Le vin sur Internet en danger de mort ?

Bientôt, il ne sera peut-être plus possible, en France, de parler de vin via le media Internet. Tout a commencé, il y a quelques mois, par les débats autour de la nécessaire modernisation de la loi Evin. La ministre de la Santé Roselyne Bachelot avait annoncé en novembre 2008, dans une interview au Figaro, qu’elle ne s’opposerait pas à un amendement parlementaire qui actualiserait – enfin – ce texte en autorisant la publicité sur Internet.

Une position courageuse dans le climat de prohibitionnisme qui ravage notre pays actuellement.
L’examen de la loi Hôpital Patients Santé Territoire – dans lequel doit être inclus cet amendement – a débuté la semaine dernière dans une ambiance à couteaux tirés entre les tenants de l’interdiction la plus stricte et les défenseurs d’une consommation équilibrée de vin en France. Quelques jours plus tôt, lors de son passage en commission – préalablement à son examen en séance plénière – l’amendement suggéré par la ministre, et porté par le député Domergue avait été rejeté, et remplacé par un autre amendement (présenté par les député Bur et Le Guen) qui le vide littéralement de son sens. Certes ce nouvel amendement prétend toujours autoriser la publicité sur Internet. Mais en limitant les supports autorisés aux sites professionnels (les sites des syndicats de producteurs, par exemple), il empêche de facto les producteurs, cavistes en ligne, promoteurs de l’oeno-tourisme de se faire connaître à un public plus large.

Des annuaires muets

Imaginez le scénario suivant : vous ouvrez un annuaire, à la page de Beaune. Vous recherchez un hôtel, une cave à visiter, un bar à vins, un caviste. Vous recherchez des adresses, des conseils. L’annuaire ne vous fournira plus aucune réponse. C’est ce qui vous attend, si cet amendement est adopté en l’état, lorsque vous saisirez les mots « vin, Beaune » dans des moteurs de recherche tels que MSN-Yahoo ou Google, véritables annuaires virtuels. Les publicités que vous pouvez encore trouver actuellement sur certains moteurs relèvent de l’information sur les vins de Beaune, de l’oenotourisme dans la région, donnent les noms de cavistes qui vendent des vins de Bourgogne. Quels sont les risques pour la jeunesse ? Où se trouve l’incitation sauvage, intrusive à boire de l’alcool, de manière désordonnée et en quantités démesurées ? Nulle part. C’est donc tout le secteur économique de la vente de vin que l’on veut interdire ? C’est donc le tourisme dans les grandes régions viticoles françaises que l’on veut faire disparaître ?

Une disparition programmée

Certes, « la prohibition, c’est mieux que pas d’alcool du tout », disait l’humoriste américain Wil Rogers. Mais nul besoin d’être expert en marketing pour savoir que, sans publicité, il est impossible de développer une activité. Bien évidemment, dans un tel cadre, l’existence de sites Internet tels que celui d’iDealwine.com est dangereusement compromise. Celle des cavistes en ligne, bien sûr, mais également celle de l’ensemble des producteurs de vins – et pas toujours les plus importants – pour qui ce media constitue un irremplaçable outil de promotion, d’information et de vente. Sans parler de l’ensemble des sites Internet de presse, désormais interdits également de publicité pour le vin. Avec le risque supplémentaire qu’un article ayant trait au vin, publié en ligne, soit assimilé, à tort, à de la publicité. Et donc condamné. Cela a déjà été le cas ces derniers mois pour un article publié dans la version papier du journal Le Parisien. Demain, en l’absence d’une définition claire de la publicité, cette interdiction pourrait donc s’appliquer à l’interview d’un propriétaire de grand cru bordelais, publiée sur la version en ligne d’un grand quotidien national.

Si le vin n’a plus droit de cité sur Internet, c’est donc bien simple : l’amendement qui pourrait être adopté à l’assemblée signe à terme l’arrêt de mort d’un pan entier de notre économie et de nos emplois, de notre culture, de notre histoire. Madame Bachelot avait suggéré que la publicité sur Internet soit précisément encadrée dans ses formats (pas de pop-up intrusif), et qu’elle ne soit pas autorisée sur les sites destinés à la jeunesse ou consacrés au sport. L’amendement porté par le député Domergue s’annonçait juste, équilibré, et sensé respecter la liberté de chacun. Il ne reste plus qu’à souhaiter qu’un vent de réalisme et de bon sens – et aussi, pourquoi pas, un sursaut de fierté nationale à l’égard de ces grands crus qui honorent notre pays – souffle ces jours-ci sur l’assemblée.

Lisez également l’article sur la la modernisation de la Loi Evin (novembre 2008)

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