Primeurs 2012 à Bordeaux : Robert Parker appelle à une baisse des prix

Pouring red wineC’est reparti pour un tour : la semaine prochaine, du 9 au 11 avril se tiendra à Bordeaux la grand-messe des primeurs. Sous la loupe des experts du monde entier, c’est donc le millésime 2012 qui sera ausculté. Et tout laisse à penser que cette fois, le verdict ne s’annonce pas simple…

Après deux millésimes exceptionnels, 2009 et 2010, la campagne des 2011 avait déjà été compliquée et certains y laisseront peut-être quelques plumes, que ce soit du côté des propriétaires ou du négoce. Autant dire que tout le monde a déjà un peu la pression à Bordeaux pour que la campagne des 2012 ne prenne pas le même chemin.

La semaine des dégustations primeurs va, cette année plus que jamais, s’avérer déterminante. Certains critiques sont déjà sur place, mais la plupart dégusteront à compter du 9 avril, dont Michel Bettane qui refuse catégoriquement de goûter les vins avant tout le monde. James Suckling (ancien gourou du Wine Spectator) a dégusté les vins de la rive droite. Il a été séduit par les grands terroirs de Pomerol et, sans surprise, par leur voisin Cheval Blanc. Il attaque le Médoc ces jours-ci. Même impression pour Olivier Poels (La Revue du vin de France), qui salue la fraîcheur des vins de Pomerol.

 

En dépit des rumeurs et poissons d’avril abondamment relayés ces derniers jours sur les réseaux sociaux, Robert Parker est bel et bien sur place également pour goûter les vins ! Le gourou américain, pas encore à la retraite donc, a lâché sa première petite phrase sur Twitter la semaine dernière :

 

robert parker

 

« Bordeaux 2012 compte quelques jolies réussites, mais il faut que les prix baissent de façon spectaculaire. »

La première salve est donc lancée. Et la pression s’annonce d’autant plus forte qu’un certain nombre de données objectives ne militent pas en faveur d’une réussite facile.

 

Il y a d’abord le millésime lui-même. Il n’est pas nécessaire d’être un grand expert en viticulture pour deviner qu’une année aussi humide et aussi fraiche ne correspond pas tout à fait aux canons d’un grand millésime… Impressions renforcées à Bordeaux tout particulièrement par quelques effets d’annonce qui ne vont pas améliorer le moral des troupes : les communiqués des châteaux d’Yquem et Rieussec, renonçant à produire le millésime 2012, même si on ne parlait à ce stade que du Sauternais, ont évidemment “plombé” l’image déjà vacillante du millésime…

Les commentaires de quelques experts sur leurs premières dégustations, même s’ils restent mesurés, comme ceux de Jean-Marc Quarin, n’arrangent pas vraiment la situation: « Depuis le 18 mars, j’ai goûté environ 600 vins. 2012 est le millésime le plus hétérogène jamais vu en 20 ans. Les notes mûres côtoient les notes vertes, les corps fluides ceux plus structurés, le tout sur un fond de douceur et de plaisir immédiat induit par une absence d’angle tannique, du fruit et une puissance modérée. Le merlot est le cépage le plus réussi. Il favorise la rive droite et certains crus bien connus de la rive gauche. Le cabernet franc est plus hétérogène. (…). Tous les professionnels s’accordent à dire qu’il a manqué huit jours au cabernet sauvignon pour parfaire sa maturité. (…). A l’évidence, 2012 est le millésime du travail des hommes. Il a coûté cher à produire pour un volume de production plutôt faible. (…). De nombreux vins se montrent légers, mais agréables et se boiront très bien jeunes. »

 

Il y a ensuite l’environnement global du marché. Le contexte économique sera très difficile en 2013 et peu de pays consommateurs de vin échapperont, au mieux, à une panne de moral, au pire à une vraie récession. Le marché chinois lui même n’est plus aussi avide d’achats en primeurs depuis plusieurs années et ne pourra pas tout compenser à lui seul.

 

Face à ces difficultés objectives, que va-t-il rester aux Bordelais pour que le millésime 2012 trouve preneur en primeur ? Il n’y a sans doute qu’une seule solution : proposer des prix en rapport avec le millésime et le contexte mondial. « Sans pratiquer des tarifs franchement revus à la baisse par rapport au millésime 2011, peu de caisses partiront », assure déjà un propriétaire lucide. Autrement, quelque soit le niveau auquel on se place (du premier grand cru classé au simple cru bourgeois), il faut que le consommateur ait la sensation de faire une bonne affaire sur un vin bien noté, et ce malgré tous les avis (toujours un peu excessifs, dans le sens négatif comme positif !) lus ou entendus sur le millésime 2012.

 

Un cheminement plus facile à effectuer pour l’acheteur que le vendeur, mais sans doute nécessaire pour que le système des primeurs bordelais puisse continuer à vivre sans perdre tout intérêt, tant pour les professionnels que pour les amateurs.

 

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  • Voir les commentaires (2)

  • Claude C

    Pourquoi s’embeter avec des primeurs d’un millésime au mieux moyen (à part Pomerol), alors que des bouteilles très accessibles (2001,2002,2004,2006,2008) sont maintenant accessibles à des prix presque doux sur le marché ?

  • Parouty

    @ Claude C.
    Vous les avez vues où vos bouteilles « très accessibles » en 2001, 2002 et suivantes ? Il faut déjà commencer par en trouver… et ensuite qu’elles dérogent à la règle qui veut que plus c’est vieux, plus c’est cher !

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