L’art et la manière de vendanger à Cheval Blanc

Les vendangeurs du Château Cheval Blanc
Les vendangeurs du Château Cheval Blanc
Crédit photo : François Poincet

 

Alors que la récolte 2012 débute tout juste, l’équipe du Château Cheval Blanc organisait il y a quelques jours une journée de vendanges « off » pour quelques (chanceux) néophytes. Une belle occasion de lever un coin de voile sur les secrets de fabrication de ce vin mythique, récemment confirmé au tout premier rang des crus classés de Saint-Emilion.

 

 

 

Le batiment du chateau Cheval Blanc

 

Samedi 29 septembre, 9h00 : les lignes tout en courbes du nouveau chai de Cheval Blanc émergent progressivement des brumes matinales qui drapent encore les vignes de Saint-Emilion. Pierre Lurton, aux commandes du domaine depuis plus de 20 ans, nous accueille, affable, souriant et attentionné comme à son habitude. Le nouveau bâtiment s’ouvre sur un cuvier où s’alignent d’élégantes amphores des temps modernes : plus de 50 cuves en béton de différentes contenances, calculées pour accueillir et cocooner la récolte de chacune des 45 parcelles du vignoble. Il se dégage immédiatement de cet espace une sensation voluptueuse de calme et de sérénité. Aucun doute, il doit faire bon être un raisin à Cheval Blanc ;-). Christian de Portzamparc semble heureux de retrouver son ouvrage,  pleinement opérationnel pour accueillir la vendange 2012, son deuxième millésime.

Le nouveau batiment design du chateau Cheval Blanc

Pierre Lurton nous transmet rapidement quelques consignes, joyeusement soulignées par les aboiements du chien de l’architecte. Allez, au travail ! Direction la table de tri. Les raisins ont passé 24 heures en chambre froide après la récolte. Pourquoi ? Les grappes fraichement cueillies arrivent au chai et patientent jusqu’à ce que l’ensemble de la parcelle soit vendangée. Une fois connu le volume exact de la récolte de ladite parcelle, on choisit la cuve de la bonne contenance pour passer à l’étape suivante. Chaque parcelle sera ainsi vinifiée de façon distincte. L’assemblage final, lui, n’intervient que beaucoup plus tard, au mois de mars de l’année suivante, juste avant les dégustations primeur. La vinification parcellaire à Cheval Blanc n’est donc pas un vain mot, mais une réalité qui s’appuie sur un outil de haute précision. Pierre-Olivier Clouet, brillant et sympathique directeur technique du domaine, nous décrit ce dispositif avec l’enthousiasme d’un enfant qui a découvert au matin de Noël le jouet dont il n’osait rêver.

C’est parti, les premiers raisins se présentent sur le tapis roulant. Ah bon, il faut trier ? Mais ces merlots sont impeccables ! Antoine Gerbelle en profite pour commencer à tweeter. Michel Bettane est impitoyable, lui : il réussit à trouver quelques grappes dont il juge les grains sur-mûris : au nom du style et de l’équilibre du vin, pas de ça à Cheval Blanc ;-). Il faudrait songer à l’exfiltrer, Michel, sinon les rendements risquent d’en prendre un coup. Les grappes sont ensuite éraflées avant un ultime tri. Plus une feuille, plus une araignée ne devrait en réchapper. Toutes ces installations dernier cri laissent rêveur Hervé Bizeul, qui a délaissé son admirable Clos des Fées, le temps d’une journée…

Le tri du raisin par Angelique de Lencquesaing et Michel Bettane au Chateau Cheval Blanc

Après cette phase d’observation et de semi-chômage technique pour cause de raisin trop parfait, cap sur les vignes. Le jardin de 37 hectares est entretenu au bouton : 18 interventions par an sur une telle surface (taille, palissage, effeuillage, et j’en passe), vous imaginez le travail ? Respect. Tous ceux qui jardinent le dimanche, comme moi, comprendront. Les rangs de vignes s’alignent, impeccables.

Pierre-Olivier Clouet du chateau Cheval Blanc

Pierre-Olivier Clouet nous répartit en binôme avec l’équipe des vendangeurs « pros ». Ces travailleurs, fidèles au domaine d’une vendange à l’autre, remplissent et vident leurs seaux à la vitesse de l’éclair. Idem pour les « administratifs » du domaine, à l’instar d’Arnaud de Laforcade, le talentueux directeur commercial et financier, qui a chaussé ses bottes pour rejoindre les rangs lui aussi, très à l’aise. Nous les débutants, forcément on est moins doués : on se concentre (promis on ne parlera pas de prix, mais quand même imaginez un peu, une grappe oubliée de ci, de là, oh…), on médite les mots de Pierre Lurton, qui évoquait la veille au soir le travail de son équipe, consistant à « mettre en chorégraphie l’élégance du geste ». Promis Pierre, on s’applique nous aussi à rester élégants…  et efficaces ! L’un de nous, manifestement plus habitué à jongler avec les mots des pages saumon de son quotidien qu’avec un sécateur, réussira quand même à se couper ;-).

