
Début novembre, la douceur angevine nous a permis de visiter quelques domaines en Anjou avec de très belles couleurs automnales. Suivez-nous pour un tour chez Pierre Ménard, Ludovic Payen, Richard Leroy, Thomas Batardière, Tessa Laroche (Domaine aux Moines) et Thibaud Boudignon.
- Le talentueux et discret Pierre Ménard
- Un jeune vigneron, Ludovic Payen
- Le mythe Richard Leroy
- Thomas Batardière, un destin de vigneron
- Un lieu poétique, le Domaine aux moines chez Tessa Laroche
- Thibaud Boudignon, la précision comme maître mot
Le talentueux et discret Pierre Ménard
Nous avons le plaisir de commencer notre tour en Anjou par un vigneron aussi discret que talentueux : Pierre Ménard. La visite démarre à bord de son camion tout terrain à la découverte de son domaine ancré dans le Massif armoricain. La diversité des terroirs est frappante même à quelques mètres d’écart entre les parcelles et Pierre nous en explique toutes les subtilités. Au Quart de Gatignes, vignes conduites sans palissage, le chenin est travaillé sous forme de gobelets « éventails » orientés dans le sens du rang. Les sols mêlent schistes verts, gris et phtanites, une roche sous-marine formée à la rencontre de deux plaques tectoniques. Au Clos des Mailles, la pente est au nord et repose sur des schistes verts traversés d’une bande de phtanites avec une densité de plantation de 5000 pieds/hectare. Au cœur de ce clos, un intra parcellaire composée uniquement de phtanites permet de produire la cuvée Pluton. Les Quarts des Noëls est une parcelle composée de sols sableux mêlés de sédiments et de schistes blancs, avec des vignes centenaires pour certains secteurs. Une autre parcelle plus récente, Chanzy, repose sur des sols de tuffes et de quartz, avec du schiste en bas de coteau.

De retour dans le chai, Pierre Ménard se confie sur l’histoire du domaine. Ses parents étaient vignerons coopérateurs. En 2013, il récupère 20 ares de vignes et reprend ainsi une partie de l’exploitation parentale. Il commence à travailler pleinement au domaine en 2018, après plusieurs expériences à l’étranger et dans de grands domaines : Cloudy Bay, Disznókő, Latour et Ramos Pinto.
Aujourd’hui, le domaine s’étend sur 6,5 hectares, dont 40 ares de cabernet franc, 30 ares de grolleau (issus de vignes des années 1950), 80 ares de sauvignon, et le reste en chenin. Environ 5 % de la production est dédiée aux liquoreux avec une parcelle à Bonnezeaux notamment. Pierre Ménard conduit son domaine en agriculture biologique, avec une certification acquise en 2019, et utilise ponctuellement les pratiques de la biodynamie (préparation 500, tisanes, décoctions).
Côté vinification, les fermentations alcooliques débutent souvent en cuve, puis les vins sont entonnés en barriques, jarres ou en foudres pour ne pas avoir de signature d’un contenant spécifique. La fermentation se poursuit ensuite jusqu’à l’hiver, s’arrête naturellement, puis reprend au printemps.
La dégustation débute avec la cuvée Varennes de Chanzé 2023 tout en fraîcheur. Le Clos des Mailles 2023 se montre plus expressif et doté d’un caractère affirmé, avec de beaux amers. Quart des Noëls 2023 dévoile des notes de fruits à chair blanche, comme la poire et la pomme et Quarts de Gastines 2023 des notes de fenouil. Pluton 2023, issu des phtanites, séduit par sa finale ronde et sa finesse. Le cabernet franc Orion Alpha 2023, entièrement égrappé, est vinifié en infusion pour préserver la délicatesse du fruit. En 2024, Pierre Ménard a décidé de faire une macération carbonique pour cette cuvée. Pour les liquoreux, les grappes atteintes de botrytis sont récoltées en tries successives sur l’ensemble des parcelles du domaine ainsi qu’à Bonnezeaux. Le millésime 2024 ne se prêtait pas à l’élaboration de vins liquoreux. Nous avons un véritable coup de cœur pour la cuvée Côteaux du Layon Cosmos en 2023. Les notes de mangues confites, d’abricots compotés, accompagnée de notes de feuilles sèches nous ont séduites.
Un domaine à retrouver prochainement sur iDealwine…
Un jeune vigneron dynamique : Ludovic Payen
Pour la deuxième visite de la journée, nous avons rendez-vous au domaine de Ludovic Payen. Jeune vigneron, installé à Chaudefonds-sur-Layon depuis 2020 qui n’a pas froid aux yeux puisqu’il a repris un domaine de 27 hectares. La propriété est même déjà engagée dans une certification biologique. Il n’a pas perdu de temps !
Avec un tour dans les vignes, le vigneron nous explique plus en détail l’encépagement du domaine. Celui-ci est composé de 14 hectares de chenin, dont 1,70 hectare à Savennières, ainsi que de cabernet franc et de cabernet sauvignon. Le domaine compte aussi 2,4 hectares de grolleau, auxquels s’ajoute du grolleau gris.
La gamme Prélud est destinée à des vins de plaisir, simples et accessibles, avec des élevages courts. Elle comprend un crémant brut avec un élevage de 12 à 18 mois composé de chenin et de chardonnay, d’une cuvée « le blanc » composé de chenin et d’une cuvée « le rosé » composé de grolleau gris (macération dans le pressoir pour une durée de 2 jours).
La deuxième gamme bénéficie d’élevages plus longs sur les appellations Savennières (12 mois en fûts sur lies totales) et Anjou Blanc (35% fûts neufs). Les fûts utilisés vont de 1 à 4 vins, et le domaine prévoit d’intégrer à l’avenir des amphores et jarres dans son parc d’élevage.

