce à l’oreille, ou devrais-je dire l’eau à la bouche : rue du Chambertin, rue Richebourg, rue du Clos Prieur, rue de Lavaux. Effectivement, votre côté Sherlock a encore frappé, il s’agit bien là d’une des plus grandes appellations de Côte de Nuits, reconnue mondialement, avec ses 400 hectares de vignes, ses neuf grands crus et ses 26 premiers crus. Embarquez avec moi en direction de la Bourgogne, entre Dijon, la capitale des Ducs de Bourgogne, et Beaune et ses célèbres Hospices aux lits drapés de rouge.  

Du 1er siècle avant notre ère à 1936

L’histoire de la vigne à Gevrey-Chambertin ne date pas de la dernière pluie. C’est justement au cœur de cette appellation que les recherches archéologiques ont permis de découvrir les traces les plus anciennes de la vigne en Bourgogne : elles datent du 1er siècle avant notre ère. Si vous vous baladez dans le fameux village, vous pourrez en effet tomber par hasard dans la fameuse rue des Vignes Romaines, plutôt dans la plaine, car à l’époque les pieds étaient en effet cultivés sur le plat et non en coteaux comme elles le sont aujourd’hui sur toute la Côte de Nuits (d’où son nom d’ailleurs). En 2008, les fouilles ont d’ailleurs continué et apporté de nouveaux éléments, à l’occasion de l’agrandissement d’une zone pavillonnaire.

Avançons un peu dans le temps, et arrivons au Moyen-Âge, et au rôle capital des moines dans l’implantation de la vigne. Et il faut dire qu’entre Cîteaux, Cluny et Bèze, les abbayes n’ont pas manqué en Bourgogne à cette époque. Le Clos de Bèze, l’un des plus anciens du vignoble français, a par exemple été planté par les moines de l’abbaye du même nom, en 630. Ce sont les mêmes qui ont ensuite baptisé en 1155 la « Chapelle-Chambertin » quand ils implantèrent une chapelle dans le « champ de Bertin », un voisin de l’abbaye.

L’histoire continue, et avec elle la réputation de Gevrey-Chambertin et de son plus fameux cru. En effet, l’on a pour habitude de dire que le chambertin était le vin favori de Napoléon 1er. Au-delà de la simple légende, on a pu retrouver dans l’ouvrage Mémoires intimes de Napoléon 1er, écrites par son valet de chambre Constant Wairy, ces mots qui l’attestent : « l’Empereur ne buvait que du chambertin et rarement pur ». Vous remarquerez que l’Empereur avait bon goût mais aussi la mauvaise habitude d’ajouter de l’eau dans son vin. Alexandre Dumas ne devait pas être non plus insensible à ce cru mythique, puisqu’on lui prête cette citation « rien ne fait voir l’avenir couleur de rose comme de le contempler à travers un verre de chambertin ». Chambertin est bien le terroir le plus prestigieux du village déjà à cette époque, mais aussi de la Bourgogne toute entière, c’est pourquoi les habitants de Gevrey décident en 1847 de l’adjoindre au nom de leur commune, imités ensuite par leurs voisins (Vosne-Romanée, Chambolle-Musigny, Aloxe-Corton, Morey-Saint-Denis…).

S’en sont alors suivis les désastres de la vigne que vous connaissez tous : oïdium, mildiou et phylloxéra. Avec le courage des vignerons de Gevrey, le vignoble se recompose, et l’on arrive ensuite en septembre 1936, notamment grâce au combat d’Henri Gouges, à la création des Appellations d’Origine Contrôlée et au classement de Gevrey-Chambertin (sur les communes de production de Gevrey-Chambertin et de Brochon). Ses grands crus seront également classés l’année d’après, en 1937.

Comprendre les climats à travers la géologie. Etude de trois zones.

Quelques chiffres pour vous rendre compte : les vignes de Gevrey-Chambertin sont plantées sur 408 hectares, dont un peu plus de 80 classés en premier cru (26 climats en tout), la taille du vignoble n’ayant pas tellement changé depuis 1936. Vous aurez beau chercher quelques pieds de blanc, l’appellation est composée à 100% de pinot noir, une caractéristique importante qui fait de Gevrey-Chambertin la commune de rouge la plus vaste de toute la Côte d’Or.

L’on a pour habitude de rassembler les différents terroirs de l’appellation en trois zones, en raison de leur géologie et de leur exposition. Celles-ci s’organisent autour de deux éléments capitaux, qui font office d’exception en Côte de Nuits : les deux combes, de Lavaux et de Grisard, et leur influence sur les sols du vignoble. La Combe de Lavaux entaille le front de côte relativement homogène, et creuse ainsi jusque dans le plateau des Hautes Côtes. A sa sortie, un vaste cône alluvial s’est créé et s’étend ainsi jusque dans la plaine, à deux ou trois kilomètres plus bas. Plus au sud, une autre combe plus petite, dénommée Grisard, provoque le même effet même s’il est bien moins étendu.

