Vin rosé et investissement ? Angélique de Lencquesaing, répond sur BFM

Alors que les températures s’envolent le regard de l’amateur se tourne vers des vins plus légers, aptes à accompagner les plats et en-cas d’été. Parmi ceux-ci, les vins rosés. Comment évoluent la demande et les marchés ? L’amateur peut-il envisager de l’intégrer à une cave construite dans une optique patrimoniale ? C’est à ces questions qu’Angélique de Lencquesaing répondait il y a quelques jours au micro d’Antoine Larigaudrie, sur BFM Business.

Par temps de canicule, autorisons-nous un petit tour d’horizon des vins rosés… A-t-il sa place dans une émission consacrée au placement ? C’est ce que nous allons vérifier aujourd’hui avec vous, Angélique.

Le rosé véhicule une image à la fois festive, joyeuse, estivale, mais pas toujours de grande qualité, en tout cas c’est notre perception à nous, Français. Car en réalité, le marché des vins rosés est protéiforme. Bien sûr, vous trouvez des rosés à tout petit prix mais parfois, ces derniers peuvent grimper très haut, jusqu’à tutoyer le seuil des 500€. Voire le dépasser !

La France est un acteur majeur du marché mondial des vins rosés, c’est bien cela ?

Absolument, la France est non seulement le premier producteur du vin rosé dans le monde (près de 30% des vins rosés sont produits dans l’Hexagone) mais aussi le premier consommateur. Le Français engloutit 35% de la production mondiale, soit en moyenne 15L de vin rosé par an et par habitant ! Même si après un pic enregistré en 2019 la consommation tend à décroître légèrement, la France demeure également le premier pays importateur de vin rosé au monde (29% des volumes), mais pour la partie la moins qualitative du marché, les rosés les moins couteux.

Vous avez évoqué des prix élevés pour certains rosés, pourtant, le prix moyen du rosé que l’on trouve sur les étals des supermarchés est très bas…

Ce qui mérite d’être souligné, c’est que la France produit des vins rosés de qualité. Les tout premiers prix émanent de rosés souvent importés, d’Espagne en particulier, dont le prix moyen est inférieur à 1€. Le prix moyen des vins rosés vendus en grandes surfaces s’inscrit dans une moyenne de 3 à 6€, et chez les cavistes spécialisés, il est plus élevé (supérieur à 10€). Les rosés exportés par la France atteignent un prix moyen proche de 8€.

Nous sommes encore loin du montant de 500€ que vous évoquiez…c’est donc dans les ventes aux enchères que se nichent les rosés vendus à ces niveaux de prix ?

Oui, c’est effectivement dans les ventes aux enchères que nous avons relevé les montants les plus chers, même si, au sein de notre offre caviste, certaines propriétés positionnent leurs rosés à des niveaux de prix élevés. C’est notamment le cas du rosé produit par le Château d’Esclans, dont la fameuse cuvée Garrus frôle le seuil des 100€.

Vin rosé : un atour en collection, Angélique de Lencquesaing  sur BFM

Quels sont les facteurs qui justifient une telle valeur pour un vin rosé ?

Certains vins sont destinés à des marchés bien spécifiques. Prenez les Etats-Unis, dans ce pays, le rosé véhicule l’image d’un certain art de vivre, élégant, c’est un produit de qualité, qui se vend parfois très cher et se consomme à l’apéritif. En France notamment mais pas seulement, les amateurs ont bien compris que les grands rosés peuvent passer quelques années dans la cave sans rien perdre de leurs qualités, bien au contraire. Le caractère vif et acidulé d’un vin rosé dégusté jeune laisse progressivement la place à un jus apaisé, subtilement épicé, qui gagne en profondeur et peut se révéler un beau vin de gastronomie, parfait pour accompagner un repas composé de mets délicats et subtilement épicés.

Vous le dites régulièrement : le marché des enchères offre une photographie intéressante des vins à faire entrer dans sa cave dans une perspective patrimoniale. Alors, dites-nous quel segment représentent ces vins sur le marché secondaire des enchères, faut-il y prêter un intérêt particulier en tant qu’investisseur ?

Les vins rosés représentent précisément, pour une bonne part, la catégorie de vins de consommation rapide, destinée à accompagner une gastronomie estivale ou un apéritif. Ce qui exclut ce type de vin de la catégorie de vins de placement. Toutefois, compte tenu de ce que je viens d’indiquer sur la capacité de garde de certains grands vins rosés, certains ont toute leur place dans une belle cave d’amateur.

Certes, cette place est tenue : l’an dernier, les vins rosés – hors vins effervescents qui constituent une catégorie bien à part – ont représenté une part infime des volumes vendus aux enchères : un peu plus de 309 000 bouteilles ont été adjugées sur iDealwine en 2025, dont seulement 1 677 étaient des vins rosés, soit à peine 0,5% du total. Le prix moyen adjugé pour une bouteille de vin rosé s’élevait à 56 € l’an dernier.

Vignes rosé de Provence, mer

La Provence garde ainsi le monopole de la production de vins rosés, tant en termes de volumes que de prix ?

