Thierry Germain l’homme (bio) dynamique de Saumur-Champigny

Thierry Germain

A la tête du domaine des Roches Neuves depuis plus de vingt ans,Thierry Germain est un peu le “Monsieur 100 000 volts” de Saumur-Champigny. Evolution de style, travail en biodynamie, développement de son domaine, rien ne semble devoir arrêter son énergie créatrice.

Debout derrière son stand du Salon des vins de Loire, Thierry Germain répond, toujours souriant et sans se lasser, aux questions des innombrables cavistes, sommeliers ou importateurs venus déguster en avant première toutes ses cuvées de Saumur et de Saumur-Champigny du millésime 2013 (des échantillons pris sur cuve). Il détaille comment il a pu se sortir des pièges du millésime, comment ses vignes travaillées depuis de longues années en biodynamie ont pu résister à toutes les agressions de la nature. Profitant d’une petite pause dans l’affluence iDealwine a fait le point avec lui sur son parcours, ses vins et ses ambitions.

iDealwine : On constate une évolution frappante de tes vins au cours de ces dix dernières années. Peux-tu nous expliquer cette évolution ?

Thierry Germain : La première explication c’est que cela fait maintenant douze ans que le domaine est en biodynamie. Les sols sont vraiment vivants et toute l’énergie des terroirs est parfaitement captée par les vignes. Grâce à tout ce travail en amont, les raisins sont aujourd’hui parfaitement mûrs en ayant moins d’alcool. Ensuite, en cave on ne cherche pas à masquer tout cela par un travail technique. On garde le fruit et le terroir sans maquillage. Il n’y a rien qui m’ennuie plus que ces domaines qui possèdent une demi douzaine de terroirs différents et autant de cuvées, mais elles se ressemblent toutes comme des jumelles…

iDw : En bouche on a la sensation que tes vins sont progressivement passés d’un style bordelais à un style bourguignon.

Th.G. : C’est tout à fait ça. Quand j’ai commencé, comme de nombreux vignerons dans leurs premiers millésimes, j’étais jeune et fougueux et je voulais produire des vins démonstratifs avec des raisins en surmaturité et un élevage démonstratif. Et puis, au cours de différents voyages, une nouvelle idée de ce que je voulais faire de mes vins s’est progressivement imposée. C’était vers 2004 ou 2005 et j’ai découvert, notamment en Allemagne et en Autriche, des rouges de pinot noir qui avaient une superbe fraîcheur acidulée et délicate qui me donnait la chair de poule ! J’ai donc voulu avoir des vins de cabernet franc plus aériens, sur la finesse, avec des notes florales, en m’inspirant de la texture en bouche des plus beaux pinots noirs de Bourgogne. La semaine dernière j’ai d’ailleurs eu un des plus beaux compliments possibles : en goûtant La Marginale 2012, Olivier Poussier s’est exclamé : « On dirait un beau chambolle ! »

iDw : Tu as donc modifié tes vinifications ?

Th.G. : Oui, c’est là que se passe l’essentiel pour obtenir la texture que je recherche. J’ai commencé par ne plus avoir d’idées préconçues. Autrefois, je me disais : pour mes macérations c’est vingt-quatre jours sinon rien ! Aujourd’hui, selon les raisins, selon le millésime, elles peuvent durer de cinq à douze jours.

iDw : Récemment tu as eu un problème de santé qui t’a privé du goût et de l’odorat. Comment as-tu fait pour vinifier ?

Th.G. : Effectivement, cela peut sembler rédhibitoire pour un vigneron. En réalité j’ai découvert ce que découvrent tous les handicapés : pour compenser, on développe spontanément tous les autres sens. Et j’ai vinifié au toucher de bouche. Je suis devenu hyper sensible à la texture de mes vins en bouche, à la finesse de leurs tannins, et je savais, par ces sensations, quand il fallait décuver mes vins. Mais heureusement, aujourd’hui cela commence à aller un peu mieux pour mes autres sensations momentanément perdues.

iDw : Ces dernières années tu as acheté de nombreuses parcelles. Tu vas continuer encore comme ça pendant longtemps ?

Th.G. : Aujourd’hui, après l’achat des dernières nouveautés, le Clos de l’Echelier et le Clos des Mémoires, je pense que je vais arrêter. Le domaine fait maintenant 28 ha et comme tout le monde, je ne rajeunis pas et je ne veux plus augmenter la taille du domaine. Ce qui me motive aujourd’hui c’est d’aider des gens qui travaillent avec moi au domaine à s’installer avec leurs propres vignes. J’ai déjà procédé ainsi avec Michel Chevret mon bras droit qui est comme un frère pour moi, et je voudrais continuer avec d’autres. J’ai aussi une fille qui s’intéresse à la vigne et au vin et que je pourrais installer dans les années qui viennent sur quelques parcelles. Il est donc probable que le domaine se réduise un peu d’ici quelques années !

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  • Voir les commentaires (1)

  • Vince Schmitt

    Ca fait plaisir a` entendre: un vigneron qui avec l’experience, evolue vers des vins plus subtiles, moins maquilles. Je laisse a` l’interviewer la responsabilite de ces propos: il y a un style « bordelais » et un style « bourguignon »… A` quand des Bordeaux dans un style bourguignon? Qu’on puisse se faire plaisir de nouveau!

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