Secousses monétaires dans la zone euro : quelle incidence sur le prix des vins ?

Durant l’été, lorsque l’orage gronde sur les marchés financiers, les détenteurs d’un portefeuille boursier s’interrogent. Acheter, vendre ou faire le dos rond : quelle est la bonne option ?
En matière de vin, compte tenu du prix atteint sur certains flacons, il est légitime de se poser quelques questions. Et de prendre les bonnes dispositions.

Quel est le lien entre la crise monétaire et la gestion de votre cave ? Pour beaucoup, la question peut sembler incongrue. Le vin est à priori acheté pour être bu. Point. Mais nombreux sont aussi ceux qui ont réalisé d’intéressants achats en primeurs au cours des décennies 1980 et 1990, voire, sur certains millésimes de la décennie 2000. Et ils ont vu la valeur de leur cave exploser ces derniers mois, à la faveur de la hausse du prix de certains grands crus bordelais. Une véritable bulle spéculative s’est créée autours des plus grandes signatures, il est donc légitime de s’interroger sur la fragilité de cette situation, et l’impact possible d’une crise monétaire majeure dans la zone euro.

Bulle spéculative ou mouvement de fond ?

On en parle depuis des mois. La valeur de certains grands crus classés de Bordeaux a véritablement explosé, tant en primeur que sur le marché des Château Lafite Rothschild est, bien sûr, emblématique. Et la plus belle illustration du phénomène enregistré sur ce vin est celle du millésime 1982, vendu 40€ en primeur, et dont la cote iDealwine aux enchères frôle actuellement les 3400€.

D’autres crus suivent désormais ce mouvement. Car la demande s’est déplacée géographiquement. Si la Grande-Bretagne reste incontournable pour le commerce des grands crus classés, la destination finale des vins a quant à elle profondément évolué. Les Etats-Unis, où l’on trouve de fantastiques collections de grands crus bordelais, représentent aujourd’hui une destination moins systématique pour les vins français. La concurrence des vins produits dans la Napa Valley ou sur les nouveaux terroirs du Chili et d’Argentine y est exacerbée. Et, conjuguée à la faiblesse du dollar par rapport à l’euro, elle a entraîné une érosion de la part des achats réalisés par les amateurs américains. Le retrait du marché de la filiale américaine Diageo Chateau & Estate Wine du groupe britannique de spiritueux, la revente de stocks importants de vins français au plus fort de la crise financière en 2009 et, sur les deux derniers millésimes (2009 et 2010), la faiblesse des achats en primeur émanant d’outre-Atlantique sont autant de manifestations de l’érosion de ce marché, pourtant historique, pour les grands crus bordelais.

extravagantes sont régulièrement organisées à Hong-Kong et dans les grandes villes asiatiques. Les flacons y sont réellement ouverts, et en quantité !

Pour autant, on a pu constater ces dernières semaines une stabilisation, au plus haut niveau, de la cote de Château Lafite Rothschild en France. Un signe avant-coureur du repli des cours ? Les intervenants qui jouent le rôle d’intermédiaire sur les marchés asiatiques sont actuellement modérés dans leur frénésie d’achat par deux facteurs : le prix de ce premier cru classé de Pauillac a aujourd’hui atteint un seuil psychologique qui limite la clientèle susceptible de continuer à acheter les vins. Par ailleurs, le risque de faux va s’accroissant, rendant les acheteurs plus regardants quand il s’agit de débourser des sommes aussi élevées. D’où la relative stabilisation de cours observée dans les dernières ventes aux enchères de vin françaises.

premiers crus classés, ont choisi de se tourner vers des signatures se situant dans une tranche de prix inférieure. Et leur cote s’affiche, à peu près pour tous les crus classés et assimilés, dans le vert. La campagne primeur  2010 en a été la manifestation la plus évidente. Certes, il y a eu des excès de prix sur certains crus, mais d’autres ont été plébiscités, à l’instar des châteaux Pontet Canet, Léoville Poyferré, Lynch Bages

Même si, pour partie, elle ne fait que répondre à des anticipations hautement spéculatives, la demande reste donc forte pour l’ensemble des crus classés de Bordeaux. Et la cible des amateurs susceptibles de s’intéresser à ces vins ne cesse de croître, tant en nombre potentiel de clients qu’en termes de pays consommateurs. Face à la rareté des grands crus, les indicateurs sont donc au vert pour entretenir la hausse, ou tout au moins le maintien des niveaux de prix actuels.

Crise monétaire : quel impact ?

Dans ce contexte, la crise monétaire qui gronde en Europe est-elle susceptible de faire vaciller le marché des grands crus bordelais ? La situation monétaire est en effet préoccupante : on croyait la Grèce provisoirement sortie d’affaire – pour autant qu’une dette de 350 milliards d’euros, représentant 160% du PIB, soit une situation viable – et voilà que l’agence de notation Moody’s annonce ces derniers jours une dégradation de 3 crans de la note du pays, estimant que celui-là ne sera pas en mesure d’honorer ses engagements envers ses créanciers privés. Outre la Grèce, d’autres pays sont également sur le fil du rasoir : le Portugal, l’Irlande, l’Italie, et l’Espagne, sans parler de la France. Une éventuelle défaillance d’un seul de ces pays aurait, on l’imagine, des effets redoutables sur l’équilibre monétaire européen.

