Semi-retraite de Robert Parker, les réactions

Réactions retraite de Robert ParkerEn annonçant la vente de son titre The Wine Advocate et qu’il allait prendre un peu de recul sur ses activités de dégustateur, Robert Parker a secoué le monde du vin, réjouissant les uns, inquiétant les autres, ne laissant personne indifférent. Voici un florilège de quelques unes de ces réactions, parfois assez amères…

La version “suavité et équilibre”

Nicolas de Rouyn (Bettane & Desseauve) sur son blog Bon Vivant 

Qui va remplacer Parker ? Michel Bettane a une réponse, qu’il m’a confiée hier soir avant de partir dans le Piémont, puis en Bourgogne pour un cycle de dégustations. Que dit-il ? « Robert Parker est irremplaçable. Plus jamais, un critique aura seul une telle influence. Tout ce qui a fait Parker ne se reproduira plus. La génération montante n’aura pas la même audience. Il y aura des spécialistes par pays, peut-être des collectifs, mais ils ne seront pas assez forts pour être mondiaux comme l’a été Parker. On jugera la nouvelle équipe à sa volonté de conserver les fondamentaux de Parker, ce qui est, à mes yeux, mission impossible. »

Même si, à la marge, tel ou tel se tortille pour se faire valoir, personne ne remplacera Parker parce que personne ne souhaite vraiment voir l’émergence d’un nouveau Parker. Observons ce qu’il se passe pendant la semaine des primeurs à Bordeaux. Avant même l’ouverture des hostilités, James Suckling, qui a tout goûté avant tout le monde, publie ses notes. Et tout le monde s’en fout. C’est Parker qui publie le dernier et c’est lui qu’on attend pour fixer les prix. Aujourd’hui que les hiérarchies sont à peu près en place, nul besoin d’un nouveau Parker, les prix se fixeront par rapport au marché. »

 

La version “tannins et acidité”

Sur le blog Idées liquides et solides de Vincent Pousson (journaliste et écrivain)

Tragédie, bof… Pour tout vous dire, nous, en France (et pas qu’en France !), les déboires du Guide, on s’en tape un peu. Certes, je l’avoue, un gros ouvrage bordeaux portant le nom d’une célèbre vis (merci, cher François de L…) a un temps encombré les rayons de ma bibliothèque. C’était il y a si longtemps, à une époque où même Bernard Tapie se prenait pour un crooner !  Ce pavé, compagnon boutonneux de nos premiers émois vinicoles, adolescents et acnéiques, nous fit croire quelques années que nous étions plus finauds que nos pères ; que voulez-vous, c’était l’âge tendre, ne comprenant pas grand-chose au vin, nous crûmes voir la lumière.
Puis, chemin faisant, les uns après les autres, nous nous rendîmes compte qu’en matière de vin comme ailleurs, il fallait apprendre à penser par soi-même. Heureuse découverte qui tout en nous faisant faire des économies nous a permis de détourner nos bouches des épuisantes “pipes à Pinocchio” et autres pâtes de fruits glycérinées à l’américaine, bref, de la mode des années 80. Plus de Bible, plus de Guide, nous nous jetâmes dans le grand bain, ne mesurant plus notre plaisir à l’aide d’un pied à coulisse, fût-il gradué de 0 à 100. Non pas que la critique vineuse soit sans intérêt, mais le diktat du “bon goût”, le culte d’une prétendue perfection finissent toujours par sombrer dans l’ennui. C’est l’artificialité du système de notation, pseudo-scientifique, qui confine au ridicule: vous, vous donnez quelle note, sur 100, à Mozart, Paganini, Bach, Satie ou Malher ? À Picasso, Michel-Ange, Dürer, Velázquez, Goya ou Soulages ? Ou aux femmes que vous avez aimées, histoire de nous vautrer nous aussi dans la vulgarité qu’a induite cette échelle de mesure factice ?

 

La version “amertume et sévérité”

Sur le blog Mille plateaux de Jacques Perrin, le propriétaire de Cave SA en Suisse

Le preux chevalier, l’avocat des consommateurs a pérennisé son entreprise « au-delà de ses rêves les plus fous. » Que va-t-il se passer ? Le paquebot TWA continuera d’avancer pendant un certain temps sur son erre ; les naïfs et les bienheureux continueront de croire qu’il existe une différence entre un vin noté 90 et un autre noté 89 alors que cette idée mérite de mourir selon Felix Salmon ; les négociants qui gâchent le métier continueront de vendre des notes Parker ; le cortège des prétendants s’agitera pour prendre une place désormais vide mais insignifiante. Quelques oracles se lèveront : retenez bien ce nom, certains voient en lui le nouveau Robert Parker, habemus papam !

Beaucoup auront depuis longtemps déserté ces rivages pour des contrées plus souriantes. Ils auront découvert que la seule aune à laquelle se mesure le grand vin est celle de la joie et de l’émotion esthétique qu’il procure.

Et Robert Parker de poursuivre sa quête absurde, Sisyphe de la dégustation. Il continuera sans doute à noter les vins sur 100. Tout est tellement définitif avec lui.

Et plus tard, peut-être, retiré dans son ranch de l’Idaho ou sa maison de Châteauneuf-du-Pape où une rue portera son nom, il fredonnera  cette chanson de Neil Young, son chanteur préféré : The king is gone, but he’s not forgotten…

 

La version “plénitude et matière évoluée”

Jacques Berthomeau, ancien Contrôleur général de l’agriculture

Que Robert Parker ait exercé, qu’il exerce encore une influence considérable sur l’industrie mondiale du vin, des grands vins dit-on, c’est indéniable mais, que je sache, je ne vois pas au nom de quoi il faille le clouer au pilori. Ce n’est ni un négociant d’armes, ni le gourou d’une secte, mais tout bêtement un critique qui a su monnayer son art. Que l’on ne soit pas d’accord avec sa vision du vin, que l’on condamne sa “mauvaise influence” sur les GCC de Bordeaux, qu’on l’accuse d’avoir “parkérisé” le vin, je le comprends parfaitement mais dans cette affaire il n’a pas agi en terrain conquis, il a simplement trouvé un terreau favorable et il l’a exploité, surexploité même. Bien sûr, je comprends que l’on puisse le regretter, désapprouver, condamner, mais s’il n’y avait pas eu la rencontre entre des offreurs, les châteaux et les domaines, et des demandeurs, les acheteurs de grands vins, Parker n’aurait été rien qu’un parmi d’autres c’est-à-dire, n’en déplaise à certains porteurs d’eau, de gentils dégustateurs dans notre petit marigot.

 

A lire également :

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