INTERVIEW BFM | Le marché des grands vins bien orienté au 1er semestre 2019

Interview-Angelique-de-Lencquesaing-BFM-Bilan-encheres-premier-semestre-2019Il y a quelques, jours, Angélique de Lencquesaing commentait sur BFM Business, dans le cadre de l’émission Intégrale Placements, les dernières tendances du marché des ventes aux enchères de vin. Elle répondait aux questions de Guillaume Sommerer et de Cédric Decoeur. Découvrez l’interview.

L’interview BFM d’Angélique de Lencquesaing (04/07/2019)

Guillaume Sommerer : – Pour l’amateur de vin soucieux de gérer sa cave dans une optique patrimoniale, l’analyse du marché secondaire des ventes aux enchères apporte une source d’information précieuse. Angélique, vous qui suivez de près ce marché chez iDealwine, quel bilan dressez-vous de ce marché à l’issue du premier semestre, est-il toujours en aussi bonne santé ?

Angélique de Lencquesaing : « Une santé insolente, oui ! Pour ce qui nous concerne plus particulièrement, 21 ventes ont été organisées sur la plateforme d’enchères d’iDealwine au cours du 1er semestre 2019, dont deux consacrées à des collections particulières.

Pour la première fois le montant total adjugé a franchi le seuil des 10 M€. Une performance qui fait suite, je le rappelle, à une année 2018 record.

GS : Comment s’oriente le marché des grands crus revendus aux enchères ?

Il s’oriente de façon très nette vers le haut, l’effet prix est manifeste : la progression des ventes atteint 15% en volume – il s’agit du nombre de flacons vendus -, et 23% si l’on considère la valeur totale adjugée. Les amateurs sont en quête de rareté, de qualité, c’est valable dans toutes les régions.

GS : Votre conseil pour les amateurs désireux de gérer leur cave comme un patrimoine, serait donc de se concentrer sur le segment « premium », celui des vins les plus chers ?

Pas nécessairement, ou en tout état de cause pas exclusivement. Car au sein des régions que l’on trouve traditionnellement dans les ventes aux enchères – le fameux trio Bordeaux, Bourgogne et Vallée du Rhône – mais aussi dans les autres vignobles les pépites abondent, nous voyons leur cote progresser, voire exploser. Chaque région recèle des trésors, pour certains encore sous-évalués.

GS : Justement, les régions, parlons-en, avez-vous noté des évolutions profondes au cours du premier semestre ?

Voici les 3 points principaux que l’amateur désireux de gérer sa cave dans une optique patrimoniale doit retenir :

  • Le trio des trois régions traditionnelles représentait 80% des échanges en 2018 (en volume, la répartition reste identique en valeur). Une part qui est tombée à moins des trois-quarts, 73%, à l’issue du premier semestre, au profit de tous les autres vignobles, français ou étrangers
  • La part des vins de Bordeaux – région la plus représentée aux enchères – s’est nettement contractée. En volume, la proportion de grands crus bordelais dans les ventes a chuté de 11 points en six mois, passant de 44% en 2018 à 33% du nombre de flacons échangés.
  • La Bourgogne talonne Bordeaux en volume : les vins de cette région représentent désormais 26% des bouteilles vendues (contre 23% en 2018).
    Pour mémoire, Bordeaux produit près de 4 fois plus de vin que la Bourgogne
    En valeur, compte tenu du fait que le marché se hisse vers le haut, la baisse est moins flagrante, les bordeaux étant passés de 45% à 41% du marché.
    La bouteille la plus chère vendue au premier semestre est tout de même un grand cru de Bourgogne : une romanée-conti 2000, adjugée 14 957€ en mars dernier.

GS : Comment expliquez-vous cette chute brutale des vins de Bordeaux ?

Cette érosion n’est pas récente, en 2017 Bordeaux était passé sous le seuil des 50%. En revanche, elle s’est accélérée ces derniers mois, et même ces dernières semaines.
Le 1er élément d’explication est à rechercher du côté du goût des amateurs qui a évolué.
Les caves de nos clients – et en particuliers celles des plus jeunes – sont de plus en plus diversifiées, Bordeaux est aujourd’hui une option parmi d’autres, pas la principale.
Le changement de mentalité est net. La croissance en volume de nos ventes aux enchères s’effectue désormais sur les régions hors Bordeaux.

GS : Pourquoi le goût des amateurs a-t-il évolué ?

Il ne s’agit pas uniquement de goût, mais de choix d’achat. Là encore, plusieurs raisons.

