Une histoire longue de plusieurs siècles, un monopole reconnu et une nouvelle page avec Saskia Van Der Horst.
Le domaine Saint‑Patrice vit une nouvelle étape de son histoire, longue depuis plusieurs siècles, la preuve en est : il est cité dans l’Annuaire du Vaucluse de 1838. L’arrivée de Saskia Van Der Horst, vigneronne au parcours atypique, apporte un regard neuf sur les vignes et les vins. Entre respect des traditions et expérimentations maîtrisées, elle explore les terroirs, affine les assemblages et révèle toute la finesse des châteauneuf-du-Pape et du Clos St Patrice. Un renouveau qui s’écrit avec précision et sensibilité.
Saint‑Patrice : un vignoble chargé d’histoire
Au cœur de la Vallée du Rhône, le domaine Saint‑Patrice s’étend sur des parcelles généreuses et variées, où grenache et mourvèdre dessinent le profil des vins. Héritage de pratiques paysannes, cette exploitation a toujours privilégié un minimum d’interventions, respectant le rythme naturel de la vigne et l’expression du terroir. Son nom remonte au XVIIIème siècle, et est un clin d’œil à Jean De Power, ambassadeur des vins de Châteauneuf en Irlande.
La reprise du domaine par Saskia Van Der Horst s’inscrit dans cette continuité. À l’issue d’une transition familiale, la famille Picard, propriétaire des lieux, a fait appel à Saskia pour poursuivre l’œuvre déjà engagée.
« Il fallait continuer ce qui était fait, mais en se posant encore plus de questions », explique Saskia. Son approche mêle bon sens paysan et curiosité scientifique : analyses de sols, remplacement de souches mortes, essais d’assemblages, ce toujours dans le respect de l’identité des terroirs.
Saskia Van Der Horst : un parcours atypique au service du terroir
Saskia n’est pas issue d’une famille de vignerons. Sa rencontre avec le vin commence à Londres, où elle quitte la photographie pour plonger dans le monde de la sommellerie. En trois ans, elle gravit les cercles des chefs et sommeliers anglais, développant un sens aigu du vin, de la table et du service, tout en aiguisant son goût pour l’exploration et l’apprentissage. Curieuse et déterminée, elle part ensuite découvrir des vignobles un peu partout, passant par l’Afrique du Sud, où elle observe et échange avec des profils très variés, accumulant connaissances et expériences techniques. De retour en France en 2013, elle fonde à partir de rien Les Arabesques : un domaine dans la Vallée de l’Agly, au cœur des Pyrénées, un projet audacieux, qui lui permet d’expérimenter ce qu’elle a acquis à grande échelle, de tester sans retenue et d’apprendre les subtilités de la vigne et de la vinification. Ces expériences forment aujourd’hui le socle de son travail à Saint‑Patrice, où elle peut enfin combiner vision, audace et moyens techniques.

La philosophie Saint‑Patrice : entre respect du passé et innovations réfléchies
Quand on demande à Saskia qu’est ce qui rend son domaine unique, elle parle de ses cépages. L’ADN du domaine est l’assemblage grenache-mourvèdre, où le mourvèdre apporte structure et ossature, et le grenache fraîcheur et fruit. Le domaine travaille aussi la syrah. Une petite touche d’originalité serait le travail de cépages rares comme la counoise ou le muscardin (presque disparu dans l’aire d’appellation, il apporte finesse et notes florales lorsqu’il est intégré en faible proportion). Après plusieurs essais, la vigneronne nous confie quand même son choix de rester fidèle aux deux cépages principaux, convaincue que l’équilibre est déjà idéal.
Le travail dans les vignes est réfléchi : gestion de l’enherbement, hydrologie régénérative, systèmes d’irrigation optimisés et rendements mesurés (13‑15 hl/ha pour le Clos). Le domaine et sa petite équipe (de confiance !) s’oriente peu à peu vers l’agriculture biologique, avec une attention particulière à la biodiversité et aux pratiques durables. Les raisins sont vendangés à la main, avant un tri rigoureux. En cave aussi, et avec du matériel moderne, Saskia veille à laisser le vin parler de son terroir : les fermentations sont minutieuses, les macérations (en vendange entière, pour permettre une infusion) adaptées, et le vieillissement en barrique dosé pour soutenir le vin sans le dominer.
Pour Saskia, Saint‑Patrice est un défi stimulant. « J’aime ce domaine chargé d’histoire, mais j’apporte aussi ma réflexion et suis libre de faire mes tests », confie‑t‑elle. L’avenir se dessine ainsi selon la vigneronne : mieux valoriser les appellations, consolider l’identité du domaine et séduire les amateurs en quête de vins précis et authentiques.
Des vins précis et harmonieux
Les vins de Saint‑Patrice reflètent cette approche : moins d’alcool, plus de fraîcheur et de précision aromatique. Le Clos, que Saskia dégustait bien avant son arrivée au domaine, se marie parfaitement avec des plats automnaux comme un risotto aux cèpes. Sa renommée date déjà, ses 1,8 hectares de sélections massales de grenache et mourvèdre sont situés au cœur du village. Le châteauneuf-du-pape est travaillé sur des sols argilo-sablonneux et les lieux dits réputés que sont Cabrière, Pied Long, Terres Blanches, Les Galimardes, La Marine, Bois Dauphin, Bois Lauzon et La Bertaude. Il se révèle plus solaire et puissant, accompagne idéalement des viandes grillées ou des plats méditerranéens.
L’avis du Guide Bettane et Desseauve
3 étoiles
« Les efforts d’une équipe dynamique qui a, dès son premier millésime, réussi à produire des vins élégants, à l’expression florale parfois impressionnante. »
