Giuseppe Quintarelli, le grand Maestro de l’amarone

Quintarelli

Giuseppe Quintarelli est probablement l’un des noms les plus célèbres de la viticulture italienne. A l’occasion de notre nouvelle allocation de la semaine, nous avons interviewé son petit-fils, Francesco Quintarelli.

Giuseppe Quintarelli  – ou Bepi comme on le surnomme en dialecte vénétien – est considéré comme le père de l’Amarone et l’un des plus grands vignerons italiens.  Si l’homme est resté discret, il a tout de même laissé derrière lui un héritage considérable et a marqué toute une génération de vignerons italiens. Il est décédé en 2012, après une longue et sublime carrière de près de 60 ans, laissant le domaine à sa fille Fiorenza, son gendre Giampaolo, et ses petits-fils Francesco et Lorenzo. Le vignoble de 12 hectares se situe dans le village de Negrar, sur les collines au Nord de Vérone au cœur du Valpolicella, à une altitude d’environ 500 mètres. La famille affiche la ferme intention que rien ne change dans la manière de produire les vins afin de respecter au mieux le style et la tradition de l’œuvre de Guiseppe. Pour l’anecdote, Giuseppe Quintarelli avait la réputation de ne pas apprécier du tout que l’on recrache son vin, politique qui perdure encore aujourd’hui au domaine.

L’amarone – littéralement, ‘le Grand Amer’ – est en effet produit par une technique ancienne appelée appassimento, qui consiste à sécher les raisins pendant plusieurs mois jusqu’à ce qu’ils ressemblent à des raisins secs, avant qu’ils ne soient pressés. Cela donne des vins très concentrés en saveur, en sucres et un peu en alcool. Les ventes d’amarone ont surtout décollé à partir des années 1980-1990, la « Denominazione di Origine Controllata » (DOC) n’a d’ailleurs été reconnue qu’en 1990. En 2009, l’Amarone et Recioto della Valpolicella (un vin plus sucré, produit selon les mêmes méthodes de production) ont été promus au statut de « Dénomination d’origine contrôlée et garantie » (DOCG). Chez Quintarelli, après l’appassimento, le vin est pressé puis vinifié à basse température, avant d’être élevé en barriques de chêne de Slavonie pendant de longues années, 8 ans pour l’amarone et même 10 ans pour l’Amarone Riserva. Sur certains millésimes, lorsque la qualité est jugée insuffisante, le domaine ne produit pas du tout d’amarone. Le résultat est bluffant et l’amarone de Quintarelli émerveille par sa douceur, son élégance et sa longueur en bouche impressionnante.

Quintarelli 2

Pouvez-vous raconter l’histoire du domaine ?

L’histoire a commencé au début du siècle dernier, lorsque Silvio Quintarelli – mon arrière-grand-père – cultivait des vignes en métayage à Figari dans la commune de Marano di Valpolicella avec ses frères. Après la première guerre mondiale, la société a déménagé dans la vallée de Negrar et Silvio a créé son propre domaine en 1924, avec l’aide de sa femme et ses fils. Ils produisaient beaucoup de vin en vrac à l’époque, pour la plupart destiné à l’export aux Etats-Unis. Puis, dans les années 1950, il a passé le flambeau à son fils cadet, mon grand-père, Giuseppe Quintarelli.

Comment l’arrivée de Giuseppe a fait évoluer le domaine ?

Les vins produits étaient déjà de bonne qualité, mais c’est Giuseppe qui a vraiment fait avancer les choses au domaine. D’un côté, il avait un respect profond pour la tradition, mais de l’autre, il a introduit plusieurs manières de travailler pour améliorer la qualité des vins, par exemple il ne sélectionnait que les meilleurs raisins.

Il a également augmenté la taille du domaine et introduit d’autres cépages que la corvina, le nebbiolo, la croatina, le cabernet franc et le cabernet sauvignon, le sangiovese, garganega, trebbiano toscano, sauvignon blanc, chardonnay et saorin.

Giuseppe a été le premier à croire dans le potentiel de ce terroir, et il a beaucoup changé le paysage viticole de la région, auparavant pas aussi mis en valeur.

