Interview BFM | Le dynamisme du marché des whiskys de collection

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Chaque mois, Angélique de Lencquesaing, co-fondatrice d’iDealwine, participe à l’émission BFM Patrimoine, animée par Cédric Decoeur. Le 18 novembre elle évoquait le paysage des whiskys de collection. Un univers d’esthètes, varié et passionnant. Découvrez son interview.

Cédric Decoeur : Nous avons eu l’occasion d’évoquer ces derniers temps le dynamisme du marché des ventes aux enchères de vin, qui fait l’objet d’un engouement mondial. Une fois n’est pas coutume, évoquons aujourd’hui l’univers des spiritueux, qui intéresse aussi les collectionneurs. Déjà, quand on parle de spiritueux, desquels parle-t-on ?

Angélique de Lencquesaing : Parmi les flacons que nous voyons passer dans le marché des ventes aux enchères de vin depuis 20 ans, il faut distinguer les alcools les plus traditionnels, tels que les cognacs et armagnacs, que nous croisons aux enchères depuis nos débuts et qui complètent assez habituellement une belle cave d’amateur.

Peu à peu, nous avons également vu apparaître des flacons de whisky, un univers de collection différent, spécifique. Et aussi, des liqueurs de Chartreuse, ou encore des rhums qui connaissent un succès foudroyant. L’univers des spiritueux est un univers de passion et de collection, varié, captivant. Par certaines de ses caractéristiques, certains de ses codes, il rejoint le marché de l’art.

C.D. On parle de quelques flacons par catalogue, ou un peu plus ? 

Nous avons vu croître l’intérêt pour ces flacons au fil des années, et, ce faisant, nos catalogues se sont enrichis de spiritueux. A titre d’illustration, en 2016, 400 flacons avaient été adjugés sur la plateforme d’iDealwine, en 2019, le chiffre avait doublé à 800, puis 1000 en 2020, plaçant les spiritueux sur le podium des enchères les plus élevées par flacon.

Le prix atteint par ce whisky 50 years de la distillerie Glenfiddich, l’une des plus emblématiques d’Ecosse, adjugé 28 981€ en 2019, nous a incités à dédier une plateforme d’enchères spécifique à ce type de flacon : Fine Spirits Auction, lancé en partenariat avec la Maison du whisky, boucle sa première année d’exercice avec une dernière vente qui se termine en ligne le 10 décembre.

C.D. Avec une nette suprématie des whiskys, si j’ai bien suivi…

Sur Fine Spirits Auction, force est de constater que les grands whiskys occupent une part significative dans les enchères, environ 80% des échanges en volume.

C.D. A des niveaux de prix inaccessibles au commun des mortels ?

Ce qui est intéressant dans les ventes, c’est la variété des whiskys disponibles. Pour la consommation, les amateurs acquièrent à prix raisonnables – moins de 100€-  des blends déjà anciens, qui peuvent réserver de belles surprises à la dégustation. Johnnie Walker, Black & White, White Horse, Cutty Sark sont quelques-uns des noms qui méritent l’attention.

C.D. Question de néophyte : en quoi le whisky est-il un univers de collection ?

Cet esprit collector est inhérent à l’histoire du whisky. Au début du XXème siècle, le whisky était principalement consommé en Ecosse bien sûr et en Irlande – les deux pays se disputant l’origine du whisky -, en Angleterre, dans les pays du Commonwealth et aux USA. La prohibition a mis un terme à la production de whiskey américain. La Seconde guerre mondiale a ensuite bloqué la production, les distilleries étant mobilisées au service de l’effort de guerre. La production est repartie à partir des années 1950 jusqu’au premier choc pétrolier. A cette époque, les stocks étaient importants, certaines distilleries ont ralenti leur production ou fermé. D’où l’aspect collector de ces productions arrêtées à l’époque.

C.D. Donc, dans une perspective patrimoniale, il est intéressant de se privilégier les whiskys écossais ?

C’est pour l’amateur un univers de collection incontournable. Pour la collection, les amateurs plébiscitent les whiskys âgés, mis en bouteilles à l’issue d’une longue période de vieillissement en fûts (casks).

Les productions issues de single casks sont les plus rares, et à ce titre, elles sont particulièrement recherchées. Avec une légende, Macallan, qui déchaîne les passions.

