Portrait : Thierry Desseauve, confessions (d’un gamin du siècle)

Thierry Desseauve

Ce Cévenol élevé en Normandie, fan des micro-sillons passé aux sillages des vignobles a tracé sa route avec une insatiable curiosité.
Tombé dans la cave de son père quand il était petit, bordeaux, vacqueyras et un beaune-grève 1961 firent son éducation.
A 7 ans il la brûle, à 17 ans, il la pille. Avec méthode. Et quelques complices. L’amitié déjà….

Les études. La musique. Le journalisme.
A 20 ans, il créé un journal rock, continue d’apprécier les bons vins (et tous les autres), poursuit ses études d’économie et de journalisme.

Premières collaborations, Cuisine et Vins de France, Signature, l’Événement du Jeudi. Premier papier : les arnaques du vin. Le jeune pigiste plein d’avenir se fait un nom et affine sa plume.

Puis vient la rencontre décisive : Michel Bettane. Le déjà très réputé dégustateur se lie d’amitié avec Thierry, apprécie son énergie, sa gourmandise du monde. L’histoire raconte que c’est aux Hospices de Beaune, autour d’un match de foot, que l’amitié scella leur destinée commune. Thierry découvre « l’éthique du grand vin », fondée, dit-il « sur sa capacité à traduire avec la plus évidente force le génie d’un terroir et la permanence d’un style ».

Rédacteur en chef pendant 15 ans de la Revue du Vin de France, il crée en 1996 avec Michel le guide des meilleurs vins de France. En 2005, pari osé mais pas dégonflé : les compères créent leur société. « 15 ans ensemble à diriger ce magazine, on avait l’impression d’avoir fait le tour de la question. Et comme on a la chance de vivre une véritable révolution technologique de l’information, on avait envie d’être complètement libres pour apporter notre petite mais originale pierre… » explique Thierry.

Un site web, www.bettanedesseauve.com, le Grand Tasting, des articles, des ouvrages, un Grand Guide des Vins de France, Paris, Hong-Kong etc.

Fan de foot, féru de vélo (oui, il a « fait » le Ventoux), toujours un sourire aux coins des lèvres, un phrasé lent (si si !), un physique de beau gosse, l’élégance chic, Thierry Desseauve promène sa grande silhouette et sa bonne humeur aux quatre coins du vignoble. Qui sait, peut-être le croiserez-vous ? C’est tout le mal que l’on vous souhaite.

Sa bouteille fétiche : Ducru-Beaucaillou 1970.

« Pour la première fois j’ai mis une saveur sur le mot complexité. J’ai encore ce goût en mémoire ».

Son trait de caractère : la générosité

Son faible : le champagne. « Si les grands champagnes n’existaient pas, je serais terriblement malheureux ; il manquerait quelque chose au monde ».

Sa destination : l’Italie et Londres

Un détail : la croix huguenote qu’il porte autour du cou.

1. Si vous n’étiez pas devenu dégustateur ?

L’autre métier que j’aurais adoré faire, c’est menuisier. Parce que c’est un métier d’artisan. Je me considère d’ailleurs comme un artisan. Cela dit je suis très maladroit…

Thierry Desseauve2. Sans quel vin ne pourriez-vous pas vivre ?

Le champagne. Mais j’aurais du mal à vivre sans vin de toute façon !

3. Le vin que vous espérez goûter un jour ?

S’il existe une civilisation extra-terrestre, j’aimerais être le premier à goûter leur vin ! On reconnaîtra qu’ils sont civilisés à cela d’ailleurs : à leur capacité à produire du vin.

4. La faute de goût impardonnable ?

Boire de la Corona au salon de l’Agriculture…

5. Que détestez-vous le plus dans la vie ?

La bêtise au front de taureau comme disait Baudelaire. D’ailleurs, je déteste me faire engueuler.

6. La plus belle preuve d’amitié ?

En ce qui me concerne, filer le seul magnum de Mouton Rothschild 2000 que j’avais à un ami (en espérant que je serai toujours son ami le jour où il sera temps de l’ouvrir !)

7. Le dernier livre que vous avez lu ?

La Vie de Henry Brulard de Stendhal.

J’adore sa liberté de ton, la finesse d’écriture, l’allant, le naturel.

Je pense que le 19e siècle est l’apogée absolu de la littérature française. Je peux relire chaque année tout ou partie des Mémoires d’Outre-Tombe ou Choses Vues de Hugo !.

8. La qualité que vous préférez chez une femme ?

Le charme, je dois en convenir.

9. S’il ne vous restait le temps que pour une dernière bouteille ?

… il faudra bien que je me pose la question un jour, c’est terrifiant.

(…)

Un grand liquoreux.

Une gorgée d’Yquem.

Cela fera passer plus suavement le passage de vie à trépas.

10. Le vin pour séduire qui marche à tous les coups ?

Aucun vin ne marche à tous les coups !

11. La bouteille la plus précieuse que vous avez en cave ?

Château Rayas.

C’est le vin pour lequel j’ai le plus d’amitié amoureuse et un absolu respect.

J’ai un rapport intime avec ce vin qui est tout en sensualité. Car le vin est une affaire de sens, d’émotion.

C’est un vin sensuel au sens premier du mot.

12. Etre heureux, pour vous, c’est quoi ?

Continuer à apprendre. Apprendre c’est vivre, grandir, s’amuser, construire, rencontrer des gens.

Ne pas s’enfermer dans un seul possible.

Toujours apprendre pour espérer devenir grand un jour.

Portrait et interview de Véronique Raisin.

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  • Voir les commentaires (4)

  • Bousquet

    Voilà le portrait d’un hédoniste, d’un homme humble face à son métier et sa passion.

    Le vin, les vins, les petits et les grands, forgent des mythes mais au-delà, ils créent des souvenirs. Gloire au plaisir et à l’intelligence qui font bouger, écrire et vivre, M Desseauve !

    BRAVO

  • philippe lambert

    j’étais en prépa Rouen Business School avec lui ( en 1976 ) , je suis né aussi en 1958 . A raté son concours à cause d’une vilaine varicelle alors qu’il aurait été reçu haut la main . Militant aux Jeunesses Communistes à l’époque !!! Comme quoi le Communisme mène à tout , pourvu que l’on en sorte .
    Mais sa pique sur la Corona monte qu’on a du mal à sortir de ses utopies de jeunesse et sa réputation de personne « intéressée » est tout à fait conforme à ce qu’est , en moyenne , un ex révolutionnaire reconverti en bobo .

  • philippe lambert

    Beau parcours pour un étudiant que j’ai cotoyé en 1976 – 1977 . Il étail à l’époque aux Jeunesses Communistes ( ce qui manque dans sa biographie ) ! Come quoi , le Communisme mène à tout pourvu que l’on en sorte . Mais , il y a des restes d’utopie à tailler  » gratuitement  » Chirac …

  • J. GRIMM

    Message destiné à Thierry Desseauve:
    Dans votre spécial vins Paris Match et concernant Joseph Helfrich, je relève quelques inexactitudes comme le village de naissance, l’inventeur de la marque JP Chenet qui au départ s’appelait Chanel… Ancien cadre de la société Confidentia crée par les parents de J.H. ainsi que tout le réseau de RFA et pays de l’Est, je peux vous dire, sans rien enlever aux qualités de JH, que c’est essentiellement grâce aux fonds de l’associé allemand que les Grands Chaix de France ont pu se développer.

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