Primeurs 2013 : la baisse des prix consentie par certains châteaux est-elle suffisante ?

primeurs 2013

Trois semaines après la semaine de dégustation des bordeaux du millésime 2013 un nombre significatif des châteaux a d’ores et déjà dévoilé ses prix de vente en primeur. Les chiffres sont formels : les prix du millésime 2013 à Bordeaux sont, pour le moment, orientés à la baisse par rapport à 2012. Reste à savoir si celle-si sera suffisante pour relancer les ventes de primeurs mises à mal par les annonces pessimistes qui se sont succédé sur le millésime.

Plus personne n’ignore sur ce  Blog que le vignoble Bordelais a été mis à mal par les intempéries tout au long de la saison,  ce qui a eu un effet désastreux sur la récolte 2013. En  baisse de 27 % par rapport à 2012 celle-ci s’est élevée à 3,83 millions d’hectolitres. N’oublions pas qu’il s’agit là de la plus petite quantité de raisin récolté depuis … 1991 ! Certaines appellations ont malgré tout moins souffert que d’autres, notamment Margaux et Pomerol. Les cépages blancs ont également été préservés, le cabernet franc tout particulièrement, qui a su profiter de la fraîcheur du climat.

Toutes choses égales par ailleurs, la baisse des rendements devrait logiquement rehausser, ou du moins maintenir les cours. Or ce que l’on constate depuis le début de la campagne primeurs, c’est que c’est l’inverse qui se produit : les prix sont dans l’ensemble orientés à la baisse par rapport à 2012. Pour expliquer le phénomène, c’est donc plutôt du côté des facteurs extérieurs à la récolte qu’il faut chercher. Le manque d’intérêt des acheteurs étrangers  pour les primeurs est net. Le nombre de visiteurs étrangers présents pendant la semaine des primeurs n’a eu de cesse de chuter ces dernières années, passant de 30% à 20% en proportion de nombre total de visiteurs entre 2011 et 2013. Les amateurs asiatiques tout particulièrement ont fait défaut cette année, peu friands il est vrai du principe de l’achat en primeur. La situation économique morose et la hausse extravagante des tarifs primeurs lors des campagnes 2009 et 2010, insuffisamment compensées par les baisses observées en 2011 et en 2012, ont fait le reste. La campagne primeurs 2013 n’est donc pas un chemin bordé de roses. Face à cette situation, un nombre très significatif de domaines a choisi de se lancer sur le marché des primeurs, sans même attendre la publication des notes de l’ensemble des dégustateurs. Une statistique intéressante a été mise en lumière par le magazine Decanter : au 18 avril 2008, 41 châteaux avaient annoncé un prix de vente pour leur primeurs. Six ans plus tard jour pour jour ce ne sont pas moins de 140 châteaux qui ont déjà annoncé leur tarifs.

La tendance générale : -10%

Le château Pontet Canet est celui qui a créé l’évènement, dès le 26 mars, annonçant un prix de vente à 67,40€HT soit 81€ TTC, à un tarif quasi identique à celui de 2012. Cette annonce a suscité une réaction mesurée du marché. Certes, les acheteurs auraient espéré un prix en baisse, mais tous savent par ailleurs la place particulière qu’occupe désormais le célèbre cru de Pauillac, précurseur dans sa démarche de conversion en biodynamie. Tous les amateurs rêvent de goûter les vins produits dans les millésimes récents… Certains châteaux tels que Montrose ou Palmer proposent également leur 2013 au même prix que l’année précédente. Pour d’autres, la baisse se situe plutôt aux alentours de 5% : c’est le cas de Château Calon Ségur, Château Beychevelle ou Cos d’Estournel. Mais la baisse, plus généralement, s’établit à 10%. C’est le choix opéré par les deux promus du classement de Saint-Emilion, les châteaux Angélus et Pavie, vendus strictement au même prix, tant en 2012 qu’en 2013. Même situation pour deux des premiers crus classés du Médoc, les châteaux Mouton Rothschild et Margaux. Aux châteaux Lynch Bages, Pichon Longueville Baron et surtout Lafite Rothschild, la baisse est encore un peu plus significative (respectivement -14 , -17 et -22%). Seul l’un des domaines recensés dans le tableau qui suit a fait le choix délibéré d’une hausse de prix : il s’agit du Château Lafaurie Peyraguey, à Sauternes, un domaine qui a récemment changé de main.