Une belle grappe de raisin du chateau Cheval Blanc pour Angelique de Lencquesaing

Quelques rangs de vignes plus tard, la récompense arrive sous la forme d’un rayon de soleil qui illumine les vignes et le chai et vient réchauffer encore un peu plus, s’il en était besoin, le cœur et l’ardeur de notre fine équipe des vendangeurs.

Chateau Cheval Blanc

Retour au château pour un moment où le temps suspend imperceptiblement son vol. Un vent léger caresse la crinière de graminées semée à la crête du chai ; un orchestre égrène quelques notes de jazz, le cristal de nos verres commence à vibrer des précieuses gouttes de nectar qu’on y verse. Le repas des vendangeurs s’annonce, les jéroboams s’avancent … Après un prélude qui prend la forme d’un montrachet de la maison Bouchard, Petit Cheval 2000, suivi de son grand frère Cheval Blanc 2000 nous sont servis sur une entrecôte parfaitement grillée aux sarments. Un rêve, et une ode aux formats généreux : ce 2000 se présente en effet dans toute sa plénitude, un cran plus ample, plus fondu, plus exceptionnel encore que la veille (nous l’avions alors dégusté en magnum… Vous trouvez que j’exagère là ? OK, j’arrête). En point d’orgue sur le dessert – une délicate composition de fruits exotiques – un majestueux Château d’Yquem 1988…

Double magnum de chateau Cheval Blanc

Alors, ce mystère de la naissance d’un grand vin ? Indéniablement, une part du secret réside dans cette alchimie de gestes, patiemment accomplis et répétés tout au long du cycle de la vigne par chaque membre de l’équipe. Des années d’expérience, de talent et de passion ; un peu de tout cela, orchestré par un homme, Pierre Lurton, qui connait personnellement chacun de ses musiciens et les conduit avec la souplesse et l’élégance de celui qui maîtrise à la perfection sa partition.

A Cheval Blanc, ce n’est donc pas le diable qui se cache dans les détails. Bien au contraire ! Ce domaine a une âme, celle du lieu et de son terroir bien sûr, mais aussi celle des hommes qui travaillent dans l’ombre à la gestation du grand vin. Animés d’une flamme aisément palpable, ils se livrent sans détour, racontent avec passion leur travail. Voilà un lieu où l’artisanat élève au rang d’œuvre d’art le produit ainsi créé. Goûter un millésime de Cheval Blanc, c’est, aux dires de Pierre Lurton, « un voyage élégant qui peut se faire dans le temps ». Vivre une journée de vendanges à Cheval Blanc, c’est approcher le mystère, entrevoir le secret… Puis finalement renoncer à comprendre, lâcher prise, et laisser opérer la magie.

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  • Voir les commentaires (4)

  • VINCENT

    Angélique, toujours au nirvana pour idw ! Merci de descendre du mont olympe-blanc pour nous faire partagé ce moment, rare et superbement raconté. .
    Magnifique photos de notre ambassadrice !!
    Quand publierez-vous vos mémoires ?

    Jérémy

  • Philippe MARGOT

    Quelle jolie histoire, débordante du plaisir de vous tous qui avez eu le privilège d’y participer.
    Imaginons ce repas de vendanges après une récolte à la machine…
    Voilà qui couperait l’ambiance !

    Philippe

  • Claude C

    Je m’interroge, puis je m’étonne ?
    Et encore rien, pas un mot sur la qualité de ce millésime 2012 !!! Même pas typiquement bordelais ?
    Milles excuse, je suis un peu taquin sur cette grappe là !
    Claude

    • iDealwine

      Merci de votre message, Claude,
      On les aime bien vos taquineries chez iDealwine 🙂
      Vous l’aurez compris : un joli millésime bordelais, bien sûr !
      PLus sérieusement, difficile à ce stade d’émettre un avis sur la qualité du millésime : les vendanges avaient commencé la veille de notre venue. Les merlots que nous avons vus étaient d’une qualité irréprochable, on aurait dit que l’équipe les avait lustrés en prévision de notre passage… L’état sanitaire de cette première partie de récolte était donc parfait. Les vendanges s’étalent normalement sur trois semaines à Cheval Blanc.
      A suivre donc !
      AdL

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