Millésime 2011 : chronique d’une récolte avancée

C’est reparti comme en 1976 nous ont prédit les météorologues au mois d’avril. Un printemps particulièrement beau et chaud qui rappelait la sécheresse de l’année du Loto. La végétation a poussé très rapidement, la vigne a débourré fort tôt, résultat, une avance estimée à trois semaines.

Le mois de juillet, assez pluvieux et brumeux dans son ensemble, a changé la donne. Mais l’avance reste acquise et la pluie ne devrait « rattraper » qu’une semaine. Partout dans le vignoble les dates de vendange ont été avancées, dès le début août pour la Provence, vers le 25 pour la Champagne (la véraison a commencé à la mi-juillet dans cette région), mi-septembre au plus tard dans le Bordelais.

Nous avons demandé à Julien Lavenu, de l’équipe Vignerons Consultants, ce qu’il fallait savoir sur la pluie et le beau temps de cette saison viticole 2011.

1976, 2003, 2011 : même combat ?

Pas tout à fait. Il y a eu deux phénomènes cette année. D’une part un hiver et un printemps très secs, d’autre part un temps chaud un peu partout en France, mais particulièrement en Aquitaine. En 1976, on a eu une sécheresse et en 2003, il a fait très chaud mais l’eau n’a pas manqué. Cette année, les deux effets, chaleur et sécheresse, se combinent, surtout dans la Loire et en Aquitaine.

La vigne souffre-t-elle de la sécheresse ?

La vigne est une plante méditerranéenne. Elle est habituée à la chaleur. Par nature, elle est faite pour supporter des climats chauds, même si depuis, les porte-greffes américains ont un peu changé la donne. En fait ses capacités de résistance dépendent de son accès à l’eau, via ses racines : de vieilles vignes et des vignes bien travaillées supporteront mieux le manque d’eau qu’une jeune vigne, plus fragile, ou qu’une vigne avec un système racinaire peu développé. La nature du sol – certaines argiles qui retiennent l’eau – compte autant que le mode cultural !

En 2011, certaines vignes ont-elles souffert ?

Oui absolument. Je dirais même certains pieds, car toutes les parcelles d’un vignoble ne sont pas touchées unanimement. Ce sont généralement les jeunes vignes les pus touchées, celles aussi situées sur des sols favorisant peu la rétention d’eau – sableux, graveleux ou granitiques – ou bien encore des vignes âgées mais qui ont été désherbées ou dont les racines sont superficielles.

Concrètement que se passe-t-il ?

La vigne pousse moins, son développement est freiné, les feuilles se retournent, les raisins ne grossissent pas. Un blocage de maturité survient. Et même avec de l’avance au départ, les quelques pieds plus fragiles ont eu des baies qui n’ont pas évolué. Un peu partout en France on a observé ce phénomène de vignes en latence. Excepté dans le Roussillon.

Y a t-il un risque plus élevé de maladies ?

Indéniablement. On a eu beaucoup d’oïdium dans le Bordelais par exemple, une maladie qui se développe d’habitude plutôt dans la Loire et le Rhône.

Le manque d’eau est-il aussi un handicap lors de la vinification ?

Oui il peut l’être car un raisin trop pauvre en eau, petit et dur, est plus difficile à presser. Mais c’est une situation extrême. Et si cela arrive, cela touche quelques pieds et le tri à la vendange permettra d’éliminer ces raisins.

Une année trop sèche peut-elle être synonyme d’un bon millésime ?

Bordeaux peut faire des degrés élevés cette année, si l’on veut atteindre une maturité phénolique parfaite. Il peut aussi y avoir des blocages de maturité prolongés. Mais encore une fois cela reste circonscrit à quelques pieds. Disons plutôt que cette année, on risque d’avoir une grande hétérogénéité dans les maturités phénoliques. Ce sera un millésime plus compliqué sans doute, il faudra faire davantage de sélections, on aura plus de pertes. S’il ne pleut pas en août ni en septembre, les baies resteront petites ; à terme, cela peut engendrer des tanins secs. Mais nous n’en sommes qu’au tiers de l’été : il reste encore deux mois et tout peut encore changer. N’anticipons pas trop vite. Rappelons aussi que dans le Rhône, tout se passe magnifiquement, il y a de beaux fruits qui se préparent.

La récolte 2011 s’annonce t-elle moindre que les années précédentes ?

Le déficit en eau, les chaleurs très élevées mais également la grêle dans certaines régions (Margaux, Chablis, Rully) auront un impact sur les volumes de vendange. Concernant les fortes chaleurs survenues au printemps, elles ont provoqué des brûlures sur les raisins et les feuilles (le soleil du milieu d’après-midi, sur des parcelles orientées ouest, a été particulièrement néfaste). En 2003, on n’a pas eu ce phénomène de manque d’eau. En plus de cela, ceux qui ont échardé et effeuillé tôt ont augmenté ce risque de brûlure ! Sans compter que les cépages bordelais sont moins habitués aux fortes chaleurs.

Enfin dernière question : l’irrigation peut-elle dans ces cas extrêmes être une solution intéressante ?

L’irrigation est une question complexe ; on pourrait en faire tout un sujet ! Tout dépend comment elle est utilisée et mise en oeuvre. Si on arrose trop en surface par exemple, les racines ne plongeront pas. L’apport d’eau doit rester ponctuel. Et puis quelle eau utilise-t-on ? Souvent les eaux d’irrigation sont des eaux recyclées, saturées en azote, potassium, engrais… Ce n’est pas simple.

Julien Lavenu travaille avec Stéphane Dereoncourt chez Vignerons Consultants depuis 2000. Il est consultant associé. Découvrez toute l’équipe, les domaines et les régions qu’elle conseille sur le site de www.vigneronsconsultants.com

Retrouvez notre éphéméride des travaux de la vigne

En savoir plus sur la vinification

Consultez la rubrique La saga des millésimes

A lire également :

Comment sont fixées les dates de vendange ?

Et à propos du millésime 2010 :
2010 à Bordeaux : premiers échos de la vendange

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  • Voir les commentaires (2)

  • PIerre

    La météo et le vin, c’est comme 2 amants. Des fois ça fonctionne très bien et d’autres fois ils sont fâchés.
    J’espère qu’ils vont se réconcilier très bientôt!

  • JPF

    Ca y est !!! je me demandais si ils allaient nous faire le coupe du 3 ou 4ème millésime du siècle.
    ils ont quand même pas osé, par contre le coup des rendements réduits permet de maintenir le marché sous perfusion et d’entretenir la magnifique bulle spéculative qui s’est formée.
    Ils sont forts ces bordelais, le problème c’est qu’on n’y voit clair comme dans un vin de pays…
    Le réveil va être brutal !!! faites de la place dans les caveaux..

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