Le mythe Richard Leroy
2ème jour : Nous avons la chance de débuter cette journée avec la (re)découverte des vins de Richard Leroy. Mais le vigneron aurait bien pu ne jamais l’être ! A ses 18 ans, joueur de football régulier, un accident le coupe dans son élan. Il suit des études à Sciences Po et commence une carrière de banquier. Il rencontre sa femme, Sophie, qui a fait un BTS viticulture-oenologie et s’installe à Paris où il découvre l’univers du vin. Il fait le tour des régions viticoles françaises et déguste les plus grands vins aux côtés de vignerons emblématiques. Richard Leroy se crée un palais de dégustateur hors pair. Il décide de s’installer avec son épouse à Rablay-sur-Layon et ils achètent 2 hectares de vignes en 1996, puis 70 ares en 2000.
Véritablement convaincu des vins nature et à contre courant des vins conventionnels qu’il a toujours dégustés mais qui ne sont plus à la page selon lui, Richard Leroy produit des vins d’exceptions. Le vigneron travaille seul et intervient très peu dans l’élaboration de ses vins : uniquement pressurage, débourbage d’une journée, puis une fermentation alcoolique qui démarre naturellement dans les barriques. Ce sont trois heures de discussions captivantes où nous avons pu échanger sur de nombreux sujets. Richard Leroy est un vigneron qui n’a pas sa langue dans sa poche et vous dit ce qu’il pense avec un ton humoristique : « Aucun journaliste ne sait faire la différence entre du botrytis et du passerillage« . Nous avons dégusté les millésimes de 2025 à 2020 des cuvées Le Clos des Rouliers (sol de schistes gréseux) et Les Noëls de Montbenault. Nous retenons l’équilibre et la puissance du millésime 2022. Les vins de Richard Leroy ont un très grand potentiel de garde avec des pH bas qui permettent de ne pas utiliser de soufre. Mais comme Pierre Overnoy dans le Jura le dit « sera-t-il possible de continuer à faire des vins nature avec le réchauffement climatique ? » Le plus longtemps possible nous l’espérons !

Thomas Batardière, un destin de vigneron
La suite de notre visite se poursuit à quelques mètres du chai de Richard Leroy chez son voisin : Thomas Batardière. Ce vigneron a d’abord suivi un parcours éloigné du monde du vin : il a étudié à l’École du Louvre et s’est formé comme anthropologue. Mais à l’époque, il est en colocation avec un ami dont les parents sont cavistes, ce qui l’amène peu à peu vers le vin. En travaillant dans un restaurant spécialisé en vins nature, Thomas Batardière livre des vins chez Matthieu Vallet qui lui propose de faire ses marques au Château Yvonne, à Saumur. Le néophyte se rend compte qu’il apprécie profondément cet univers et surtout la viticulture. Souhaitant s’installer en tant que vigneron, il se retrouve par hasard à acheter la maison dans laquelle il venait enfant en vacances avec ses grands-parents à Rabelay-sur-Layon. En 2012, il installe son domaine avec 4 hectares de vignes, et en 2020, sa femme le rejoint dans l’aventure. Ils travaillent main dans la main pour remettre en état de vieilles vignes en friche. Le domaine est conduit en agriculture biologique depuis sa création. Certifié en biodynamie pendant plusieurs années, le vigneron a décidé de quitter le label Demeter en 2022.
Thomas Batardière nous invite à déguster le millésime 2024 en repos en cuve inox avec les cuvées Esprit Libre (parcelle culminant le village, avec des sols asséchants et précoce de sable froid et de quartz), le Grand Clos (rive gauche du layon mais ce sont les mêmes sols que sur la rive droite à quart de chaume, avec des sols très friable bruns, un vin ciselé et épuré), Clos des Cocus (les vignes sont de 1968 et c’est la parcelle préféré de Thomas Batardière, exposé au sud-ouest face au vent, idéal pour faire sécher les précipitations et éviter le développement de certaines maladies de la vigne), Noël de Montbenault et Amor Fati (0,50 ares de grolleau vinifié en macération semi-carbonique dans le pressoir directement). Les blancs sont tout en finesse, ciselés, sur la tension et le grolleau de Amor Fati est un bonbon rouge acidulé. Les blancs sont vinifiés en barriques et foudres.

