Premiers crus de Bordeaux : photographie des cours à la mi-année

Une analyse des cours des premiers crus classés de Bordeaux dans les grands millésimes récents, auquel nous avons adjoint Petrus, fait ressortir deux clans : d’un côté, des prix qui se stabilisent pour trois crus, et de l’autre, une poursuite de la hausse. Simple pause avant la reprise pour le premier groupe, ou signe que le marché atteint un sommet ? Photographie à la mi-année.

C’est un fait. Château Lafite Rothschild et Château Margaux auraient-ils, dans les grandes années des décennies 1980, 1990 et 2000, atteint la limite de ce que le marché est prêt à payer ? Les prix se sont stabilisés au plus haut niveau. Certains millésimes s’affichent même en retrait par rapport à leur cours de début d’année. C’est notamment le cas, pour Château Lafite des années 1982, 1985, 1989, 1995 et 1996. Une pause bienvenue après une période de hausse foudroyante : rappelons que, en 2010, les grands millésimes de Lafite avaient enregistré une augmentation moyenne de 71% !

Petrus, que l’on peut également classer dans ce premier groupe, enregistre de bonnes performances moyennes, mais un léger repli, tout de même, sur trois millésimes phares : 1989, 1990 et 2000. des années qui avaient bénéficié d’une forte hausse de cours en 2010, notamment quand les vins étaient proposés dans leur caisse bois d’origine. Château Margaux, lourdement affecté par la crise financière tout au long de l’année 2009, avait retrouvé le chemin de la hausse en 2010, mais avec progression de cours plus modérée, de 19% en moyenne sur les grands millésimes. Pour ce vin qui reste (pour l’instant) moins spéculatif que Lafite, cinq millésimes ont enregistré se sont inscrits en baisse au cours du premier semestre 2011 : 1982, 1990, 1995, 2000 et 2005. Le marché n’est sans doute pas encore prêt à accepter n’importe quel prix pour ce premier cru.

Dans le second groupe, on trouve les châteaux Mouton Rothschild, Latour et Haut Brion. Mouton Rothschild poursuit, dans le sillage de son « cousin » Lafite, la forte accélération de la hausse des cours, une tendance initiée en 2010. A l’exception du millésime 1982 qui reste pratiquement stable depuis 6 mois, les autres grands millésimes s’affichent tous dans le vert. Ce mouvement ne semble pas près de s’inverser, tant l’écart des prix demeure élevé avec ceux du Château Lafite Rothschild, son principal concurrent sur les marchés asiatiques.

Château Latour, qui se situe pourtant à des niveaux de prix supérieurs à ceux de Château Mouton Rothschild, affiche lui aussi de belles performances sur le semestre. Seul le millésime 1996 accuse un (très) léger repli. Une conséquence de l’effet de rareté créé sur ce vin, difficile à trouver sur le marché. Quant au Château Haut Brion, il continue à combler son retard historique de prix et s’inscrit partout à la hausse, hormis sur les années 1982 et 1989, stables.

Ce deuxième groupe doit être suivi avec la plus grande attention, notamment par comparaison avec les prix des primeurs 2010. Il n’est en effet pas déraisonnable d’estimer que, dans ces années fort réussies, les millésimes qui affichent encore des cotes inférieures à celles des primeurs 2010, pourraient, à moyen terme, bénéficier d’un effet de rattrapage.

Le marché de ces grands crus fait l’objet de toutes les attentions de la part de la frange d’acheteurs à visée de spéculation. Un nombre important d’intervenants recherchaient à tout prix certaines références depuis deux ans, dans la perspective de les revendre, au plus haut, à une clientèle d’amateurs chinois. Ces acheteurs semblent aujourd’hui plus réticents à débourser aveuglément des sommes faramineuses pour les acquérir. La question de l’authenticité et de la provenance, désormais cruciale fera, au cours des prochains mois, toute la différence.

Vin 1982 1985 1986 1989 1990 1995 1996 2000 2003 2005
Lafite 3 453 € 648 € 1 280 € 720 € 896 € 707 € 1 072 € 1 875 € 1 026 € 1 150 €
Rothschid -1,03% -3,43% 38,08% -11,11% 15,17% -7,70% -1,74% 0,27% 1,08% 10,90%
Margaux 620 € 326 € 420 € 353 € 732 € 340 € 522 € 816 € 532 € 693 €
-8,36% 24,43% 6,60% 29,18% -0,14% -6,08% 8,75% -2,72% 7,04% -0,14%
Haut Brion 566 € 311 € 292 € 932 € 529 € 317 € 291 € 571 € 284 € 538 €
-1,05% 43,98% 29,85% -4,21% 19,34% 9,22% 12,45% 9,88% -0,18% 2,14%
Latour 1 537 € 320 € 341 € 344 € 610 € 461 € 603 € 956 € 793 € 844 €
23,95% -24,53% 20,07% 2,84% 12,75% 24,26% -5,22% 9,73% 7,45% 7,65%
Mouton 1 025 € 276 € 721 € 299 € 285 € 333 € 365 € 912 € 352 € 590 €
Rothschild -0,68% 17,95% 25,62% 14,93% 9,20% 7,85% 7,99% 2,82% 25,99% 6,69%
Petrus 3 302 € 1 057 € 926 € 2 359 € 2 687 € 1 126 € 1 079 € 2 949 € 1 415 € 2 443 €
10,40% 26,83% 8,48% -12,73% -13,88% 11,41% 4,43% -3,30% 2,26% -0,58%

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A lire également :

Primeurs 2010 : quelle stratégie d’achat ?
Lafite et Carruades : la hausse est-elle finie ?

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