Primeurs 2012 à Bordeaux : parcours initiatique

VerresLe millésime 2012 à Bordeaux est-il aussi difficile qu’annoncé un peu partout ? Rive droite, rive gauche, qui va gagner le match ? Les prix vont-ils enfin sérieusement baisser ? Autant de questions évidentes, mais les réponses sont moins faciles !

 

Il y a les habitués, ceux qui reviennent chaque année, certains très sérieux comme des examinateurs du Bac, d’autres plus dilettantes, quelques-uns toujours enthousiastes, d’autres qui promènent, verre en main, leur ennui de blasés. Et puis il y a les petits nouveaux, ceux qui découvrent, un peu abasourdis quand même, ce faste bordelais, ce Bordeaux Circus qui accueille des milliers de professionnels du monde entier pendant quatre jours dans les superbes chais de châteaux fameux, ou sous des tentes seigneuriales pour restaurer tout ce monde qui se presse derrière d’immenses buffets où le libellé des plats est également écrit en chinois, tiens, tiens… Des petits nouveaux qui ont aussi la fraicheur de s’interroger sur le bénéfice (en tout cas celui des futurs consommateurs, pour les producteurs, cela va sans dire…) de cette grand-messe : quel est l’intérêt réel de goûter des vins qui ont encore un an d’élevage devant eux et des échantillons qui, même constitués avec la plus grande honnêteté, n’ont peut-être pas grand-chose à voir avec le futur vin qui sera mis en bouteille ? Dans le monde entier, il n’y a d’ailleurs qu’ici qu’on organise ce type de dégustation primeurs à une telle échelle…

Philipe Cyrille Cht Olivier

Les marathoniens d’iDealwine débutent donc leur parcours au Château Olivier par les Pessac-Léognan. Petite particularité : il y aura presqu’autant de blancs que de rouges au programme. Au passage, dans une dégustation, il est presque toujours plus facile de passer sur les blancs après les rouges car les blancs sont plus tendus, plus fruités et ne sont pas trop “anéantis” par les rouges les précédant alors que l’inverse est redoutable pour les premiers rouges passant après une longue série de blancs.

Le niveau des rouges paraît ici plutôt honorable compte tenu des difficultés climatiques du millésime. Quelques vins un peu verts, bien sûr, mais aussi des textures agréables, un peu lisses et manquant légèrement de dynamisme à ce stade chez Haut-Bailly ou au domaine de Chevalier, plus denses et très “élevées” chez Pape Clément et présentant finalement le meilleur équilibre chez Smith Haut-Lafitte, avec un joli fruit frais et une matière dynamique en bouche.

Les blancs sont globalement plus réussis, ce qui est souvent le cas dans les années plus fraiches. Le domaine de Chevalier présente un très beau vin, dynamique, vibrant, à la maturité très juste et une fine amertume fraiche en finale. Belle réussite aussi pour Malartic-Lagravière au joli fruit et au bel équilibre général, pour Pape Clément à la très belle matière mais avec un élevage quand même un peu écrasant, et surtout Smith Haut-Lafitte qui réussit son blanc à la hauteur de son rouge avec une belle matière dense et suave, longue finale, peut-être légèrement trop marquée par le sauvignon.

smith haut lafitte

Pour parfaire la rencontre avec les vins de Pessac notre trio a droit à un rendez-vous privé au Château Haut-Brion. En dehors de l’âme du lieu, l’ambiance est ici toute autre. Réception par le maître de chais dans la salle de dégustation du château autour d’une sorte de comptoir où sont impeccablement alignés des sets en papier sur lesquels sont imprimés des ronds de verre (avec des verres dessus évidemment !) chaque rond étant identifié par le nom du vin à déguster. Impossible de se mélanger entre les neuf vins à goûter ! Mais malgré notre impatience, la longue introduction technique sur le millésime par notre hôte est passionnante, et, semble-t-il, très sincère sur les difficultés rencontrées par son équipe dans l’accouchement des 2012. En particulier sur la grande difficulté de maturation du cabernet-sauvignon, ce qui explique, d’une part, le retour à un merlot très majoritaire à Haut-Brion (les 2/3 du grand vin) et, d’autre part, les sensations végétales perçues tout au long de cette journée dans de nombreux vins de la rive gauche qui n’avaient pas cette latitude pour jouer sur la part de merlot dans leurs assemblages…

