Interview BFM | Effets du gel et premières impressions du millésime 2020 à Bordeaux

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Il y a quelques jours, Angélique de Lencquesaing répondait aux questions de Cédric Decoeur sur BFM Business, dans l’émission 100% Patrimoine. Au programme, les conséquences des récents épisodes de gel sur le marché des grands crus, et aussi, les premiers retours sur les dégustations du millésime 2020, à Bordeaux.

Voir l’interview BMF Business d’Angélique de Lencquesaing

Cédric Decoeur : Cruel paradoxe que ces photos splendides que nous avons vues se répandre sur nos fils d’actualités lors des épisodes de gel de début avril….

Nous avons en effet assisté à « La plus grande catastrophe agronomique de ce début de siècle » selon les termes employés par Julien Denormandie, notre Ministre de l’Agriculture.

La précocité du millésime, avec un mois de mars favorable à l’éclosion de la vigne, ce que l’on appelle le débourrement, rend plus fragile les bourgeons en cas de gel.

Qu’un épisode de gel survienne début avril, ce n’est pas en soi une nouveauté. Qu’il touche le vignoble, ce n’est pas non plus la première fois. En revanche, ce que l’on constate, c’est une récurrence de plus en plus forte de ces épisodes. Celui d’avril revêt à plusieurs titres un caractère tristement exceptionnel :

  • Il a touché pratiquement tous les vignobles, même si certains ont été relativement épargnés par le calendrier de floraison des cépages plantés
  • Il a été plus intense que d’autres années, les températures ont chuté bien en deçà de 0°.

Les vignerons, à force, ne sont pas équipés pour lutter contre le gel ?

Certains vignerons, notamment à Chablis, sont malheureusement coutumiers du fait. Ils ont adopté des techniques pour lutter contre le froid. Ces bougies que vous avez vues, les bottes de foin que l’on fait flamber pour éviter, au lever du jour, que le soleil grille définitivement les bourgeons touchés par le gel durant la nuit. L’aspersion d’eau pour créer une coque de gel protectrice…

Et même, dans les vignobles les plus prestigieux, l’emploi de câbles chauffants, les tours éoliennes ou les passages en hélicoptère pour brasser l’air et faire disperser l’air froid plaqué au sol.

Tout cela, quand les températures dégringolent jusqu’à -7, -8°, tout cela se révèle parfaitement inutile.

Quel sera l’impact de cet épisode pour les vignerons ?

A vrai dire il est encore un peu tôt pour le dire. Après le gel, certains pieds sont littéralement brûlés.  D’autres vignes peuvent révéler des surprises. Les contre bourgeons, pour certains moins qualitatifs permettront tout de même de récolter quelques raisins. La FNSEA évalue à un tiers le bilan des pertes, soit 2Mds d’euros de chiffre d’affaires envolé. Mais dans certains vignobles, on parle de 80 à 100% de pertes. C’est le cas dans certaines zones du Languedoc, au sud de Bordeaux (Sauternes, Entre-deux-Mers), en Bourgogne (chardonnays), dans la Loire… jusqu’en Provence !

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Comment vont-ils pouvoir lisser les pertes à venir ? Vont-ils répercuter les conséquences de cet épisode de gel sur les prix ?

Certains sont assurés, d’autres ne peuvent s’offrir ce confort. Bien sûr, dans une année de petite récolte la tentation est grande d’augmenter les prix pour compenser les manques de volume. Toutes les régions, tous les producteurs ne peuvent s’offrir ce luxe, à moins d’une demande nettement supérieure à l’offre, ce qui est le cas dans certaines régions.

Prenez la Bourgogne, par exemple, ses chardonnays ont particulièrement souffert, à Chablis mais aussi en Côte de Beaune. Les vins blancs sont déjà rares, et recherchés. Ils vont devenir introuvables… et peut-être plus chers.

Certains vignerons ont fait le choix de conserver les stocks qu’ils n’avaient pas encore commercialisés, pour lisser sur une plus longue période la vente de leurs vins. A la clé, l’objectif est de ne pas disparaître complètement du marché. Tous ne peuvent pas s’offrir le luxe de refuser des commandes.

En Champagne, les pertes sont compensées par les stocks disponibles. C’est cela, la véritable assurance des producteurs. Avec ces stocks, ils composent chaque année leur cuvée non millésimée, le Brut sans année, ils lissent les effets et les risques d’un millésime.

Avez-vous constaté des pénuries dans certains domaines ?

Effectivement, certains domaines ne répondent pas aux demandes de réassort. Face à cette pénurie, les amateurs sont très présents se tournent vers d’autres domaines – c’est le risque – car ils continuent de compenser la période de fermeture des restaurants par des achats soutenus de vins à déguster chez eux. Si le prix moyen reste stable (juste en dessous de 50€), les volumes de vente ont bondi de 60% en mars sur la plateforme d’iDealwine. C’est signal positif pour le secteur de la production de vin, tout de même.

Les prix vont-ils augmenter ?

