Interview BFM | Gel dans la vigne, opportunités dans le Rhône Sud

Investissement-vin-Interview-BFM-Mai-2019Régulièrement sur BFM Business, Angélique dresse un point sur le marché des grands crus. Ce mois-ci elle évoque les impacts du gel sur le prix des vins et les noms à suivre dans le Rhône Sud.

Voir l’intervention BFM Intégrale Placements – 9/05/2019

  • Ces jours-ci le vignoble français traverse une période cruciale pour la vigne, avec de grosses inquiétudes sur le gel qui pourrait menacer la récolte en cours. Quels sont les risques exactement pour le millésime en gestation, le 2019 ?

Toutes les personnes qui nous regardent ou nous écoutent et qui cultivent un jardin savent que ces jours sont cruciaux pour la végétation. Nous sommes actuellement au cœur de la période que l’on appelle les « Saints de glace », du 11 au 14 mai.  « Saint-Pancrace, Gervais et Boniface souvent apportent la glace ». (il faut y ajouter Saint Mamert, même si ces saints ne figurent plus aujourd’hui dans le calendrier).

La dernière date charnière pour la vigne est la Saint Urbain, le 25 mai. Un proverbe viticole est d’ailleurs associé à cette fin de mois « Quand la Saint-Urbain est passée, le vigneron est rassuré ».

  • Rien de nouveau sous le soleil, ou plutôt sous les températures glaciales…

Non, rien de nouveau pour ce phénomène qui a été analysé et validé par les astrophysiciens. En revanche, ce qui est nouveau, c’est que le cycle de la vigne est plus précoce. Le débourrement – éclosion des bourgeons et apparition des premières feuilles – intervient plus tôt dans le calendrier. Le gel risque donc d’attaquer des toutes jeunes pousses, forcément fragiles.

  • Le vignoble français est donc très touché par le gel ?

Il est encore un peu prématuré d’établir un bilan.
Le froid a atteint certaines zones du vignoble bordelais (5 à 10%), de Cognac (certaines parcelles sont détruites à 100%). Dans la Loire les dégâts ont été importants, plusieurs vignerons m’ont indiqué avoir perdu plus de 50% de la récolte attendue. En Bourgogne, en Champagne et en Alsace les producteurs sont inquiets, vigilants.

Rappelons qu’en 2017, le gel tardif d’avril avait été à l’origine d’une perte de récolte de 22% pour l’ensemble du vignoble, et même de 39% à Bordeaux.

Je profite de cette occasion pour adresser des pensées très amicales aux vignerons qui traversent cette période cruciale et se battent, au cœur des nuits glaciales pour protéger leurs vignes.

  • Quelles sont les conséquences d’une année de gel sur la valeur des vins ?

En 1991, année de gel à laquelle les vignerons ont abondamment fait référence lors du gel de 2017, la récolte a été minuscule, certaines propriétés n’ont pas produit de vin. Les prix du 1991 sont d’autant plus attractifs que ce millésime suit une année de grande qualité. 1990 est aujourd’hui une référence dans l’ensemble du vignoble.

Un millésime de gel n’est pas un millésime de placement, il est entaché par les aléas climatiques, mais il constitue une excellente affaire pour les amateurs qui achètent exclusivement dans l’idée de boire leurs vins.

  • 2017, année de gel, n’est donc pas une année de placement ?

Il est encore un peu tôt pour le dire, tout le vignoble n’ayant pas été touché de façon homogène.
En revanche ce que l’on constate c’est que dans le cadre de la campagne Primeurs 2018 qui débute à Bordeaux, les propriétés – et les analyses du marché – se réfèrent non pas à 2017, mais à 2016 pour comparer les prix de sortie de leurs vins.

  • Réchauffons-nous un peu en mettant le cap sur le Sud. Dans la vallée du Rhône, et tout particulièrement dans sa partie méridionale, et dans le Languedoc, trouve-t-on des vins éligibles à l’investissement ?

Voilà deux régions passionnantes ! Qui méritent pour chacune d’entre elles un vrai développement. Concentrons-nous aujourd’hui sur la vallée du Rhône, qui occupe traditionnellement une place significative dans les enchères de vin. C’est la première région en part des ventes après Bordeaux et la Bourgogne avec 11% des échanges enregistrés en 2018 sur la plateforme d’enchères d’iDealwine, soit une proportion en augmentation de 3 points par rapport à 2017. A ce titre elle mérite toute sa place dans une cave d’investissement. Certes, l’année dernière c’est surtout le Nord de la région qui a enregistré des prix records (en Hermitage, à Cornas et en Côte-Rôtie). Pour autant le Sud ne doit pas être négligé, loin de là.

