Interview BFM | Hospices de Beaune | Faut-il acheter des vins de Bourgogne actuellement ?

La vente des Hospices de Beaune, prévue le 15 novembre a été reportée à la dernière minute.  Angélique de Lencquesaing, sur le plateau de BFM Business, en a profité pour faire un point sur le marché des vins de Bourgogne.

La 160ème vente des Hospices de Beaune, qui se tient traditionnellement le 3ème dimanche de novembre, n’a finalement pas eu lieu samedi 15 novembre. En effet, en dépit du confinement, les organisateurs avaient fait le choix de maintenir un format traditionnel, les acheteurs – en nombre restreints – devant être présents dans la salle située sous la halle de Beaune. Toutefois, le Conseil des ventes, autorité de régulation des Opérateurs de ventes aux enchères, a fait connaître, la veille de la date prévue pour la vente, sa décision d’en interdire la tenue. Une décision motivée par le contexte sanitaire qui a pour effet de voir l’ensemble des ventes aux enchères françaises se dérouler à huis clos, et de manière électronique. Après moulte rebondissements, les organisateurs ont finalement opté pour le report de la vente. Ils espèrent pouvoir fixer une nouvelle date, dès que la situation sanitaire le permettra. Car cette vente, nous allons le voir, revêt un caractère stratégique pour le marché des vins de Bourgogne.

Quelques jours avant la date prévue pour cette vente, Angélique de Lencquesaing était donc sur le plateau de l’émission 100% Patrimoine de BFM Business, pour répondre aux questions de Cédric Decoeur.

La traditionnelle vente des Hospices de Beaune nous offre l’occasion de faire un point sur les vins de Bourgogne. Car dans une perspective de placement, ces vins occupent une place particulière qu’il convient d’analyser. Comment se présente la vente, cette année, d’où viennent les vins ?

Les vins sont issus du domaine des Hospices de Beaune. Un vignoble qui couvre une soixantaine d’hectares sur les grandes appellations bourguignonnes, pas seulement la Côte de Beaune, mais aussi certains grands crus de la côte de Nuits, de Chablis aussi. La particularité, c’est que les vins issus du millésime 2020, sont vendus quelques semaines après la vendange. Ils sont encore en cours d’élevage, en barriques, que l’on appelle des « pièces », contenant 228l de vin.

Comment s’annonce ce millésime 2020 ?

Je ne sais pas si les amateurs vont vouloir garder le souvenir de cette année 2020… et pourtant le millésime est magnifique, d’une précocité record, manifestement supérieur à 2019 en Bourgogne. De petites quantités ont été récoltées pour les rouges – ce qui ne va pas être sans effet sur les prix -, et l’année s’est avérée plus généreuse en blanc.

Une question en passant : est-ce une bonne idée de maintenir cette vente sur place, « physique », en pleine crise sanitaire ?

La décision de maintenir la vente a été prise en haut lieu. Et la vente s’organise dans des conditions rigoureuses : environ 200 personnes seulement auront accès à la salle de vente, contre 1300 en temps « normal ». Et la vente pourra être suivie à distance également. J’ajoute que la vente revêt un caractère caritatif, elle est organisée au profit de l’hôpital de Beaune qui en a bien besoin, et aussi, pour la pièce des Présidents, au profit du personnel hospitalier (Fédération Hospitalière de France (F.H.F.). Un Clos de la Roche Grand Cru, élevé dans un fût issu d’un chêne de la forêt de Chambord. C’était bien le moins, cette année.

Cette année 630 pièces seront livrées aux enchères contre 600 l’année dernière (474 de vins rouges et 156 de vins blancs), des volumes en légère hausse donc, dans une région qui a tendance à manquer de vin.

Manquer de vin ? Les viticulteurs ont du mal à écouler leur production, pourtant, depuis le début de l’année, non ?

Oui, la crise sanitaire et ses effets sur l’économie, le confinement, la fermeture de circuits de distribution stratégiques comme les CHR ont des conséquences dramatiques pour le secteur viticole. La Bourgogne est relativement préservée, du fait des petits volumes produits, au regard d’une demande devenue mondiale (et la vente des Hospices y a contribué).

Prenez les exportations de vins, par exemple, depuis le début de l’année, elles ont baissé de 31% pour la Champagne, de 28% pour les vins de Bordeaux, mais seulement de 6% pour les vins de Bourgogne. Pourtant, si la demande est soutenue pour ces derniers, les acteurs du monde viticole demeurent prudents. A cet égard le maintien de cette vente, coûte que coûte, en dit long sur l’importance stratégique que revêt un tel évènement.

L’importance stratégique… qu’entendez-vous par là ?

