Interview BFM | Les grands flacons de Champagne ont-ils une valeur patrimoniale ?

Interview-Angelique-BFM-investissement-vinAujourd’hui, parlons d’une région qui occupe une place à part dans l’univers des grands vins : la Champagne. Valeur-plaisir ou valeur de placement ? Nous allons tenter de répondre à la question aujourd’hui avec Angélique de Lencquesaing sur BFM Business, interviewée par Cédric Decoeur dans l’émission BFM Patrimoine.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette région est à la peine actuellement…

Oui, la Champagne est l‘une des régions qui ont probablement a été les plus affectées par la crise sanitaire sévissant depuis le début de l’année 2020.
L’ambiance anxiogène suscité par la période de confinement, couplée à la fermeture des établissements, bar, restaurants, hôtels ; l’annulation des manifestations festives, de la plupart des mariages ; l’arrêt des voyages enfin qui met à la peine les hôtels de luxe. Et maintenant le couvre-feu dans les plus grandes villes de France…  Tous ces facteurs ont eu des conséquences dramatiques pour les vins de Champagne. Clairement, les amateurs n’avaient pas, ces derniers mois, le cœur à ouvrir une bouteille de champagne en plein confinement.

Les ventes ont dramatiquement reculé depuis le début de l’année…

Oui, le mois d’avril, à cet égard, confiné dans la plupart des pays occidentaux, a engendré une chute des expéditions de 68% (selon le Syndicat général des vignerons champenois). Les ventes en grande distribution ont chuté de 23%% entre janvier et juillet. Globalement, les prévisions sont moroses pour l’ensemble de l’année 2020 : le recul devrait s’établir entre -20 et -30%.

La Champagne a connu d’autres crises : guerre du Golfe en 1991, crise financière de 2008…

Certes, mais la différence vient du fait que lorsque le marché international est touché, la clientèle française joue, dans une certaine mesure, le rôle d’amortisseur. Et inversement. La spécificité de la crise sanitaire que nous traversons est qu’elle touche l’ensemble des marchés. En 2019 la filière Champagne avait écoulé 300 millions de bouteilles. Elle espère cette année limiter la chute des ventes à 240M, au pire à 200M.

Constatez-vous également cette baisse dans le e-commerce ?

Chez iDealwine la Champagne représente moins de 10% de notre CA (7% à fin septembre). Avec une croissance de nos ventes de Champagne de +65% en achat direct, nous ne sommes pas très représentatifs de l’état du marché, d’autant que nous nous situons dans le haut de gamme, en vendant des cuvées sans année, mais aussi et surtout nombre de cuvées prestige ou millésimées. Ce point en particulier mérite d’être souligné, car les cuvées millésimées sont celles qui, a priori, bénéficient de la plus belle capacité de garde, et donc, sont éligibles au placement, plus que les Brut sans année (BSA).

Aux enchères, la situation est identique ?

Aux enchères, baromètre du placement s’il en est en matière de vin, les ventes de Champagne se portent bien également, même si leur part est encore inférieure (6% en volume de flacons échangés au premier semestre 2020). Le prix moyen du flacon de Champagne adjugé au premier semestre s’établissait à 164€, un montant significativement supérieur à celui d’une cuvée sans année. Signe que ce marché se concentre sur des flacons de prestige qui eux, ne subissent pas la crise.

Le Champagne, valeur-refuge en temps de crise, donc ?

Disons que c’est surtout la rareté des cuvées qui constitue le moteur d’achat principal de certains flacons. Certaines maisons, à l’instar de la maison Salon, ne produisent que des cuvées millésimées, et bien sûr, pas tous les ans. Précisons que les « Brut sans année », les champagnes non millésimés, donc, sont élaborés à partir de vins de réserve. Il s’agit d’un assemblage de plusieurs récoltes, dont la composition et l’équilibre permet de garantir, d’une année sur l’autre, un style de champagne identique et reconnaissable. C’est la cuvée signature de chaque maison, en quelque sorte. Les cuvées millésimées, sont quant à elles produites à partir des raisins d’une seule et même récolte. Le chef de cave décide de millésimer une année uniquement si sa qualité le justifie. On a là des flacons plus rares, plus exceptionnels aussi.

