Interview BFM | Faut-il acheter des vins de la vallée du Rhône ?

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Dans l’émission 100% Placement, sur BFM, Angélique de Lencquesaing, passait en revue il y a quelques jours le marché des grands crus à l’orée de l’année 2020. Elle s’est attardée dans le nord de la vallée du Rhône.  Interview avec Vincent Touraine.

Vincent Touraine : « – Parlons vin, sous cet angle patrimonial que vous auscultez, Angélique de Lencquesaing, dans les enchères. Généralement, ce sont avant tout les vins de Bordeaux, et plus encore de Bourgogne, qui font la Une des ventes.
Puisque nous sommes au cœur de l’hiver, profitons-en pour braquer les projecteurs sur une région dont vous ne nous parlez pas si souvent, la vallée du Rhône. Si l’on se place sous l’angle du placement elle présente pourtant beaucoup d’avantages, non ? »

Oui, l’hiver est une excellente période pour parler de la vallée du Rhône, une région qui s’est illustrée dès les premiers jours de 2021. Nous avons enregistré sur la plateforme d’enchères d’iDealwine, le 7 janvier, un prix record sur une bouteille de collection, un hermitage La Chapelle 1949 de la maison Jaboulet, adjugé 3 819€ à un amateur anglais.

V.T. Voilà qui répond déjà doublement à la question que j’avais en tête sur la manière dont le marché débute l’année, et quid du marché anglais post-Brexit ?

Oui, je vous confirme que l’année a débuté sur les chapeaux de roues en matière d’enchères ! En dépit d’un contexte que l’on pourrait imaginer attentiste, les amateurs restent à l’affut. A la clé, des niveaux de surenchère qui ne cessent de croître, et des taux d’exécution inédits : actuellement, lorsqu’un amateur nous confie sa cave à vendre, 80% de ses flacons sont vendus vendu dès la première présentation aux enchères.

V.T. Et donc, le Brexit n’a pas fait fuir les acheteurs britanniques ?

Aucune fuite, pas la moindre part des anges, telles que l’appelons dans le jargon de notre métier. C’est même exactement l’inverse : en janvier les achats en provenance de Grande Bretagne ont bondi de 122% par rapport à l’année dernière, tandis que le nombre de clients augmentait de plus de 50%.

En dépit du BREXIT, et même si le marché anglais regorge de vins français de grande qualité, les amateurs sont toujours aussi présents, en quête des vins rares qu’ils peuvent trouver dans les ventes aux enchères.

Le Royaume-Uni représente le deuxième pays à l’export pour iDealwine, c’est important de le souligner car l’Angleterre, et plus généralement, les pays européens constituent des marchés extrêmement dynamiques (l’Europe a absorbé 38% de nos ventes 2020).

En revanche, des incertitudes et difficultés demeurent sur les aspects logistiques et douaniers. Il va falloir encore un peu de temps pour affiner ces points pour que le marché retrouve sa fluidité. Mais nous expérimentons déjà des solutions pour nos clients britanniques.

V.T. Concentrons-nous donc sur les vins de la vallée du Rhône, et particulièrement sur sa partie septentrionale dans un premier temps. En quoi sont-ils éligibles au placement ?

La région véhicule une image de vins puissants et taillés pour la garde, un critère de choix en matière de placement puisqu’il ne s’agit pas d’un investissement de court terme. Mais attention, nous allons voir que la capacité de garde ne concerne pas uniquement les vins puissants et lourds. Certaines icônes se distinguent au contraire pour leur finesse.

V.T. Pourquoi en parle-t-on si peu ?

La raison principale est que le Rhône, en proportion des vins présentés aux enchères, vient après les deux régions majoritaires dans les ventes que sont Bordeaux et la Bourgogne. Ces deux régions se disputent la première place en volume de flacons échangés et en valeur des ventes générées aux enchères.

En 2020 sur la plateforme d’iDealwine les vins de la vallée du Rhône ont représenté 12,8% de la valeur des ventes, pour 14,5% des flacons adjugés.  Dans le même temps, Bordeaux et la Bourgogne totalisaient à elles deux 2/3 des adjudications.

V.T. Nous allons rentrer dans le détail du choix des vins, mais déjà, cela signifie-t-il qu’il faut consacrer cette proportion, autour de 15%, aux vins de la vallée du Rhône dans une cave de placement ?

La répartition des vins adjugés aux enchères est un bon indicateur, mais surtout pas une règle absolue. La constitution d’une cave dans un objectif patrimonial doit avant tout correspondre aux goûts de l’amateur. Il faut orienter ses choix en fonction de ses inclinations, ne serait-ce que pour le cas où la valorisation ne serait pas au rendez-vous 😊.