  • Vous voulez parler des vins de Châteauneuf du Pape, bien sûr ?

Oui, ces vins bénéficient d’une aura mondiale, notamment grâce à Robert Parker qui a contribué à les faire connaître au marché américain, dans un premier temps, avant que cette ne devienne planétaire. Certains vignerons commercialisent l’intégralité ou presque de leur production hors de l’Hexagone.

Châteauneuf offre une immense variété de styles de vins, et compte de grandes figures, qui ont contribué à forger la renommée de l’appellation. Par ordre d’importance dans les volumes échangés sur iDealwine l’année dernière – qui correspond d’ailleurs bien au prestige de l’étiquette – On pense évidemment à Château Rayas, à Henri Bonneau, au Château de Beaucastel, ou au Clos des Papes.

  • ça, ce sont les stars…

D’autres signatures, de moins en moins confidentielles, sont aujourd’hui recherchées, c’est le cas du Domaine de la Janasse, de la Mordorée, du Pegaü.

Difficile de les nommer tous, dans notre Baromètre des enchères 2018 nous avons également identifié de belles enchères sur les vins du Vieux Télégraphe, du Domaine de Marcoux. Parmi les noms à suivre, signalons Le Vieux Donjon, Beaurenard, ou encore le domaine André. Mais les opportunités sont nombreuses dans cette appellation.

  • Autour de Châteauneuf du Pape, trouve-t-on aussi des vins intéressants ?

Oui, et les opportunités sont d’autant plus nombreuses que les prix sont encore doux.

Plusieurs appellations se distinguent :

  • Vacqueyras, avec des domaines tels que le Sang des Cailloux, Roucas Toumba ou La Monardière.
  • A Gigondas parmi les noms à suivre, nous avons identifié une demande soutenue pour les domaines Santa Duc, de Boissan, ou encore le Château de Saint-Cosme.

Mais ce qui est intéressant, ce sont aussi les vins sans indication d’appellation, produits par des vignerons passionnants.

  • Sans indication d’appellation ? Pourquoi ?

Les vignerons font parfois le choix de s’affranchir des règles d’une appellation, afin de réaliser des vins qui les intéressent, de mener des expériences, avec un assemblage jugé trop peu orthodoxe pour obtenir l’autorisation de porter le nom de l’appellation. Etiquetés en simple « vin de France », certains sont de réelles pépites.

C’est notamment le cas des vins produits au domaine de L’Anglore, propriété d’Éric Pfifferling. Sur son petit domaine de 7 hectares il produit des cuvées en biodynamie, sans intrants, de manière naturelle. Ses vins sont vendus sous les appellations Tavel (rosé) et Lirac ou, précisément, en Vins de France. Les amateurs s’arrachent les vins de ce domaine actuellement.

Que dire enfin des « simples » côtes-du-rhône d’Emmanuel Reynaud – propriétaire de Château Rayas – produits au Château des Tours ? Ces vins, dotés d’une bonne capacité de garde, ont toutes les chances de se valoriser dans le temps. L’essentiel, aujourd’hui, consiste donc à identifier le plus en amont possible le talent d’un vigneron, quelle que soit la région de production. La curiosité des amateurs – et la rapidité de circulation de l’information – feront le reste.

A lire également, sur le blog Vin sur Vin, une interview très complète d’Angélique de Lencquesaing sur la genèse d’iDealwine et ses différents projets de développement 

  • Voir les commentaires (2)

  • BARON

    Bonjour,
    Oui de bien beaux vins avec Rayas et Bonneau en tête de file, et beaucoup d’autres. Mais si vous citez, n’oubliez pas SVP :
    _ Charvin et la cuvée des Félix du domaine Bois de Boursan à Châteauneuf qui, à l’aveugle, depuis la fin des années 90 sortent dans mon entourage devant beaucoup de vins que vous citez…
    _ Que dire à Rasteau de Jérôme Bressy (Gourt de Mautens)… Nettement au-dessus du lot voir d’un grand nombre de CDP! Certes homme de caractère,jusqu’au boutiste mais les résultats sont bien là. (Goutez un 1998 avec un plat truffé…, a changé bcp de style depuis mais toujours bon dans un registre différend.)

    Sur les autres Rhônes villages dont vous parlez, tt à fait d’accord! Sans aucune hésitation. Pour compléter, je citerai aussi Marcel Richaud, Domaine de l’Oratoire St-Martin à Cairanne et les vins de Michèle Laurent du domaine Gramenon.

    Un amateur.

  • André j

    Que dire du Clos Montolivet Remarquable par sa qualité et aussi plus rare par son prix
    Dr André j

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