Portrait : Lorenz Baumer, joaillier, surfeur, amateur de grands crus

Dans ses bureaux de la Place Vendôme, Lorenz Bäumer a pris soin de placer quatre bouteilles de vin sous azote. Un service de vin au verre qu’il réserve à ses meilleurs clients. Le jeune prodige de la joaillerie ne fait décidément rien comme tout le monde, et cela lui réussit.

Rentré dans le cercle ultra sélect des créateurs les plus en vue, avec pignon sur la colonne de la Victoire, Lorenz Bäumer est devenu en 2009 le directeur de la collection haute joaillerie de Louis Vuitton – en plus de sa propre marque. Pour iDealwine, il a accepté avec la plus grande gentillesse de répondre à nos questions.

Le vin et la joaillerie sont-ils des univers proches ?

Oui, le vin comme la joaillerie sont des produits issus d’un savoir-faire. On prend ce que la nature nous donne et c’est la main de l’homme qui façonne et travaille pour créer une oeuvre d’art. Ce qui rend les objets luxueux finalement, c’est le savoir-faire. Pour le vin il y a la connaissance des terroirs, pour la joaillerie celle de la provenance des pierres.

Le vin est-il pour vous une source d’inspiration ?

 » pour un diamant. il y a des passerelles entre ces deux univers. Mais je m’inspire aussi beaucoup du surf et de la mer.

Comme pour la tiare que vous avez dessinée pour le mariage de la Princesse Charlene de Monaco ?

Exactement. C’était un concours anonyme et je l’ai remporté. On devait présenter trois dessins et l’un des miens a été choisi, j’en suis très fier. C’est un privilège. L’idée de cette tiare était de symboliser une vague qui se déroule. Il faut trouver dans la création ce qui nous rapproche, ce qui nous correspond, comme un mariage en quelque sorte. Et je savais que le thème de la mer était cher à Charlène.

Comment avez-vous découvert le vin, dans quel contexte ?

Mon arrière-grand-mère possédait le Château Falfas dans les Côtes de Bourg. Et ma grand-mère avait un domaine près de Béziers, à Lanneluc-Sanson. Enfant, je passais les vacances avec elle, elle faisait la tournée des vignes chaque matin et je la suivais. Et puis mon père avait pris l’habitude de nous faire goûter à l’aveugle de vieux vins qu’il avait dans sa cave. Il cachait l’étiquette et nous faisait deviner. C’était un jeu et en même temps un apprentissage. J’essaie de transmettre cela à mon fils.

Il n’est pas un peu jeune ? (Artus a cinq ans, mais moi je dis ça, j’y connais rien…)

Oui bien sûr ! Il a seulement le droit de mettre son doigt dans le verre pour goûter. Vous savez, si on interdit certaines choses aux enfants, il y a de bonnes chances pour qu’ils le fassent. Tandis que si on leur autorise en expliquant… J’ai d’ailleurs du lui expliquer comment on faisait le vin car lorsque je lui ai demandé avec quoi était fait le vin, il m’a répondu « Je sais très bien ! C’est le sang d’une personne qui est morte »…

Y a t-il une bouteille qui a déclenché votre passion ?

Je me souviens d’un Château Margaux 1985, ça m’a marqué. Mais je prends plaisir à boire de bons vins depuis quelques temps seulement.

Quels sont vos vins préférés ?

Je bois du vin d’abord et surtout par plaisir personnel. Je bois peu mais très bon. On n’a pas besoin de bijoux, sauf s’ils sont extraordinaires. Et ce n’est pas une question d’argent. C’est la façon dont on perçoit les choses qui compte, le plaisir que l’on en retire. On peut se faire plaisir avec un maury 1929, sans dépenser beaucoup !

En général je préfère les Sassicaia. Sinon j’adore les condrieux. Ce sont des vins de fille mais j’adore ! C’est fruité, ça claque bien. Et aussi les rieslings allemands, les vins jaunes, les vins de glace. Je me laisse guider par mon plaisir – et conseiller par iDealwine ! Dernièrement j’ai bu une vendange tardive de cidre du Canada, très marrant.

J’aime bien les découvertes. J’accepte de me planter. Je fonctionne comme ça dans tous les domaines. C’est important d’essayer des choses qu’on n’a jamais faites.

Avez-vous le temps de visiter certains vignobles ?

Pas vraiment ! Il n’y a pas très longtemps j’ai été invité chez Krug, mais c’est plutôt exceptionnel.

Etes-vous plutôt consommateur ou collectionneur ?

J’achète des vins pour les boire. Et surtout pour me faire plaisir. Un des moments que je préfère, c’est quand je me sers un verre de vin et que je le déguste avec un bon livre – en ce moment un ouvrage sur les reliquaires au Moyen-Âge. J’ai le même système de distribution de vin au verre chez moi qu’au bureau et cela change tout ! On boit moins déjà, et bien meilleur. Et puis je m’amuse à faire des horizontales ou des verticales, je compare les vins. Je m’arrange toujours pour avoir fini les quatre bouteilles en même temps pour en ouvrir quatre autres !