Dans les différents rouges du château c’est La Mission Haut-Brion qui nous a paru le plus enchanteur, le plus complet, le plus complexe aussi. Haut-Brion n’est évidemment pas loin, mais il était surtout plus réservé, se livrant moins ce jour-là. Mais d’ici la mise en bouteille tout peut changer… Le second vin de La Mission Haut-Brion, La Chapelle, était lui aussi très agréable, fruité, frais et d’un bel équilibre dynamique, mais sans la même densité que le premier vin. En blanc les cartes sont redistribuées, Haut-Brion se révélant un cran au-dessus de La Mission avec une évidence de grand vin blanc équilibré, à la juste tension faite pour la table et une vraie longueur où le sauvignon pourtant légèrement majoritaire sait se faire agréablement discret. La Mission Haut-Brion est dans le même registre mais avec tous les curseurs un tout petit cran en dessous.

haut-brion

Après une route qui paraît mettre un temps fou à nous sortir de l’agglomération bordelaise (Haut-Brion est quasiment un vignoble citadin !), arrivée au Château Labégorce où l’on découvre que l’ensemble des Margaux souffre un peu des déficits de l’année avec des vins marqués par des pointes plus ou moins vives de végétal, de feuille froissée, d’amertume peu agréable liée à des extractions trop poussées pour le millésime. Mais certains châteaux ont tiré leur épingle du jeu comme Malescot Saint-Exupéry (fruit et densité mûre), Prieuré-Lichine (fruit, délicatesse, élégance), Siran (fruit mûr, matière plaisante, avec de la délicatesse), Rauzan-Ségla (toujours du fruit, matière dynamique, pas trop extraite).

labegorce

Changement de décor avec Saint-Emilion et son superbe vignoble plus “campagnard” et offrant plus de relief que la rive gauche. Si le merlot s’est avéré bien meilleur rive gauche que le cabernet, Saint-Emilion et la rive droite en général devraient bien se comporter, a priori, en 2012. Hypothèse effectivement vérifiée dans le superbe château Soutard remis à neuf depuis peu.

L’ensemble des vins de Saint-Emilion répond assez bien aux attentes. Peu ou pas de sous-maturité ici mais des vins agréables voire même profonds et denses pour les meilleurs et surtout avec beaucoup de fruit ! Sans doute pas le plus grand millésime de ces dernières années, mais une mention “bien” tout de même. Se distinguent particulièrement : Clos Fourtet, toujours bon ces dernières années (du caractère, vibrant et dynamique), Figeac (assez moderne, élevage appuyé, un peu lisse mais du jus), Larcis-Ducasse (joli fruit au nez et en bouche, matière délicate, tension dynamique), Pavie-Macquin, toujours au sommet (beaucoup de fruit, très frais, matière dense et suave, très dynamique), Soutard (fruité, suave, élevage sensible mais intégré, belle matière qui donne confiance pour l’avenir), Troplong Mondot (fruits noirs, attaque suave, fruitée, élevage un peu appuyé en finale) ou Trottevieille, un tout petit cran en dessous (vin plaisant, agréable, délicat, juteux).

Tout près de Soutard, à La Conseillante, Pomerol présente relativement peu de vins, suffisamment pour confirmer que 2012 est bien l’année du merlot gagnant. Si le niveau est assez homogène, peu de vins dominent ou montrent autant de caractère que chez les voisins de Saint-Emilion. La Conseillante (fruit croquant, matière dynamique en bouche, très bel équilibre général) et Petit-Village (fruité, bouche suave et pas trop extraite, très goûteuse, équilibrée avec la jolie rondeur de Pomerol) sortent nettement du lot.

La conseillante

Reste maintenant la question du prix auquel sortiront ces vins dans les semaines à venir. Tous les spécialistes s’accordent à dire qu’il faudrait une baisse significative par rapport à 2011 pour qu’il y ait un intérêt pour les amateurs à acheter ce millésime en primeur. Sinon ces derniers pourront toujours se tourner vers les millésimes matures, connus et reconnus, et en vente toute l’année sur … iDealwine !

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  • LEROY J-claude

    Les premiers primeurs 2012

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