Vous évoquiez la maison Salon ?
Oui, sa fameuse cuvée « S » n’a été produite, depuis 1905, que dans 41 millésimes, à partir d’un hectare de chardonnay planté au Mesnil sur Oger. Acquis par un amateur britannique, le millésime 1969 a atteint récemment 2 456€. Ce champagne est un authentique collector, recherché par des amateurs du monde entier.

Dans une année déjà ancienne… Ce flacon est-il encore buvable ?

Soulignons que les grandes cuvées millésimées sont particulièrement prisées de certains amateurs qui recherchent, non plus la bulle, mais le vin. Car c’est un grand vin blanc qui se dévoile avec l’âge. Ne jetez surtout pas vos vieux champagnes millésimés, certains sont de grande valeur !

D’autres signatures suscitent-elles le même engouement ?

La maison Krug bénéficie d’une aura particulière, compte tenu de la qualité des flacons produits, qu’ils soient d’ailleurs millésimés ou pas, ils restent très recherchés car difficiles à dénicher. Un brut Vintage 1979 – qui n’est pas la cuvée la plus rare de la maison – a récemment frôlé les 1000€ (982€). Notons aussi les prix atteints par les millésimes matures de la cuvée Dom Pérignon, autre maison passée sous le giron du groupe LVMH. Dans le millésime 1990, ce flacon atteint 761€.

 A ces niveaux de prix, les cuvées millésimées restent-elles intéressantes à acquérir aux enchères ?

Là encore, la rareté soutient l’intérêt pour ces flacons. Rareté qui ne fait que croître avec le temps, les bouteilles étant progressivement bues. Donc oui, les grands vins de Champagne sont intéressants à acquérir, y compris dans des niveaux de prix moins élevés. Par exemple, la cuvée R.D. Bollinger 1996 (368€), … Soulignons qu’il est intéressant de mettre en cave les grands millésimes récemment présentés sur le marché, je pense notamment au millésime 2008, une année remarquable. A rechercher parmi les maisons citées, ou d’autres encore, à l’instar de Taittinger (Comtes de Champagne), ou des maisons plus confidentielles.

Justement, parlons des maisons plus confidentielles, des champagnes de producteurs. Ont-ils leur place dans une cave patrimoniale ?

Oui, indéniablement. Certaines signatures sont déjà mondialement recherchées, je pense à Anselme Selosse : sa caisse panachée des six différents « lieux-dits » dont est issue sa production dépasse les 2000€. Il faut bien avoir en tête que la Champagne est un vignoble ou l’engagement environnemental progresse, nombre de vignerons et de maisons convertissent leur mode de viticulture au bio, et à la biodynamie. La maison Roederer en apporte un bel exemple (Cristal 2004 de la maison Roederer : 268€). Dans ce domaine, des signatures plus pointues, plus difficiles à trouver, font aujourd’hui l’objet d’une demande qui explose, la maison Pierre Peters par exemple, ou encore Horiot, Bedel, Franck Pascal, Boulard sont des noms à suivre, de même que Chartogne Taillet, Marguet, Bereche ou encore Savart.

La crise du Champagne va-t-elle entraîner une baisse des prix sur la production de l’année ?

On estime à 1,25 milliard le nombre de bouteilles qui dorment dans les caves champenoises, soit environ quatre années de stocks… Les Champenois ont eu la chance de rentrer une très belle récolte en 2020. Ils ont trouvé un accord pour limiter les rendements et ne retenir que le meilleur de leurs vendanges. (8000 kg/ha au lieu des 12 000 habituels). Une façon de maintenir l’image de leurs produits, et, espèrent-ils, de limiter la « casse » des prix en fin d’année. Les grandes maisons auront les moyens financiers de porter ces stocks, pour les exploitations de petite taille l’équation sera plus délicate. En tout état de cause, la filière agit pour s’en sortir par le haut, en axant sa production sur la qualité, c’est sans doute la clé pour surmonter cette crise inédite. C’est sans aucun doute un excellent moment pour faire entrer dans sa cave de belles cuvées de Champagne.

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