Menaces sur la collection de cépages du domaine de Vassal

raisinLe domaine de Vassal est une propriété de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) où sont conservées près de 4 000 variétés de vignes provenant de 50 pays. Une collection unique au monde qu’on envisage de faire déménager pour des raisons assez discutables. Une menace qui soulève de nombreuses protestations.

Entre Sète et Agde, dans le département de l’Hérault, un long cordon de sable sépare l’étang de Thau de la mer Méditerranée. Tout près de Marseillan-Plage se trouve le domaine expérimental de Vassal, 27 hectares de vignes très spéciales plantées dans le sable à une altitude de 1,5 m au-dessus de la mer ! Un domaine inclus dans celui de Listel, des centaines d’hectares autrefois marais salants propriété des Salins du Midi, appartenant aujourd’hui au groupe Vranken-Pommery qui y produit son fameux vin de sable. C’est là qu’ont été introduits depuis 1949 quelque 7 500 plants de vignes, représentés chacun par cinq pieds, à raison de 80 nouveaux arrivants par an actuellement. Une collection unique au monde de près de 4 000 variétés de vignes de 50 pays, dont 2 400 cépages identifiés. Un véritable trésor. Un lieu unique (les vignes plantées dans le sable sont à l’abri du phylloxéra) qui est menacé d’un prochain déménagement, ce qui provoque une certaine agitation dans le monde du vin.

Selon l’Inra, le déménagement se justifie pour deux raisons : tout d’abord une augmentation très importante du loyer demandé par le groupe Listel (on parle d’une multiplication par dix, mais il n’avait pas augmenté depuis vingt ans…) ; l’autre raison étant liée à la nature: le réchauffement climatique devrait entrainer une montée du niveau des eaux de la mer et surtout provoquer une plus grande pénétration de la salinité dans le sol.

Le choix d’un nouveau lieu d’accueil provisoire s’est porté sur un autre site de l’INRA, Pech Rouge, à Gruissan près de Narbonne. Il dispose d’une zone de sable pour accueillir dans un premier temps la collection des cépages avant de lui trouver un site définitif, toujours en débat. Selon l’Inra, ce déménagement ne sera effectif que d’ici une ou deux décennies. En effet, des milliers de ceps ne déménagent pas comme les meubles d’un salon ! Mais ce déménagement pose également un autre problème : de 60 à 70 % des ceps de Vassal seraient « virosés », c’est-à-dire porteurs de maladies (mildiou, oïdium) dormantes dans le sable, mais qui peuvent se réveiller dans d’autres sols. L’occasion faisant le larron, pourquoi ne pas profiter du transfert pour assainir la collection, la nettoyer de ses maladies et la réimplanter sur porte-greffe, à Pech Rouge ? C’est ce point qui a fait principalement réagir de très nombreux vignerons de domaines très connus qui ont fait jouer tous les ressorts des réseaux sociaux (pétitions, Facebook, etc.) pour alerter l’opinion publique sur cette question. Pour eux le mot “assainissement” résonne comme épuration, et l’abandon de la culture franc de pied au profit des porte-greffes constitue un appauvrissement de la richesse végétale. Les deux ministres concernés, Stéphane Le Foll (agriculture) et Geneviève Fioraso (recherche) ont été contactés pour être sensibilisés à ce problème. Sans réponse officielle jusqu’à présent…

Mais pour l’Inra et son point de vue scientifique très éloigné des préoccupations “philosophiques” des vignerons contestataires, il est pertinent de nettoyer le cépage de ses maladies pour préserver une collection saine, ce qui risque, certes, d’entraîner des pertes durant le transfert mais elles ne devraient pas excéder les 10 %  selon un des responsables du domaine de Vassal. Ce qui n’empêche pas les vignerons de souligner que de très bons vins sont issus de vignes atteintes de maladies et qui vivent avec. Pour les vignerons, le passage à un porte-greffe entraine une perte de biodiversité et une dégénérescence des cépages. A l’inverse, Jean-Michel Boursiquot (Inra), considère le greffage comme « le moyen le plus biologique de lutter contre un parasite » sans avoir recours à des produits phytosanitaires. Le chercheur rappelle d’ailleurs que, depuis le début du XXe siècle, l’ensemble du vignoble français – à de très rares exceptions – est passé au porte-greffe pour vaincre le phylloxéra sans pour autant nuire à la qualité des vins. Il met d’ailleurs « au défi de faire la différence dans une dégustation à l’aveugle entre un cabernet sauvignon greffé et un non greffé ». Ceux qui ont eu la chance de goûter des chinons francs de pieds du domaine Charles Joguet ou l’équivalent à Saumur-Champigny chez Thierry Germain ne sont pas forcément d’accord…

Le divorce est donc total et il y peu de chances que la demande des vignerons contestataires d’un moratoire sur le déménagement soit entendue. Ce dernier a même pratiquement démarré à Vassal, où les équipes de l’Inra ont déjà préparé les boutures pour la première phase du voyage. Il devrait s’effectuer en trois vagues de 2 000 pieds chacune, sur un délai de six ans, pour un budget estimé à 4 millions d’euros (hors frais de personnel). Une somme à côté de laquelle l’augmentation du loyer réclamée à l’Inra paraît bien dérisoire… Du coup certains soupçonnent que d’autres motifs moins nobles pourraient expliquer ce projet, notamment des questions financières concernant l’aménagement touristique du littoral et une politique de compensation pour le fiasco de la Cité de la Vigne et du Vin à… Pech Rouge. Pour de nombreux observateurs neutres du monde du vin, il ne semble en effet pas bien raisonnable de prendre le risque de perdre une partie de notre patrimoine viticole pour de telles raisons…

 

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