En effet, une éventuelle sortie de la Grèce de la zone Euro – dangereuse , mais tentante pour relancer son économie – entraînerait un renchérissement de la monnaie unique, pénalisant la compétitivité des pays de la Zone.

Dans le scénario le plus noir, une contamination de la situation grecque à d’autres pays, tentés eux aussi de sortir de la zone euro pour alléger le poids de leur dette, pourrait avoir des effets démultiplicateurs sur l’appréciation de notre monnaie.

Même si un tel scénario reste encore hypothétique, les produits français et au premier chef, puisque c’est ce sujet qui nous intéresse, les vins français, seraient particulièrement pénalisés par l’évolution défavorable des taux de change. Une situation valable tout particulièrement pour la catégorie de vins qui subit de plein fouet la concurrence des vins du Nouveau Monde. Le risque existe-t-il aussi pour les grands crus français, classés ou assimilés ? Certes, on peut croire le marché des grands vins français protégé par la qualité, le prestige et la rareté des vins. Mais attention ! Un acteur important du marché asiatique – le distributeur chinois Aussino – a récemment semé la panique en annonçant, dans un entretien avec le Decanter, son désengagement du marché des crus classés. Les raisons ? Le niveau élevé des prix, mais aussi et surtout l’incapacité à acquérir une quantité significative de vin, ce qui l’empêche d’approvisionner dans des conditions satisfaisantes l’ensemble de son réseau. Dans ce cas précis, l’effet de rareté, au lieu de le servir, se retourne, en quelque sorte, contre le marché bordelais. Même si ces propos ont été démentis par les responsables de la chaîne de distribution quelques jours après, l’histoire a jeté un froid.
Bien sûr, le marché asiatique est encore loin de la saturation. Mais si, d’aventure, les amateurs (et les spéculateurs) en venaient à considérer ce marché comme instable sur le plan des taux de change et insuffisamment profond, la cote d’amour dont bénéficient nos grands crus français pourrait subir un revers de fortune. En clair, il est peut-être judicieux de vérifier la valeur actuelle de votre cave et, le cas échéant, de sécuriser vos gains en réalisant les plus-values latentes sur les flacons que vous ne boirez pas.

Evolution de la cote de Château Mouton Rothschild sur 3 ans

Cote iDealwine 07/2008 Cote iDealwine 07/2011 Variation
Mouton Rothschild 1982 735 € 954 € 29,80%
Mouton Rothschild 1985 183 € 276 € 50,82%
Mouton Rothschild 1986 600 € 717 € 19,50%
Mouton Rothschild 1989 210 € 296 € 40,95%
Mouton Rothschild 1990 199 € 285 € 43,22%
Mouton Rothschild 1995 237 € 333 € 40,51%
Mouton Rothschild 1996 231 € 370 € 60,17%
Mouton Rothschild 2000 535 € 912 € 70,47%
Mouton Rothschild 2003 264 € 360 € 36,36%
La variation de cours de Château Mouton Rothschild reflète l’explosion de la demande asiatique sur les grands crus bordelais

 

A lire également :
Premiers crus de Bordeaux : photographie des cours à la mi-année

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  • Voir les commentaires (8)

  • yann

    Intéressant mais erroné en ce qui concerne la cote de Mouton 2003.

    Cordialement

    Yann

  • Rédaction iDealwine

    @yann : merci, la cote était celles des magnums, nous corrigeons tout de suite !

  • Claude C

    40% d’augmentation pour un Mouton 90, voila bien un exemple de la méconnaissance de certains acheteurs pour un un vin qu’a l’aveugle, beaucoup de dégustateurs refuseraient !!

  • bertrand l

    selon vous ce n’est plus donc le moment d’investir dans le vin ?

    • Rédaction iDealwine

      @Bertrand : Au contraire ! Le marché amorce une phase de baisse, les opportunités d’achat devraient apparaître dans les semaines ou mois à venir. Suivez très attentivement les vins que vous appréciez particulièrement …. Et n’oubliez pas que le vin constitue un bon placement mais à moyen – long terme 🙂
      Merci de votre commentaire et bons achats !

  • nicolas

    comment expliquez vous la chute vertigineuse de l’indice liv ex depuis 3 mois et encore aucune baisse sur votre indice ou les courbes de votre site ?
    merci.

    • Rédaction iDealwine

      Les indices Livex reflètent des échanges qui s’effectuent principalement entre professionnels (c’est une sorte de marché de gros par rapport à iDealwine ), Ces intervenants n’hésitent plus, depuis cet été, à vendre en acceptant des baisses de prix pour que les transactions puissent aboutir.
      Les indices iDealwine reflètent d’avantage un marché de détail ouvert aux professionnels mais aussi très majoritairement aux particuliers, ces derniers acceptent plus difficilement et surtout plus lentement les ajustements de prix à la baisse que les professionnels.
      C’est la raison pour laquelle, actuellement, les indices iDealwine n’ont pas encore intégré aussi nettement les baisses, mais le mouvement est en marche, le nombre des lots invendus en salle des ventes augmente, c’est probablement le signe annonciateur de la baisse des prix dans les semaines qui viennent.

  • didier

    pour les spéculateurs , la crise est plus que salutaire . des milliers de personnes achetent au plus bas dans tous les secteurs y compris ceux du vin et dans 10 ou 15 ans ils auront un large sourire….

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