Cette région est effectivement la première région de production. Elle y consacre 90% de sa production, et, au niveau national elle représente 40% des volumes de vins rosés produits. On y trouve des vins rosés « de garde », notamment issus de certains vignobles particulièrement qualitatifs comme Palette ou Bandol, qu’il est préférable de conserver quelques années pour les apprécier pleinement. Le fameux Château Simone produit un rosé magnifique, dont les arômes de pétales de roses anciennes se développent avec l’âge. Le millésime 1991 s’est vendu 63€ l’an dernier.

Vignes de Bandol rosé

Bandol produit également de splendides rosés de longue garde : issu du domaine de Terrebrune, un rosé de 2014 a atteint 58€. Les domaines Tempier, la Bégude, Pibarnon, Ott sont des signatures recherchées aux enchères. Hors de Bandol, aux Baux de Provence, le domaine Hauvette, ou le Clos Cibonne en Côtes de Provence sont également prisés.

Toutefois, ce n’est pas en Provence que l’on trouve les rosés les plus chers de la cote.

Vous évoquiez le seuil des 500 € ?

Oui, absolument, certaines cuvées particulièrement recherchées ont atteint des sommets l’an dernier sur iDealwine, dans les ventes aux enchères. Et les plus chers sur le marché des enchères sont une fois de plus issus… de Bourgogne, de la vallée de la Loire, d’Auvergne ou du Languedoc Roussillon (deuxième région productrice de rosé en France).

Le rosé le plus cher adjugé est un vin de France, produit en Bourgogne par Maison Glandien, la structure de négoce du vigneron Tino Kuban (bien connu pour son domaine Les Jardins vivants). La cuvée « La terre, l’origine », une rareté produite en 2022 s’est vendue 588€. Il s’agit d’un vin d’obédience nature, et ce double facteur de rareté combiné à l’expression nature de la cuvée permettent d’expliquer le montant atteint aux enchères. Ce n’est donc pas son caractère de vin rosé qui l’a rendu attractif, mais plutôt ces deux facteurs combinés.  

Des vignerons travaillant en biodynamie ont remporté de vifs succès aux enchères, à l’instar du domaine Prieuré Roch ou des Horées, un micro-négoce lui aussi à la pointe de la tendance.

D’autres régions produisent des rosés aussi recherchés ?

La vallée de la Loire est la troisième région productrice de France. C’est en son berceau, en Auvergne que se nichent des producteurs de vin nature plébiscités dans le monde entier. Aux enchères, les vins d’Aurélien Lefort notamment s’envolent sur le marché secondaire (551€ pour une bouteille de la cuvée de Vin de France « Coeur Brisé » 2022). Toujours dans la Loire, mais en Anjou, le domaine des Jardins de la Martinière (ex Jardins Esméraldins), repris par un vigneron japonais lui aussi, fait également des étincelles : la cuvée X/RS15, un vin de France de 2015 s’est vendue 501€.

La vallée du Rhône compte une appellation, Tavel, prisée pour ses rosés, et tout particulièrement les vins nature du domaine de l’Anglore. Un magnum de 2012 s’est vendu 326€ sur iDealwine.

Vous avez évoqué le Languedoc-Roussillon ?

Ils sont très rares aux enchères. En l’occurrence c’est un flacon issu d’un domaine collector dont le vigneron a cessé de produire qui s’est hissé au sommet : Les Vins du Cabanon d’Alain Castex (le 2016 s’est vendu 106€). En Languedoc, la fameuse cuvée du Clos du Temple 2019 de Gérard Bertrand a été vendue 101€.

En Champagne, les rosés ne se vendent pas ?

Attention, j’ai laissé à part les vins effervescents qui constituent une catégorie très à part, aussi rare que recherchée. Les champagnes rosés dépassent allègrement le seuil des 1 000 € la bouteille. C’est le cas de certains millésimes de Dom Pérignon (1 377 € pour un 1995), de Cristal (1 327€ pour un 2002). Les rosés effervescents représentent eux aussi un segment infime des catalogues d’enchères 1 478 flacons, pour l’essentiel provenant de Champagne).

La Champagne produit des vins secs issus des coteaux champenois, et certains vignerons qui font aujourd’hui figure de stars voient leurs cuvées s’envoler : le pinot noir « Les Forcières » d’Aurélien Lurquin a été adjugé 376€ dans le millésime 2019. Le nom d’Elise Bougy affole aussi les enchères.

Verre de vin rosé, vignes

A vous entendre, on trouve des rosés passionnants dans toutes les régions ou presque ?

Oui, les enchères ont fait ressortir la production de nombreuses régions, nous pourrions parler aussi de la Corse, terre de grands vins rosés. Et aussi à l’étranger, nous avons vu passer quelques vins rosés espagnols (Rioja, Lopez de Heredia) et italiens (Abruzzes, Emidio Peppe).

Les grands vins rosés sont recherchés pour leurs qualités, mais plus encore pour leur rareté. Il est intéressant de considérer leur acquisition pour une belle cave patrimoniale mais d’y consacrer dans vos achats, vous l’aurez compris, une part confidentielle et minutieusement choisie.

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