Retrouvez l’interview ici : https://www.bfmtv.com/economie/replay-emissions/bfm-patrimoine/video-le-coffre-fort-bordeaux-debut-de-la-campagne-primeurs-2025-29-04_VN-202604290450.html

Chaque année, les premières semaines du printemps sont rythmées par un évènement majeur pour les amateurs de grands crus : la campagne Primeurs des vins de Bordeaux. Dans le contexte économique actuel faut-il s’y intéresser, suivre le mouvement et plonger ? Les vins de Bordeaux constituent-ils un véhicule de placement-plaisir intéressant ? Un point avec Angélique de Lencquesaing, Directrice Générale déléguée d’iDealwine, interrogée par Etienne Bracq sur BFM Business.

Angélique, en quoi consiste cette campagne primeurs exactement ?

Si le mécanisme d’achat d’une récolte « sur pieds » par les négociants remonte au XVIIIe siècle, la vente en primeurs est accessible aux clients particuliers depuis les années 1970. Le principe ? Les grands crus Bordelais ont mis en place un système consistant à vendre le produit de leur dernière vendange – cette année, il s’agit du millésime 2025 – avant même que les vins soient mis en bouteille. La récolte est en cours d’élevage.

Pour se faire, les vins sont goûtés par la presse, les dégustateurs professionnels et les distributeurs durant le mois d’avril. Ces professionnels vont publier leurs notes et commentaires de dégustation. Puis, la campagne en elle-même débute (cette année, assez tôt, fin avril-début mai), et les vins sont proposés à la vente via la chaine des négociants et des distributeurs. Les amateurs sélectionnent les vins de leurs propriétés préférées, l’achat en primeur leur garantit l’accès à ce millésime. Leur commande sera livrée une fois la maturation des vins achevée, et la mise en bouteilles réalisée, ce qui peut prendre 18 à 24 mois (voire plus pour certains liquoreux) après leur commande.

Quel est l’intérêt d’acheter en primeur ?

Il est triple :

1- La garantie d’accéder à un vin rare, quand il est rare – ce n’est pas systématique, mais ce sera plutôt le cas avec la récolte de 2025 – ou a minima plus difficile à trouver sur le marché une fois disponible en bouteille

2- Un circuit court entre la propriété et votre cave. Les vins vont quitter les caves de la propriété pour être livrés dans nos entrepôts, avant d’arriver chez vous, ou dans le lieu où vous laissez vieillir vos vins

3- L’argument clé : le prix. L’attrait principal des primeurs consiste à aider le vigneron à financer ses stocks durant la phase d’élevage des vins. En contrepartie l’amateur bénéficie d’un prix inférieur à celui du vin « livrable », une fois mis en bouteille. C’est sur cette promesse que s’est bâti le système des primeurs.

Acheter en primeur des vins qui ne sont pas achevés constitue un pari. Comment mettre toutes les chances de son côté ? 

Trois éléments contribuent à guider l’amateur :

  • Les caractéristiques du millésime et sa « désirabilité »
  • Les notes, et l’accueil que lui réservent les dégustateurs professionnels
  • Le prix, argument-clé

J’ajouterai que l’achat en primeur est assez particulier, car l’amateur doit attendre plusieurs années avant d’apprécier le vin. C’est un achat de patience, qui va de pair avec le plaisir de constituer une cave, de construire une collection, et de transmettre un patrimoine à vos enfants. Cette année, de nombreux amateurs nous contactent pour acheter les vins de ce millésime qui correspond à un anniversaire particulier (naissance d’un enfant, mariage…).

Que peut-on dire du millésime 2025, d’une manière générale ?

Le contexte climatique a constitué une contrainte importante pour les vignerons bordelais. Après un printemps doux et des conditions clémentes qui ont favorisé la floraison, des températures caniculaires ont frappé le vignoble durant l’été. Dans ce cas, la vigne est soumise au stress hydrique qui peut entrainer un blocage de la maturation des baies. Heureusement, des pluies salvatrices sont venues réhydrater la vigne à quelques semaines des vendanges. La récolte s’est déroulée dans de bonnes conditions, offrant aux vignerons une large fenêtre de tir, ce qui leur a permis de vendanger progressivement, en tenant compte des maturités.

Avons-nous affaire à une récolte généreuse ?

La contrainte hydrique à laquelle la vigne a été soumise a limité la croissance des baies. La vigne se place en mode « survie », les raisins sont petits, denses. Non, il ne s’agit pas d’un millésime productif, au contraire 2025 devrait marquer une récolte au plus bas niveau depuis 60 ans pour l’ensemble du vignoble français. Une production plus rare, d’une manière générale, marquée par de petits rendements dans de nombreuses propriétés. Certaines ont divisé leur production par deux.