Là, c’est une équation à plusieurs inconnues que vous me demandez de résoudre. Vous avez d’un côté, les stocks disponibles (ou pas). De l’autre, une politique de prix qui dépend de la notoriété, et de la désirabilité de la région, de l’appellation, du domaine, ou même du nom du vigneron. Ajoutez à cela un facteur exogène, de taille : la situation économique. Covid, confinement, commerce mondial, contexte propre à chaque pays, taxes…

Rien de bien positif côté économique….

Si ! Car les épargnants en quête de placements alternatifs s’intéressent de près au vin, en tant qu’actif patrimonial. D’où l’intérêt de suivre de près les comportements des amateurs les plus aguerris en la matière, ce qu’ils achètent en priorité et la façon dont ils répartissent leurs achats, selon les régions et les millésimes. C’est l’objectif du Baromètre des enchères de vin qu’iDealwine vient de publier. Le suivi de marché que nous effectuons chaque mois ici, région par région, pour évaluer les performances de chaque région et identifier les domaines les plus prometteurs constituent de précieux indicateurs également.

Vous parlez notamment de Bordeaux, première région échangée dans les ventes aux enchères, en volumes. Autre sujet du moment : les primeurs de Bordeaux… les dégustations ont démarré, comment s’annonce le millésime 2020 ?

La qualité d’un millésime est intimement liée, bien sûr, à la climatologie observée durant l’année. Celle-ci détermine non seulement la qualité de la vendange, mais aussi les volumes produits. Viennent s’y ajouter des facteurs économiques qui contribuent à former la décision sur les prix de vente. Mais nous n’en sommes pas encore là.

L’année 2020 a été belle, souvenez-vous du printemps confiné, si frustrant…

Oui, mais tout n’a pas reposé sur les semaines confinées de mars-avril 2020 ! Certes, vous vous souvenez du grand ciel bleu que vous observiez de votre fenêtre durant le premier confinement, de l’été très beau, et chaud. L’essentiel de la réussite tient, ainsi que le disent les vinificateurs, à la gestion de la « contrainte hydrique ».

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A savoir ?

Au printemps, la vigne s’est développée vigoureusement, elle a accumulé 2 à 3 semaines d’avance sur son rythme habituel. Puis, elle a engrangé des pluies importantes jusqu’à la mi-juin. Une humidité forte, les sols étaient gorgés d’eau. Et c’est ce printemps humide – avec à la clé, le développement de maladies telles que le mildiou ou l’oïdium – qui a toutefois permis de faire des réserves d’eau. Des réserves bienvenues quand il a fallu affronter les températures caniculaires de l’été. Car Bordeaux n’a pas vu une goutte d’eau pendant près de deux mois. Seul un orage au milieu du mois d’août qui a permis de faire retomber la pression. La vigne doit subir cette contrainte pour arrêter de pousser et laisser la place à la maturation des baies. Mais elle ne doit pas être soumise à ce fameux « stress hydrique » qui bloque complètement son activité.

Interview-Angelique-BFM-investissement-primeurs-millesime-2020-4Le millésime est donc technique ?

Il n’a pas été de tout repos effectivement !  Il a fallu faire des choix en permanence : adapter la taille de la vigne, que certains choisissent de soulager par des vendanges « en vert », limiter l’effeuillage pour éviter aux raisins de griller au soleil…

Et, plus tard, décider de la date des vendanges. Celle-ci s’est révélée cruciale car il a plu de façon importante à partir du 24-25 septembre.

Oui, mais avec la précocité du millésime, ce n’était plus très grave ?

Tout dépend des cépages – et là le merlot a pris l’avantage sur les cabernets sauvignon, qui murissent traditionnellement plus tard et sont vendangés en dernier.

Tout dépend aussi des sols : cette année, les sols argileux et argilo-calcaires – avec l’effet éponge qu’ils ont joué pour contrer la canicule – sont sortis gagnants du millésime.

Finalement, quel est le résultat sur la qualité des vins, peut-on dresser un profil général du millésime 2020 ?

Des volumes satisfaisants pour les domaines qui présentent ces caractéristiques (merlots, sols argileux, même si c’est un peu réducteur). La rive droite en a clairement bénéficié. Dans le Médoc, les pertes sont plus importantes, la nécessité de trier la vendange a fait chuter les rendements jusqu’à 30%. Le millésime est de belle facture, avec des profils charmeurs à Pessac Léognan, de grands vins, plus sérieux sur la rive droite (Pomerol et Saint-Emilion), d’une facture noble qui vous met à distance ; beaucoup d’émotion, il faut le dire, en dégustant certains flacons… Le profil est à l’élégance, une certaine retenue, une grande densité. Un beau millésime bordelais.

Et une belle surprise en termes de prix aussi ?

A Bordeaux il se dit que l’heure n’est pas à parler de prix. La campagne s’annonce longue, en tout cas pour les plus grandes signatures. 2019 était une année attractive, les prix devaient baisser compte tenu du contexte. Par ailleurs Bordeaux abordait une phase de reconquête : des vins prêts à boire plus vite, des prix plus attractifs. Le marché n’ose en rêver.

 

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