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Spiritueux vendus sur Finespirits.auction

Ajoutons que l’histoire du whisky écossais est jalonnée de succès et de disparition douloureuses, à l’instar de la distillerie Port Ellen sur l’île d’Islay, fermée en 1983. Parmi les autres légendes écossaises on peut citer Brora et Banff. Certaines histoires contribuent également à construire la légende. C’est le cas, par exemple de Gordon & Mac Phail, une épicerie doublée d’un marchand de vin qui a joué le rôle de négociant – embouteilleur pour les plus grandes distilleries écossaises. Gordon & Mac Phail disposait ainsi de stocks impressionnants, en provenance de distilleries prestigieuses telles que Glen Grant, Linkwood, Mortlach, Macallan ou Glenlivet. Certains flacons sont embouteillés sans mention de la provenance, ce qui entretient le mystère…

C.D. Cet appétit de collection ne s’arrête pas aux whiskys produits à cette époque…

Non, effectivement, depuis les années 2000 on a vu émerger une nouvelle catégorie de whiskys, produits au Japon. Précisons que le pays du soleil levant s’intéresse à ce breuvage depuis un siècle, et en produit de façon significative depuis les années 1950. Il s’agit principalement de blends, dédiés à une consommation domestique.

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Spiritueux vendus sur Finespirits.auction

L’essor international est arrivé dans les années 2000. Certaines distilleries sont anciennes, voire disparues avec la crise économique qui a sévi au Japon dans les années 1980 (c’est le cas de Karuizawa). Une bouteille de Karuizawa 29 ans 1983 Noh – NB 1983 est la dernière année avant que la production ne commence à se réduire, jusqu’à la fermeture de la distillerie – cette bouteille a été adjugée 17 936€ sur Fine Spirits Auction en 2021.

Les signatures aujourd’hui emblématiques sont Karuizawa, donc, Nikka, Hanyu, les plus anciennes, ou encore Chichibu, créée en 2008 (successeur de Hanyu), témoin du dynamisme de la production nipponne.

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C.D. On produit du whisky un peu partout aujourd’hui, en France aussi, d’ailleurs ?

Oui, avec l’élargissement de la demande l’offre s’est multipliée : aux côtés de distilleries anciennes qui ont été rouvertes, les distilleries artisanales se multiplient. La France est même aujourd’hui un important producteur, avec des signatures intéressantes qui se distinguent : l’un des pionniers est Michel Couvreur (aujourd’hui décédé), dont la famille a pris la relève et produit des whiskys vieillis dans des fûts de vins de Xérès ou de vins jaunes du Jura (Stéphane Tissot).

C.D. Vous parlez d’un élargissement de la demande, qui sont les acheteurs de whisky ?

Les premiers collectionneurs étaient des Italiens, visionnaires, dans les années 1970. Ils ont acheté des sélections en provenance de distilleries écossaises, méconnues à l’époque. Quelques années après sont apparues les premières ventes aux enchères qui ont permis d’élargir la clientèle. Aujourd’hui, les collectionneurs les plus importants sont en Asie ; L’Europe est aussi un vivier de collectionneurs (Allemagne, Suède, Belgique). En France, l’esprit de collection se développe aussi.

C.D. C’est ce profil d’acheteurs que vous identifiez sur la plateforme Fine Spirits Auction ?

Au cours de ce premier exercice, 2500 bouteilles ont changé de main, acquises par 600 acheteurs des quatre coins du monde. La France demeure le premier pays acheteur, et à l’étranger (1/3 de nos clients), nous enregistrons des amateurs venus d’Allemagne, de Singapour, des Etats-Unis et de Taïwan.

C.D. Si l’on achète dans une perspective patrimoniale, les conditions de conservation sont-elles aussi importantes que pour le vin ?

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Spiritueux vendus sur Finespirits.auction

Oui, bien sûr, mais les conditions sont différentes de ce qui prévaut pour une bouteille de vin. Un whisky doit impérativement être conservé debout. Et, pour les collectors, l’emballage a son importance, il apporte de la valeur au flacon s’il est intact même après de nombreuses années.  Pour reprendre l’exemple de Glenfiddich, une distillerie fondée par William Grant en 1887, la cuvée 50 ans d’âge adjugée 28 981€ n’a été produite que deux fois. Elle est issue de 9 fûts sélectionnés en l’honneur des 9 enfants de William Grant. Les bouteilles étaient soufflées à la main, ornées d’une plaque ciselée par un argentier écossais et logée dans un écrin en cuir cousu main. L’esprit de collection dépasse l’aspect gustatif du produit. On rejoint le monde de l’art.

 

Retrouvez les ventes aux enchères de spiritueux sur la plateforme Fine Spirits Auction

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