Pour autant, 2025 honore la réputation de qualité accolée aux millésimes « en 5 » : les vins dégustés à Bordeaux ces dernières semaines ont donné le sourire aux professionnels venus les découvrir. Les vins sont concentrés, dotés d’une belle acidité et d’une fraîcheur préservée.

S’agit-il d’un millésime intéressant, du point de vue patrimonial ?

Les vins du millésime 2025 présentent plusieurs qualités susceptibles de les rendre éligibles à l’investissement-vin.

Le premier atout est d’ordre économique : Bordeaux, n’en déplaise aux vents mauvais qui soufflent à propos de cette région, demeure une référence dans le monde entier. Si l’on regarde le marché des ventes aux enchères, qu’iDealwine connait bien pour l’analyser sous toutes les coutures depuis plus de 25 ans, Bordeaux demeure la première région échangée sur le marché secondaire, en termes de volumes. Une bouteille sur trois adjugée sur iDealwine est un grand cru bordelais, et les volumes vendus ont augmenté de 23% l’an dernier sur la plateforme. Bordeaux peut compter sur des marchés solides en Europe (France, Suisse, Espagne, Scandinavie), mais aussi en Asie (Singapour).

Autre atout des vins de Bordeaux : la capacité de garde – impérative quand la dimension patrimoniale participe de la décision d’achat – est avérée. Le niveau d’acidité présent dans les vins peut en attester. Les vins pourront être appréciés dans leur jeunesse – la gourmandise de certains jus était prometteuse, durant les dégustations – et c’est d’ailleurs un point important dans l’évolution stylistique des crus bordelais, mais ils sont structurés pour se conserver de longues années. C’est d’ailleurs l’une des grandes forces de Bordeaux, un atout qui repose sur l’art de l’assemblage.

Peut-on parler d’un millésime attractif ?

Chez iDealwine, nous mesurons d’ores et déjà l’attente des consommateurs, la « désirabilité » du millésime à un facteur : le nombre d’alertes placées sur les vins qui seront vendus en primeurs au cours des prochaines semaines. Il s’agit d’une fonctionnalité qui permet au client d’être averti dès qu’un vin sera disponible à l’achat en primeur. Le nombre d’alertes a augmenté d’un tiers par rapport à l’an dernier. C’est dire l’attrait que suscite le millésime auprès des amateurs. Un millésime intéressant lorsque 2025 représente l’année d’un mariage, d’une naissance, d’un anniversaire particulier.

Deux éléments nous manquent encore pour répondre pleinement à votre question : les notes des grands dégustateurs, qui devraient permettre de faire émerger des consensus sur certains vins ou, a minima, sur certaines appellations. Même s’il n’existe plus de gourou : l’ère durant laquelle les notes du critique Robert Parker pouvaient faire la pluie et le beau temps sur le vignoble est révolue.

Autre élément-clé pour juger de l’intérêt à acheter les vins de Bordeaux en primeur : le prix bien sûr. L’exercice est toujours compliqué pour une propriété, et cette année peut-être encore plus que jamais.

Pourquoi ?

Des facteurs exogènes au marché du vin (guerre en Ukraine, conflit iranien, …) pèsent sur les échanges. Viennent s’y ajouter des facteurs économiques (hausse du coût des matières premières et du carburant qui pèsent sur le pouvoir d’achat) susceptibles de freiner les consommateurs dans leurs dépenses.

Ajoutons à cela des facteurs propres à l’économie du vin : la campagne 2024 n’a pas été couronnée de succès, laissant des stocks importants dans les chais. Les taux d’intérêt à la hausse viennent freiner les capacités de financement des négociants. Des tendances de consommations qui orientent les amateurs vers les vins blancs ou des vins à boire rapidement, légers, et à réserver les grands vins rouges de garde pour les occasions spéciales… Tous ces facteurs vont entrer en jeu lors de la détermination des prix de vente. Ils devraient inciter les propriétés à la modération.

Le contexte économique peu porteur devrait orienter ces prix à la baisse ?

Attention pour certains producteurs frappés par les hausses des coûts, la baisse n’est pas économiquement viable, d’autant moins sur une récolte faible en quantités. Dans le contexte actuel, et compte tenu de la qualité du millésime, une stabilité des cours enverrait un signal de modération positif, et encourageant pour la reprise des ventes.

Le consommateur est à la porte, il est intéressé, ce millésime suscite de l’attente, de l’espoir, comparable à celui que nous avions observé lors de belles années telles que 2022, 2020 ou 2019, sur la période récente. Il n’attend qu’un geste pour concrétiser en retour son intérêt.

Quelques coups de cœur ?

Notre équipe en a eu de nombreux ! Tout particulièrement au sein des appellations de Pessac Léognan, de Margaux ou plus au nord, à Pauillac, et, sur la rive droite, à Pomerol et Saint-Emilion. Nous aurons peut-être l’occasion de revenir dessus, en fonction des tarifs proposés ? A suivre…

Retrouvez les primeurs Bordeaux 2025

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