Parution | ‘Vigneronnes’ de Sandrine Goeyvaerts

Livre-VigneronnesDans son livre ‘Vigeronnes’, Sandrine Goeyvaerts cherche à valoriser l’histoire, le travail et la passion de 100 femmes qui font la différence dans les vignes de France.

Lors du salon du Grand Tasting à Paris qui a eu lieu fin novembre, plusieurs clients ont remarqué avec une agréable surprise que notre équipe chez iDealwine comprend beaucoup de femmes. Un compliment qui témoigne du succès paritaire de l’entreprise, mais qui révèle aussi la nature atypique de la situation, le fait que l’on trouve marquant que les femmes s’intéressent au monde du vin parlant de lui-même. Voici la raison pour laquelle Sandrine Goeyvaerts a décidé de mettre en valeur le travail des femmes dans son livre ‘Vigneronnes’ qui distingue « 100 femmes qui font la différence dans les vignes de France ».

A ce qu’il paraît, la présence des femmes dans la viticulture ainsi que dans le secteur du vin plus largement serait un phénomène assez récent. Au contraire ! Selon Goeyvaerts, le monde du vin connaît des contributions importantes des femmes au fil de l’histoire, surtout avant le Moyen-Age, quand la société basée sur la possession n’avait pas encore été fondée. Dès le moment où les hommes ont eu le droit de propriété, le statut des femmes fût réduit à celui du terrain ou d’une maison, ce qui a engendra le parcours de l’invisibilisation des femmes et de leur travail. Ce n’est pas que les femmes n’ont rien fait pendant des siècles mais plutôt que la société telle qu’elle était ne faisait point d’effort pour réaliser ce qu’impliquait une vie de femme ; un projet d’effacement que l’on essaie de rectifier de nos jours. Cette idée d’un remède historique et paritaire sert de point de départ pour l’auteur. Elle explique qu’« à aucun moment, on ne reconnaissait donc aux femmes l’exercice plein et entier de leur métier de vigneronne » et se donne donc comme but d’y remédier.

En ce qui concerne les tendances pour les femmes dans le cadre œnologique aujourd’hui, deux questions pertinentes se posent : celle de la consommation et celle du travail. Pour répondre à la première, il s’agit essentiellement d’éliminer les stéréotypes. Les idées reçues qui concernent les femmes par rapport aux hommes s’infiltrent dans la culture de ce qu’on boit autant que dans cellede ce qu’on mange. En réalité, l’appréciation des vins de toutes couleurs et tous saveurs, ainsi que le niveau d’expertise, ne dépendent pas du genre. Quand on tourne vers cette deuxième question, celle du travail viticole, il est clair qu’elle est explorée et analysée par Goeyvaerts avec le soin et le détail que ce sujet mérite.

Avant de considérer les contenus de ce livre, il est pertinent de réfléchir au concept même de sa réalisation. Est-il exactement paritaire d’écrire un livre qui ne parlent que des femmes ? On pourrait dire que l’effet d’une telle distinction mette le travail des vigneronnes à part, comme si le fait d’être femme était l’aspect primordial de leur existence, au lieu de leur expertise, leur effort et les merveilles qu’elles produisent dans le vignoble. N’est-il pas vrai qu’un livre vraiment ‘égalitaire’ inclurait 50 femmes et 50 hommes ? Peut-être. En revanche, il me semble que le but de ce livre n’est évidemment pas d’établir la supériorité de ces vigneronnes en tant que femmes. Ce que Sandrine Goeyvaerts a cherché à faire en écrivant cette œuvre était plutôt de saluer celles qui réussissent dans leur carrière de vigneronne tout en faisant face aux obstacles, dans un secteur où il reste du chemin à parcourir afin d’atteindre une reconnaissance égale pour un même travail, indépendamment du genre.

En ce qui concerne la présentation des vigneronnes choisies, ce qui est frappant est le style fortement personnel du texte. Contrairement aux descriptifs plus traditionnels, Goeyvaerts ne présente pas avant tout les informations numériques des domaines. Ce ne sont pas les chiffres d’affaires ou les données sur la superficie du territoire, par exemple, auxquelles sont accordées une place centrale dans les profils, mais plutôt l’histoire unique de chaque vigneronne, son parcours, ses petits plaisirs, en somme sa vie. Evidemment, leur travail nous intéresse, mais ce que Goeyvaerts fait d’une main de maître, c’est de nous révéler qui sont ces femmes, au lieu d’évoquer simplement ce qu’elles font. En lisant ce livre, on a l’impression de connaître les vigneronnes présentées – l’auteur peint des portraits vivants avec ses mots affectueux et dynamiques. Une réussite stylistique permettant de nous informer tout en partageant quelque chose de plus confidentiel.

Jetons un coup d’œil sur certaines des vigneronnes exceptionnelles citées dans le livre :

Muriel Giudicelli

Caractérisée comme « têtue [et] obstinée jusqu’au bout des ongles », Muriel Giudicelli connaît un grand succès, malgré les voix dissidentes qui l’entouraient au début de son projet. Installée en Corse il y a 20 ans, cette vigneronne produit ces vins selon les principes biologiques, faisant toujours l’effort de réaliser son travail en harmonie avec la nature. Ceux qui prétendent que l’ancien trope qui allie la femme et la nature est aujourd’hui désuet, ont peut-être raison, mais le travail de Giudicelli (et pas que !) rouvre ce discours et le rendent à nouveau d’actualité – il est évident que les vigneronnes figurent fortement parmi les pionnier.e.s d’une viticulture qui vise à respecter au mieux notre environnement.

Elodie Balme

Ne négligeant pas du tout les femmes plus jeunes, Goeyvaerts nous présente ici une vigneronne aussi pleine de caractère que les cuvées qu’elles produit et pour laquelle le vin représente d’abord une joie gastronomique. De son vignoble dans la Vallée du Rhône, qu’elle reprend à l’âge de 22 ans, Elodie a fait un beau parcours pour arriver à sa situation actuelle. Elle apporte une passion revigorante au vignoble de la région avec ses vins qui sont l’archétype des côtes-du-rhône – harmonieux, souples et fruités.

Marie Zusslin

Bien plus au nord réside Marie Zusslin, qui produit ses vins alsaciens depuis presque 20 ans – mais l’histoire de ce domaine remonte à loin puisque c’est une affaire de famille, un aspect qui se trouve au centre du travail de cette vigneronne. Une thématique bien présente tout au long du livre est celui de l’inspiration tirée d’autres vigneronnes, et Zusselin cite sa grand-mère, Irma. « J’ai presque tout appris à ses côtés » explique Marie, révélant ainsi l’importance centrale du réseau féminin dans la viticulture qui sert de chaîne d’apprentissage d’une génération à l’autre.

 

Trois choses sont éclairées à partir de l’écriture et de la lecture de ce livre. D’abord, les femmes ont bien une histoire dans la viticulture française. Elles ont toujours été là, à planter, à vendanger, à produire et à goûter, et il est grand temps que cette histoire soit reconnue et racontée. Ensuite, cette histoire est intimement liée à la situation contemporaine des vigneronnes, qui citent si souvent les femmes du passé desquelles elles ont tiré de l’inspiration. Ainsi, les vigneronnes du présent se montre passionnantes, dédiées, et pleines d’esprit combattant. Finalement, dans une société qui se transforme à grande vitesse, les femmes prendront sans doute plus de place dans le secteur du vin, apportant des idées innovantes et progressistes. Et même si l’histoire des vigneronnes parfois peu claire, il est sûr que leur avenir est brillant.

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