Après la Champagne, Bordeaux, la vallée du Rhône et la Provence, sans oublier le Portugal et la Californie, le groupe Roederer met un pied en Bourgogne, avec le rachat du domaine Pierre Damoy, emblématique de la côte de Nuits.

Le groupe Roederer avait annoncé être entré en négociation exclusive pour l’acquisition du domaine Pierre Damoy au cours du mois d’avril 2026. Depuis le 24 juillet, avec l’officialisation du rachat, c’est un patrimoine viticole d’exception qui vient s’ajouter aux domaines exploités par l’entité viticole du groupe, baptisée Roederer Collection. Julien Damoy, fils d’un épicier d’Yvetot, en Normandie, s’installe à Paris pour développer le commerce familial dont il fera un petit empire, employant jusqu’à 2400 personnes en 1936, à son apogée.  Passionné de vin, Julien Damoy s’attèle parallèlement à racheter des vignes, à une époque où les ravages du phylloxera ont fait chuter le prix des parcelles. Au cours des années 1920, il acquiert progressivement des vignes à Gevrey-Chambertin, ainsi qu’une importante part des grands crus de Chapelle-Chambertin (2,22 ha) et quelques rangs de Chambertin (0,48 ha). Le domaine devient le principal propriétaire de Chambertin Clos de Bèze dont il détient plus d’un tiers de la surface (5,36 ha). En 1936 vient s’y ajouter le Clos Tamisot, toujours exploité en monopole sur 1,45 ha. Pour la petite histoire, afin d’approvisionner ses commerces parisiens, Julien Damoy avait également acquis des vignes dans le Médoc (Château La Tour de By) et en Beaujolais (Château du Moulin à Vent), deux domaines aujourd’hui revendus.

Le Domaine Pierre Damoy exploite en monopole le Tamisot, au sein du Clos de Bèze (Source : Domaine Pierre Damoy)

Pierre Damoy, petit-fils de Julien, est aux commandes du domaine depuis 1992. Tout en préservant une philosophie et des méthodes traditionnelles, le vigneron a rénové la cave en 2002 et orienté ses pratiques vers la viticulture durable (labours, aucun herbicide ni pesticide) sans toutefois rechercher la certification bio. Il est connu pour ses élevages longs et marqués, en fûts neufs pour une part importante (80% pour le chambertin Clos de Bèze), conférant aux vins structure, intensité et une capacité de garde importante.

L’exploitation viticole couvre aujourd’hui environ 11 hectares de vignes, dont près de huit classés en grand cru, et, pour une bonne part, plantées dans les années 1920. Ce qui fait dire à Frédéric Rouzaud « Si le Domaine Pierre Damoy nous a conduits à franchir ce pas, c’est parce qu’il réunit ce à quoi nous sommes le plus attachés : de grands terroirs, un patrimoine végétal exceptionnel, une identité forte et une histoire qui compte parmi les plus emblématiques de la Bourgogne ».

Pierre Damoy (Source : Domaine Pierre Damoy)

Des concessions nécessaires

Afin de freiner la concentration des terres viticoles, depuis 2021, une autorisation préfectorale est nécessaire préalablement à l’acquisition de plus de 40% d’une exploitation viticole. Le groupe Roederer, déjà propriétaire d’un ensemble important de vignes, entrait dans ce cadre. Afin de satisfaire les exigences préfectorales, soutenues par la confédération des appellations et des viticulteurs de Bourgogne, Roederer s’est engagé, d’après le magazine Challenges, à remettre en location certaines vignes, notamment en Bourgogne, mais également dans les autres régions où le groupe est implanté.

Un groupe familial fort de 250 ans d’histoire

Le moins que l’on puisse dire est qu’avec cette entrée fracassante en Bourgogne, Frédéric Rouzaud, à la tête du groupe familial, célèbre avec panache le 250ème anniversaire de la maison de Champagne créée par ses aïeuls. Fondée à Reims en 1776, cette maison à laquelle Louis Roederer a donné son nom en 1883 est toujours demeurée familiale et indépendante. Son parcours épouse celui de l’Histoire (avec un grand H). Il sera notamment marqué par la naissance de la cuvée Cristal il y a 150 ans, créée pour le Tsar Alexandre II de Russie.
Frédéric Rouzaud représente ainsi la 7ème génération à la tête d’un groupe dont il a contribué à accroître le patrimoine viticole, par achat de vignes pour renforcer ses approvisionnements en Champagne, et aussi par acquisition de domaines emblématiques de leur région. Regroupé sous la dénomination Roederer Collection, l’ensemble couvre aujourd’hui 1 150 hectares, incluant, outre cette dernière acquisition bourguignonne, deux maisons de Champagne (Roederer, Deutz), les domaines Ott en Provence (Château de Selle, Clos Mireille et Château Romassan), la maison Delas en vallée du Rhône, ainsi qu’à Bordeaux, les châteaux Pichon Lalande et de Pez. A l’étranger, le groupe contrôle la maison Ramos Pinto et plusieurs domaines californiens (Scharffenberger Cellars, Domaine Anderson, Merry Edwards Winery, Diamond Creek Vineyards), sans oublier Roederer Estate, fondé en 1982 par Jean-Claude Rouzaud, père de Frédéric pour développer la gamme de vins effervescents.

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