V.T. Alors, parmi ces vins de la vallée du Rhône, par quoi commence-t-on ?

Si vous considérez le sujet « par le haut », sachez que vous allez trouver dans cette région une concentration de vins iconiques hors normes. Du nord au sud, les vins de légende côtoient des signatures plus confidentielles, qui méritent toute l’attention des amateurs.

V.T. L’hermitage La Chapelle est l’une de ces légendes…

Oui, mais plus au nord de la région encore, vous trouvez des appellations mythiques de chaque côté du fleuve : Côte-Rôtie, tout au nord, sur la rive droite, une AOC passionnante par la diversité de styles qu’elle propose. Parmi les grands classiques, parvenus au rang d’icônes, la trilogie de la maison Guigal, La Turque, La Mouline, La Landonne se démarque. En décembre, le millésime de référence, 1978 d’une bouteille de côte-rôtie la Mouline a été adjugé 2 702€. Autre grande signature, Jamet, avec sa Côte Brune 1991 vendue 2 517€. Mais vous avez aussi une poignée de producteurs qui méritent toute l’attention des amateurs car ce sont les étoiles de demain (et même d’aujourd’hui d’ailleurs !) : Jean-Michel Stephan, Ogier, Rostaing… et Benetière se détachent dans les enchères.

En-dessous de Côte-Rôtie, on trouve une toute petite appellation (4 ha), Château Grillet. D’ailleurs seules une cinquantaine de bouteilles se sont échangées sur la plateforme d’iDealwine l’année dernière. Une rareté qui mérite d’être recherchée compte tenu du travail effectué ces dernières années pour réhabiliter ce petit bijou de vignoble.

V.T. Parmi les légendes, on a donc également la fameuse colline de l’Hermitage….

Attendez ! toujours sur la même rive du fleuve, vous avez la magnifique appellation de Saint-Joseph, que Jean-Louis Chave, mondialement réputé pour ses vins de l’Hermitage, s’attelle à remettre en lumière. Parmi les noms à suivre on peut citer Gonon, Gangloff, Coursodon, mais aussi, dans la mouvance nature qui a le vent en poupe, Hirotake Ooka avec le Domaine La Grande Colline ou le domaine Dare et Ribo.

V.T. Décidément, la rive droite regorge de pépites, nous en avons fait le tour ?  

Non ! Last but not least, soulignons l’attrait pour les vins de Cornas. L’appellation est auréolée par quelques grands noms tels que Auguste Clape ou Alain Voge et, toujours dans l’esprit nature, Thierry Allemand, et deux noms à suivre, les domaines du Coulet et du Tunnel. Il est intéressant de souligner que les signatures plébiscitées dans les ventes sont celles qui proposent des modes de vinification respectueux de l’environnement, en dépit de conditions d’exploitation délicates. L’inclinaison des pentes rend bien sûr impossible toute mécanisation des tâches.

V.T. Terminons par l’Hermitage, un vin que vous recommandez dans un « portefeuille » vin, j’imagine

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Oui, bien sûr, une appellation extraordinaire, mise en lumière par la maison Jaboulet, bien sûr, avec son hermitage La Chapelle dont plusieurs millésimes dépassent allègrement le seuil des 1000€ (1990 : 1277€, 1978 : 1228€). Autre figure de la colline, Jean-Louis Chave, connu pour la rareté de sa cuvée Cathelin, produite uniquement dans les très grandes années, et que le producteur ne souhaite plus commercialiser ; on ne retrouve plus dans les ventes aux enchères que des flacons collectors (1990 : 6 140€, 2000 : 5 158€).

La colline compte plusieurs grandes maisons à la réputation établie, telles que Delas ou Chapoutier, ce dernier pouvant se targuer d’exploiter des parcelles magiques, le Pavillon, l’Ermite, le Méal, ou l’Orée, avec, à la clé, des adjudications aux enchères qui dépassent les 1000€ dans les grandes années. Plus confidentiels, Sorrel, Faurie, et à nouveau Dare et Ribo se distinguent. Notons que certains de ces signatures et aussi le domaine Graillot exploitent des vignes dans l’appellation voisine de Crozes-Hermitage, avec à la clé des vins prêts à boire peut-être un peu plus rapidement, délicieux de jolie garde et de grande qualité.

Voici un premier aperçu de ce que le Rhône peut proposer de formidable au nord de son vignoble.
Et il faudra patienter un peu pour aller explorer le sud de la région, pour identifier les vins qui doivent absolument figurer dans la cave d’un amateur… Rendez-vous dans une prochaine édition !

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