Comme toute la Côte de Nuits, les sols de l’appellation sont en fait une succession fracturée de couches différentes – une sorte de grand millefeuille – de calcaires, de marnes et d’argiles, véritable réseau de failles plus ou moins profondes. En quelques mots (et pour ceux qui ne comprendraient pas tellement ce qui suit), l’on peut dire que l’appellation Gevrey-Chambertin n’est absolument pas homogène : elle présente des expositions et altitudes très variées, et des microclimats qui font également la richesse de ses vins.

La première zone que l’on peut considérer, est sur les hauteurs et au nord. En forme de quart de cercle, elle est orientée idéalement plein sud, sud est puis plein est lorsque l’on s’approche encore davantage du village de Brochon. Entre 260 et 380 mètres (au niveau de La Combe aux Moines), son altitude est relativement homogène. Au niveau du sol, celui-ci est composé en hauteur de marnes, puis en descendant de calcaires et enfin plus bas de marnes plus épaisses encore. Sur le versant, les sols sont riches d’argiles et de pierres, couleur ocre (l’on trouve certains premiers crus réputés tels La Combe aux Moines, les Cazetiers…). Enfin, plus l’on s’approche de l’entrée de la combe Lavaux, plus les marnes sont riches en fossiles, et sur le bas, les sols sont plus rouges, limoneux et argileux. C’est là que l’on trouve le Clos St Jacques, mais aussi les lieux-dits Lavaux ou Poissenot.

Carte de Gevrey-Chambertin, Laurent Gotti, Sylvain Pitiot, Les Vins de Bourgogne

La seconde zone correspond finalement au cône alluvial de la combe Lavaux. Lorsque celle-ci s’est formée il y a fort fort longtemps, elle a laissé derrière elle des sols limoneux-argileux, mais aussi des débris caillouteux de Comblanchien. Ces sols sont particulièrement légers et bien drainés, avec plusieurs mètres épaisseurs par endroits. L’on retrouve sur cette zone près de la moitié des vins classés en appellation village.

Carte de Gevrey-Chambertin, Laurent Gotti, Sylvain Pitiot, Les Vins de Bourgogne

La troisième et dernière zone est celle qui regorge des plus beaux trésors, à savoir les neuf grands crus que vous connaissez bien sûr par cœur : Chambertin, Chambertin Clos de Bèze, Chapelle-Chambertin, Charmes-Chambertin, Griottes-Chambertin, Latricières-Chambertin, Mazis-Chambertin, Mazoyères-Chambertin et Ruchottes-Chambertin. Elle commence à la sortie de la combe Lavaux et nous mène aux frontières de Morey-Saint-Denis. Sa pente est relativement douce, depuis 260 mètres d’altitude jusqu’à 340 mètres avec le lieu-dit Bel-Air. Les sols bruns sont composés de bas en haut de calcaires, de marnes, puis de calcaires argileux. L’on peut noter que les deux grands crus Latricières-Chambertin et Mazoyères-Chambertin sont implantés à la sortie de la combe Grisard et donc au cœur de son cône alluvial, des sols composés de débris caillouteux. En contrebas et jusque dans la plaine (sous la départementale qui traverse le village, pour ceux qui situent un peu), les sols sont davantage argileux et moins calcaires, c’est ici que l’on retrouve les vins classés en appellation village.

Carte de Gevrey-Chambertin, Laurent Gotti, Sylvain Pitiot, Les Vins de Bourgogne

Une appellation appréciée pour sa puissance

Les vins de Gevrey-Chambertin, qu’ils soient classés en appellation villages, en premier ou grand cru, sont avant tout appréciés pour leur puissance qui leur procure notamment une capacité de garde incroyable. Vous pouvez en effet garder un flacon issu de cette appellation pendant 10, 15 ou même 20 ans en cave, selon son terroir et bien sûr son millésime. Si ces pinots sont puissants (ce qui est dû notamment aux argiles), ils n’en sont pas moins élégants mais aussi structurés, par rapport à leurs voisins de Morey ou de Chambolle.

Leur robe est d’un rubis vif et parfois sombre. Le nez exhale les parfums de fruits rouges, cerise et griotte, fraise, mais aussi de violette et de rose. Parfois, certains peuvent percevoir des arômes poivrés ou même de cigare. Avec un peu d’âge, vous serez séduit par les notes plus réglissées, de cuir et de sous-bois. En bouche, ce vin a une structure très ferme, il présente une richesse et un corps, il est ample et ses tanins sont raffinés et veloutés. Nous vous conseillons de l’attendre pour en profiter encore davantage. Vous pouvez l’ouvrir avec des viandes rouges comme le bœuf, mais aussi des gibiers (une délicieuse gigue de chevreuil par exemple, ou de la perdrix). Ouvrez-le aux environs de 16 degrés, et goûtez au prestige de la Bourgogne.

 

Tous nos vins en vente

Tous nos vins de Gevrey-Chambertin, villages et premiers crus 

Tous nos grands crus de Gevrey-Chambertin en vente 

 

Sources : site du BIVB sur l’appellation Gevrey-Chambertin

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