La médiatisation de la vente des Hospices de Beaune braque les projecteurs du monde entier sur la région, c’est essentiel pour l’image des vins de Bourgogne. Au-delà de l’image, cette vente a de longue date constitué un baromètre de l’état de santé de la région. Chaque année d’ailleurs, et notamment sur ce plateau, nous nous interrogeons pour savoir si le baromètre est cassé, si cette vente, pour laquelle les prix se sont envolés depuis 15 ans, est encore un point de référence fiable pour les acteurs du marché. Et bien oui, je vous confirme que cette vente est très attendue ! Les grands négociants n’ont pas du tout envie de voir les prix s’écrouler. Ils n’ont pas au passage, non plus intérêt à ce que les enchères flambent. Car à peine les enchères achevées, les prix atteints vont constituer un étalon pour fixer les prix de vente des raisins au négoce. C’est donc à un équilibre délicat que les grands acteurs du négoce bourguignons vont tenter de parvenir cette année, en fonction de l’état de la demande.

Donc, recommandez-vous d’acheter dans cette vente des Hospices de Beaune, dans une perspective de placement ?

La Bourgogne est une région recherchée par les grands collectionneurs, mais plus à n’importe quel prix. Il convient donc de scruter les niveaux de prix atteints cette année. Le millésime étant qualitatif, les vins s’annoncent de belle garde, un atout pour une cave constituée dans un objectif patrimonial. Je rappelle que, dans les ventes aux enchères, la Bourgogne est désormais la région la plus représentée en valeur dans les échanges (36%), elle devance légèrement Bordeaux, et toutes les autres régions viticoles. Je précise que les ventes aux enchères reflètent bien la répartition que vous devez vous fixer pour constituer votre cave.

Dans les ventes aux enchères « classiques », observez-vous ces tendances de stabilisation des prix, les amateurs ne souhaitant plus payer leurs vins à « n’importe quel prix » ?

Deux points méritent d’être soulignés : s’agissant des grands vins rouges, nous notons que ceux de la Côte de Nuits ont tendance à plafonner, à des niveaux de prix stratosphériques. Des régions aux tarifs traditionnellement plus abordables (Côte Chalonnaise, Mâconnais) se portent bien, en revanche. Il est nécessaire de ne pas négliger ces vins, délicieux et plébiscités par la génération « montante », les amateurs jeunes, qui sont les grands collectionneurs de demain.

Autre point marquant : la progression des vins blancs dans les ventes aux enchères. On le disait, la vente des Hospices propose une proportion supérieure de pièces de vins blancs cette année, c’est un phénomène qui se généralise en Bourgogne. La Bourgogne « blanchit ». En 2020, les blancs ont représenté une proportion inédite de la récolte, 20% pour les blancs, 80% pour les rouges, du jamais vu.

La demande suit, aux enchères ?

Les enchères reflètent très précisément l’état du marché, avec souvent un coup d’avance, d’ailleurs. Aujourd’hui, ce que nous constatons, c’est que les grands chardonnays de Bourgogne sont aujourd’hui plébiscités ! Un nom se distingue tout particulièrement, le domaine Ramonet, qui dispose de parcelles exceptionnelles classées en grand cru sur la Côte de Beaune.  A suivre de près également, les vins de l’appellation Meursault, de notoriété planétaire, font l’objet d’une demande croissante. Ces vins, qui ont enregistré d’importants progrès qualitatifs pour juguler les problèmes d’oxydation précoces, méritent de figurer dans une cave.

Vous avez évoqué l’export, quid des USA, l’élection de Joe Biden va-t-elle avoir des conséquences ?

Aux Etats-Unis, marché qui représente traditionnellement 1/4 des exportations de vins de Bourgogne, la situation est particulièrement complexe, en raison des taxes instaurées par l’administration Trump. A l’importation, elle grève de 25% le prix des vins français, et crée une situation concurrentielle inégale avec d’autres pays importateurs. Louis-Fabrice Latour, (président de la maison éponyme et aussi du BIVB, l’interprofession des vins de Bourgogne), m’indiquait récemment que les exportations ont baissé de 28% vers ce pays, alors que, dans le même temps les ventes reprennent en Grande-Bretagne, en Asie…. L’attente est forte, donc, avec l’élection de Joe Biden. Toutefois, comme vous le savez, ces taxes s’inscrivent dans une négociation beaucoup plus large qui n’a d’ailleurs rien à voir avec le secteur viticole, puisqu’il s’agit du différend opposant Airbus et Boeing. Le ministre de l’Economie a bien en tête ce problème, il l’a récemment évoqué. Mais cela risque encore de prendre du temps. Affaire à suivre ! En revanche, ce qui compte c’est le dynamisme de la demande pour les grands vins de Bourgogne qui lui, demeure intact.

 

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  • Voir les commentaires (1)

  • Stanislas Cozon

    très clair ,Angelique

    merci

    Stanislas

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