Quintarelli 3

Il a donc inspiré tout une génération de vignerons dans la région…

Oui, et plusieurs sont passés par le domaine pour travailler et apprendre le métier de vigneron. Dans les années 80, Romano dal Forno venait très souvent discuter avec Giuseppe avant de créer son domaine. Tommaso Bussola a aussi fait ses classes ici.

Qui s’occupe du domaine maintenant ?

Après le décès de mon grand-père en 2012, sa fille Fiorenza a pris sa suite, accompagné de son mari et ses enfants, moi (Francesco) et Lorenzo. Il y a aussi une équipe de quatre employés qui travaillent au domaine tout au long de l’année.

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Quelle est votre vision de la viticulture ?

Nous ne sommes pas en bio ou biodynamie, mais notre viticulture reste traditionnelle, nous répétons les gestes de nos ancêtres. Nous ne traitons les vignes que quand c’est absolumment nécessaire, quand il pleut beaucoup par exemple (ce qui est le cas en ce moment !). Nous n’utilisons jamais de désherbants, préférant travailler le sol. La viticulture n’a pas changé depuis des décennies ; nous privilégions toujours les choses naturelles.

Les rendements sont maintenus au minimum par une taille rigoureuse et des vendanges en vert. Les vendanges s’effectuent assez tard, à bonne maturité. Les raisins sont récoltés à main, dans des petites caisses en bois. Dans beaucoup d’autres domaines, des caisses en plastique sont utilisés, qui sont peut-être plus facile à laver et ranger, mais nous trouvons que le bois absorbe l’humidité des grappes et conservent mieux les raisins.

Les grappes sont inspectées avant d’être séchées pendant au moins 4 mois dans des chambres de séchage (pour l’amarone). Nous utilisons des cannes de bambou pour le séchage, une tradition qui a perduré.

Là où les choses ont plus changé, c’est du côté du chai.

En quoi a-t-il changé ?

Le chai a été modernisé pour améliorer la qualité des vins. Par exemple, nous avons introduit des pompes plus délicates qui permettent de transporter les raisins sans les abîmer.

Quintarelli 5Quel type de vin cherchez-vous à faire ? Votre style ?

Nous cherchons avant tout l’élégance, avec des tannins pas trop forts. Nous privilégions l’acidité et la fraicheur, pour produire des vins épurés et racés. Les vinifications sont donc assez délicates, avec des macérations froides pas trop longues et des remontages manuelles (pas de pigeage).

L’élevage joue aussi son rôle, et nous favorisons donc des périodes de maturations très longues, avec sept ans en grand fût de chêne, « botti di rovere ». Nous achetons de nouveaux fûts au fur et à mesure, et utilisons environ 30% de chêne neuf dans nos élevages.

Il est souvent dit que discrétion et tradition prévalent au domaine Giuseppe Quintarelli… J’ai vu que vous n’avez pas de site internet ni de réseaux sociaux, est-ce un choix personnel ou par hasard ?

Ça correspond au profil bas de Giuseppe. C’était un homme très discret et peu attaché à l’image, et il n’a donc jamais voulu faire de la « publicité » de cette façon. D’autre part, notre production est assez limitée – 60 000 bouteilles par an – et nous ne voulons pas agrandir le domaine, nous sommes arrivés à la taille parfaite pour nous.

Pour finir, quels sont vos conseils en ce qui concerne les accords mets-vins ?

Le structure du plat doit équilibrer la structure du vin. L’amarone requiert donc des plats consistants, de la viande rouge en sauce ou du gibier, par exemple i bigoli al sugo d’anatra – une spécialité de la région constituée de pâtes dans une ragû de canard – est un très bon accord. Pour les valpolicellas, un vin plus léger, des plats plus légers fonctionnent bien, des volailles ou encore une viande rouge pas trop lourde. Le recioto s’accorde surtout avec des desserts au chocolat ou tartes au fruit, ou encore des fromages à pâte molle.

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Nous tenons à remercier Francesco Quintarelli pour le temps qu’il nous a accordé…et nous vous conseillons vivement de tester les vins du domaine Quintarelli, pour gouter à la tradition, la patience et leur style artisanal et authentique.

 

  • Voir les commentaires (1)

  • Bigot

    J’ai bu de ce vin lors d’un déplacement en Italie,et j’ai vraiment apprécié ce nectar.Ou puis-je en trouver en région Rhône Alpes
    Merci

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