Quel vin vous a étonné dernièrement ?

J’ai goûté un riesling allemand délicieux, d’un domaine qui appartient à un membre de ma famille. Mais j’adore vraiment Vega Sicilia : il a tout, la puissance, la complexité, la longueur.

Dans quel restaurant aimez-vous vous rendre ?

Je vais souvent à la pizzeria qui est en bas de chez moi, le Paparazzi, 2 square de l’Opéra Louis Jouvet. Les pizzas tiennent sur deux assiettes ! Et j’ai testé deux fois déjà le nouveau restaurant du Palais Garnier, l’Opéra. C’est vraiment très bien, avec une très belle architecture.

Avec quoi accompagnez-vous vos vins ? Vous cuisinez ?

J’aime bien le fromage et le bordeaux. Mais je veux éviter d’être gros. Alors je n’ai gardé que le vin.

Sinon je fais tout le temps des salades de saison : je mélange tout ce que je peux trouver. Estragon, ciboulette, crevettes, avocats, artichauts poivrades… avec une sauce salade spéciale, mais c’est une recette secrète. Avec le vin rouge j’adore.

Quel vin aimez-vous faire découvrir à vos amis ?

J’essaie toujours de donner le meilleur à mes amis. Brillat-Savarin disait que convier quelqu’un chez soi c’était se charger de son bonheur. Je m’efforce de faire plaisir, en fonction de chaque personne. Mais j’offre toujours de bons vins à ceux que j’aime.

Si vous partiez sur une île déserte, quelle bouteille emporteriez-vous ?

Yquem ! C’est de l’or en fusion. J’aurais l’impression d’emporter ma joaillerie avec moi. Et j’en profiterai plus longtemps car je le siroterai lentement, devant le coucher de soleil sur la mer, après une séance de surf…

Restons au soleil, sur la plage et parlons à présent du projet que vous avez développé en Indonésie, sur l’île de Sumba, pour aider à financer la scolarité des enfants.

En Indonésie, l’école est gratuite mais pas les fournitures scolaires. Pour permettre aux enfants de poursuivre leur scolarité et à leurs parents de leur acheter des cahiers et des crayons, j’ai eu l’idée de faire tresser sur place des bracelets et de les vendre aux surfeurs ou aux touristes pour 50 dollars. Deux cents bracelets vendus permettent de financer la scolarité de mille enfants ! L’idée était de valoriser l’artisanat local et de donner le moyen aux populations de gagner de l’argent pour qu’elles soient autonomes. Cela fonctionne très bien. Un autre projet va bientôt voir le jour : dix pendentifs cette fois, représentant soit une tortue, une planche de surf, une vague… en tous les cas toujours un motif lié à l’île, sa culture et son histoire.

Quel flacon voudriez-vous avoir dégusté avant de mourir ?

La Romanée Conti. Je ne connais pas mais tout le monde me dit que c’est un vin incroyable. J’aimerais bien savoir ce qu’il y a de spécial autour de ça.

Stendhal a écrit (dans la Vie de Henry Brulard) que les épinards et Saint-Simon avaient été ses seuls goûts durables. Quels sont les vôtres ?

C’est amusant que vous me parliez de Stendhal car j’ai justement inscrit une de ses citations sur tous mes coffrets : « le beau est une promesse de bonheur ». Ce sont ceux-là mes deux goûts durables, le beau et le bonheur.

Enfin vous n’échapperez à ma question un peu tordue : la vérité est au fond du verre, au fond, est-ce toujours la vérité ?

Il faut espérer que le verre n’ait pas de fond. La vérité serait au fond d’un verre sans fin…

Lorenz Baümer et iDealwine 

Je trouve qu’iDealwine propose un service remarquable pour plusieurs raisons : en premier lieu parce que le site agrège toutes les ventes, on a donc un interlocuteur unique et c’est très pratique. Ensuite je trouve la cote des vins sensationnelle. On peut aussi avoir l’estimation de la valeur de sa cave en temps réel. Enfin parce qu’on y trouve des réflexions de fond sur l’évolution des cours des vins et beaucoup d’autres informations intéressantes, les recettes par exemple.

Propos recueillis par Véronique Raisin.

Retrouvez nos précédents portraits d’amateurs :
Portrait d’amateur : brèves de comptoir avec le tennisman Michaël Llodra
Brèves de comptoir avec le Maître Sommelier Georges Lepré
Un verre de Château Rayas 1978 avec Thierry Desseauve
Portrait d’une blogueuse : Miss GlouGlou, du vert au verre

Retrouvez la rubrique : Portrait d’un amateur

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