Les amateurs boivent les vins plus jeunes, par habitude de consommation, par manque d’espace de stockage aussi. Or les vins de Bordeaux sont immenses à l’issue d’une longue période de garde. Mais ça aussi, ça évolue désormais dans la région.

Par ailleurs, les hausses de prix dans les millésimes récents ont amené les amateurs à tourner leur regard vers d’autres régions, à la recherche d’opportunités.

La quête des vins rares, des vins collectors reste un moteur d’achat puissant, notamment en Asie.

Et enfin, la vague des vins bio, biodynamiques, nature, un phénomène auquel Bordeaux, dans son immense majorité, ne participe pas, ou encore très peu, ou du moins sans certification.
Même si les propriétés sont aujourd’hui parfaitement conscientes de la nécessité d’une viticulture propre, raisonnée.

GS : Donc l’amateur – investisseur n’a pas intérêt à acheter des vins de Bordeaux actuellement ?

Si, bien au contraire ! D’abord parce que cette région offre des vins dont la notoriété mondiale est sans équivalent. Ce qui assure de bonnes conditions de revente, d’autant que la bonne capacité de garde est un atout en matière d’investissement.
En revanche il convient de discerner précisément au moment de l’achat. Si l’on regarde les vins les plus chers du semestre, on a affaire avant tout à :

  • Des vins en grands formats, tels ce jéroboam de château-mouton-rothschild 1986 adjugé 7296€
  • Des vins rares comme Petrus. Le 2015, en magnum s’est vendu 7174€ au premier semestre. Autre rareté, château-ausone, vendu 6080€ pour un jéroboam millésimé 1996
  • Des millésimes phares, à l’instar de 1989. Un double-magnum issu dans ce millésime du Château La Mission Haut Brion a atteint 5 107€
  • Des vins anciens tels que château-latour 1961 (4 256€ la bouteille)
  • Des années historiques, qui valent aussi pour les grands vins liquoreux (château-gilette, Crème de Tête 1945 : 851€)

Par ailleurs, la désaffection actuelle de certains amateurs – je pense aux Asiatiques tout particulièrement – ouvre un boulevard en termes d’opportunités d’achat. Il faut surveiller la cote iDealwine®!

GS : L’Asie n’achète plus de vins de Bordeaux ?

Nous avons évoqué il y a quelque temps le net ralentissement des ventes de Bordeaux en Asie (-31% des exportations de vins de Bordeaux en Chine pour l’année 2018), sur le marché en général, mais pas réellement sur iDealwine car les vins les plus chers n’ont pas été concernés par la baisse. Les Asiatiques continuent à acheter de grands vins de cette région, simplement ils se concentrent – pour ce qui concerne les enchères en tout cas – sur le plus rare, le plus précieux, ce qu’ils ne trouvent pas sur place, et notamment à Hong Kong.
Plus récemment, c’est vrai, nous avons constaté que les amateurs de Hong Kong et les Chinois étaient moins actifs. La guerre commerciale entre Américains et Chinois pèse sur l’ensemble de l’économie actuellement. Et que dire de la situation politique à Hong Kong ? Autant de facteurs d’instabilité qui ne crée pas un climat favorable à l’achat de ce type de bien.

GS : Le ralentissement que vous observez en Asie est-il cantonné aux vins de Bordeaux ?

Attention, ne vous méprenez pas, sur la plateforme d’iDealwine nous n’observons aucun ralentissement, l’Asie est même la zone qui enregistre la plus forte croissance au premier semestre (+49,5%). Donc les indicateurs demeurent extrêmement bien orientés… et prometteurs pour la suite de l’exercice.

Retrouvez toute notre analyse des dernières tendances sur le marché des ventes aux enchères de vin

En savoir plus sur la vente de votre cave

Consultez les ventes de vin

 

 

  • Voir les commentaires (0)

Your email address will not be published. Required fields are marked *

commentaire *

  • name *

  • email *

  • website *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Vous aimerez aussi

Le vin en débat à l&#039assemblée

Soulagement dans le milieu viticole : les députés ont adopté hier, à une quasi-unanimité, l’amendement visant à corriger la rédaction ...

Le château Cheval Blanc reçoit un prix d’architecture pour son nouveau chai

Les grands domaines bordelais rivalisent de plus en plus souvent d’audace architecturale en construisant de nouveaux chais. Et Cheval Blanc (Saint-Emilion) vient d’être récompensé par un prix international d’architecture pour ...

Grands-jours-Bourgogne

Grands Jours de Bourgogne : Côte de Nuits et Mâconnais

Organisés tous les deux ans, les Grands Jours de Bourgogne permettent de faire en quelques jours le tour de toutes les appellations bourguignonnes. iDealwine s’est contenté cette année de la ...