Les hausses de 2009 et de 2010 ne sont pas effacées

Si la tendance semble s’établir autour d’une baisse de 10% par rapport aux primeurs 2012, cette baisse est-elle pour autant suffisante ? De nombreux opérateurs réclamaient avant le début de la campagne un retour aux tarifs qui avaient précédé l’envolée des cours lors des campagnes primeur 2009 et 2010. Ils n’ont pas été entendus… Si l’on compare les prix de vente du millésime 2008, on constate en effet que cette diminution de 10% nous laisse encore très loin des tarifs de vente en primeur observés sur les bordeaux 2008. Certes, en avril-mai 2009, la campagne des primeurs avait débuté dans un climat économique désastreux, encore  traumatisé par la récente crise financière des subprimes. Les châteaux avaient été incités à la prudence, révisant à la baisse leurs ambitions. Et ce d’autant plus que la récolte n’avait pas alors subi tous les aléas climatiques que ceux auxquels ils ont dû faire face en 2013. Six ans plus tard, on constate, d’ailleurs, que l’achat en primeur s’est révélé un bon placement pour nombre de domaines (voir dans le tableau ci-dessous la cote iDealwine actuelle de ces vins dans le millésime 2008). Aujourd’hui, le prix de vente des primeurs 2013 se situe, pour la grande majorité des châteaux, à des niveaux proches de la cote iDealwine des bordeaux 2008… et donc très, très loin au-dessus du prix des 2008 au moment de leur sortie en primeur. Peut-on, dans ces conditions, espérer à moyen terme une plus-value du même ordre sur les Bordeaux 2013 ? Rendez-vous dans six ans…

Tarifs primeurs 2013 de quelques domaines majeurs

Vin Tarif Primeur 2013 Tarif Primeur 2012 Tarif Primeur 2008 Cote iDealwine TTC
HT/TTC HT/TTC HT/TTC (mill. 2008)
2013/2012 (%) 2013/2008 (%)  
Château Mouton-Rothschild 250€/300€ 278€/332€ 136€/163€ 428 €
    -10% 83%  
Château Lafite Rothschild 330€/396€ 383€/422€ 144€/179€ 578 €
    -22% 120%  
Château Margaux 250€/300€ 279€/333€ 150€/179€ 390 €
    -10% 67%  
Château Pontet Canet 67,4€/81€ 67,4€/81€ 47/56€ 83 €
    0% 44%  
Château Angélus 189€/227€ 210€/251€ 68€/81€ 202 €
    -10% 189%  
Château Pavie 189€/227€ 210€/251€ 107€/128€ 165 €
    -10% 77%  
Château Palmer 175€/210€ 177€/212€ 93€/111€ 114 €
    -1% 89%  
Château Pichon Longueville Baron 60€/72€ 72,5€/87€ 49€/59€ 80 €
    -17% 22%  
Château Lafaurie-Peyraguey 40€/48€ 28€/33,5€ 26€/31€ 26 €
    43% 54%  
Cos d’Estournel 90€/108€ 96€/114€ 70€/84€ 118 €
    -6% 28%  
Château Lynch-Bages 57,5€/69€ 67€/80€ 35€/44€ 71 €
    14% 56%  
Château Montrose 64€/76€ 64€/76€ 48€/57€ 83 €
    0% 34%  
Château Calon Ségur 42,5€/61,8€ 44€/53€ 27€/32€ 48 €
    -3% 59%  
Château Beychevelle 44€/52,8€ 46,5€/55,5€ 24€/29€ 58 €
    -5% 81%  

Tarifs primeurs 2008 : prix d’achat moyens, source B. Leguern

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A lire également dans le Blog iDealwine :

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  • Voir les commentaires (1)

  • Claude C

    Pour avoir eu l’occasion de gouter en primeurs nombre de 2008, puis en bouteilles depuis. Nombre de vins ont été réussi en 2008, et le primeurs regorgeaient de bonnes opportunités, et dans un millésime frais et qu’il il ne sera pas nécessaire d’attendre forcement les vins pendant 20 ans. L’autre millésime intéressant en primeurs et commençant à être très bon est 2004.
    Lors d’un rapide passage à Bordeaux, j’ai pu gouter quelques 2013. Je préfère ne point en parler.
    Par ailleurs, lorsque l’on sait que nombre de sites de vente sur le web, ont fait ces dernières semaines des ristournes de 10-15% pour le millésime 2010, l’on doit s’interroger sur les stocks non vendus.
    Le système bordelais, pour ne pas dire le milieu, n’a rien compris, et nombre de vins se retrouveront à prix bradés lors de promotions dans la GD et les HYP; cela fera le bonheur des soldeurs !

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