Un lieu poétique, le domaine aux moines chez Tessa Laroche

Le soleil commence à se coucher sur les vallons angevins et nous arrivons au domaine aux Moines sous de très belles couleurs automnales. Tessa Laroche nous accueille dans la salle de dégustation à côté de la maison où elle a grandi, datant du XVIIIe siècle. Le domaine, dirigé par des femmes depuis 1921, est situé sur l’appellation Roche-aux-Moines et s’étend sur 12,8 hectares. Les parents de Tessa originaire de Normandie l’achètent en 1981. La vigneronne s’est formée dans plusieurs régions viticoles notamment à Bordeaux, en Champagne, à Aix-en-Provence et Bourgueil.
Tessa nous invite à la suivre pour un tour de la propriété. Entre deux parcelles de vignes, plusieurs pins forment un cercle, un endroit spécifique de la propriété qui a inspiré la cuvée Berceau des Fées. “Les fées se reposent à l’intérieur”, dit-on, et cela porte chance. Créée en 2013, cette cuvée provient de vignes de moins de 15 ans et est vinifiée 100 % en cuve.
Nous admirons le coucher de soleil sur les vignes de la propriété tout en dégustant la Cuvée Ephémère Tttttt 2023 (premier jus du pressoir, vinifié en cuves inox, non filtré et sans soufre), le Berceau des Fées 2022, Roche-aux-Moines 2023 et 2022. Les vins du millésime 2023 sont plus tendus en comparaison avec le 2022 qui possède un caractère plus rond.
Tessa Laroche travaille avec des levures indigènes sans pied de cuve et le soufre n’est ajouté que si besoin. La fermentation alcoolique se déroule en barriques et les lies fines sont conservées sans bâtonnage.

Thibaud Boudignon, la précision comme maître mot

Il est 18h, mais il fait déjà nuit quand nous arrivons au domaine de Thibaud Boudignon. Le propriétaire des lieux nous ouvre les portes de son chai méticuleusement rangé. Celui-ci doit sa vocation à son grand-père, vigneron en Camargue. Thibaud Boudignon s’est formé à Bordeaux, en Bourgogne mais aussi dans la Loire en tant que régisseur d’un domaine pendant quelques années. Depuis 2019, il est indépendant sur son domaine de 8,5 hectares. Pour lui, « 100 % du potentiel d’un vin est dans les vignes » et il en prend soin. L’installation de fils chauffants sur l’ensemble du domaine pour protéger ses vignes du gel en est en exemple. Les vins sont élevés dans pas plus de 30 % de bois neuf dans ses élevages. Depuis 2023 et 2024, il a même réduit encore la proportion de fûts neufs. Aucune fermentation malolactique n’est réalisé sur ses vins, afin de préserver la tension et la précision aromatique.
La dégustation des vins de Thibaud Boudignon nous a séduit avec Anjou Blanc 2024 (arômes frais, citronnés), Savennières Clos de Frémine 2023 (fumée, exotique, rondeur et salinité marquée), Vigne Cendrée à Savennières, Clos devant le Jeu 2023. Coup de cœur pour la cuvée À François(e) 2023 et Clos de la Hutte, un savennières tout en équilibre.
Lire également sur le Journal iDealwine :
PALMARES Loire : le TOP 20 des vins les plus chers
Voyage en Corse : à la (re)découverte de grands vins
Carnet de voyage : iDealwine au Wein & Gourmet Festival Baden-Baden
