Interview BFM Business | Comment se porte le marché des enchères de vin ?

Interview-BFM---Juillet-2020-Etat-marche-vin

Chaque mois, Angélique est l’invité de Cédric Decoeur et de Guillaume Sommerer dans l’émission Intégrale Placements, sur BFM Business. Elle y commente les dernières tendances du marché des grands vins, vus sous un angle patrimonial. Interview.

Comment s’est achevé le premier semestre sur la plateforme d’iDealwine ? Les enchères de vin ont-elles bien résisté durant la période de confinement puis du déconfinement qui a suivi ?

Aux enchères, comme ailleurs, la période a été, et demeure bien singulière… Sur la plateforme d’iDealwine, les performances ont évidemment été profondément impactées par le virus. Nos ventes aux enchères enregistrent une légère baisse à fin juin 2020 (-2%), heureusement compensées par le dynamisme des achats en direct des domaines.

A cet égard, trois points méritent d’être soulignés :

  • La part « Enchères » de notre activité était en très forte croissance à fin février 2020 (+31%). Elle a ensuite subi de plein fouet les effets du confinement, non pas en raison du désintérêt des amateurs de vin mais plutôt de la chute des stocks disponibles à la vente : un Lab’ d’expertise fermé, entrainant l’interruption des entrées de cave en vue de leur mise en vente. Et ce, pendant deux longs mois de confinement. Depuis le 11 mai, l’activité reprend avec une montée en puissance impressionnante, mais les effets sur nos ventes (pour la partie enchères) ont été nets : -2% à fin juin.
  • Le modèle des enchères en ligne – 100% digitales – a été pleinement validé pendant le confinement, et même après, regardez ce qu’il se passe à Drouot. Les amateurs ont plébiscité nos ventes. Conséquence : en raison d’une explosion du trafic sur la plateforme (+51% au premier semestre), les taux d’exécution n’ont jamais été aussi élevés que durant le confinement. Ils sont actuellement de l’ordre de 80%. Les amateurs vendent ainsi plus rapidement, et mieux, leur cave.
  • Du fait de la raréfaction des vins disponibles aux enchères, les amateurs ont diversifié leurs achats, ventes en achat direct, que nous avons encouragées en soutenant les vignerons par nos achats, ont explosé. +75% en volume, +64% en valeur.

Avez-vous constaté des évolutions parmi les amateurs qui achètent du vin aux enchères ? Avec un impact sur la typologie des vins vendus ?

Les crises ont une vertu. – après celles de 2002, 2009, 2011, celle du Covid n’est pas la moindre de celles que nous avons eu à affronter -, nous éprouvons la robustesse de notre modèle qui ne repose pas seulement sur un type de clientèle. Parmi les amateurs on trouve des particuliers et des professionnels, des Français – environ la moitié – et des enchérisseurs étrangers, puisque nous vendons habituellement dans 60 pays.

Les Français ont renforcé leurs positions (55% du CA total) et les ventes en France ont progressé de 10% au premier semestre. Dans le même temps, l’Asie – première zone à l’export – s’est montré plus frileuse (-11%), pour des raisons à la fois sanitaires et économiques bien sûr, mais aussi politiques, ce qui ne date pas du virus. Les ventes aux USA sont également impactées, notamment par le sujet des taxes à l’importation. Ce pays enregistre une légère contraction de nos chiffres. En revanche, la bonne surprise vient des pays d’Europe. Une zone qui s’est révélée très dynamique au premier semestre (+33%).

Et donc, quel impact avez-vous constaté sur la typologie des vins vendus ?

 

Un point important : il est intéressant d’observer comment sont représentées les différentes régions viticoles dans les ventes aux enchères. Une excellente indication de la façon dont les amateurs doivent répartir leurs achats pour constituer une cave dans un objectif patrimonial.

Pourquoi ?

 

Parce que le marché des enchères dispose de deux atouts :

  • Il constitue un formidable poste d’observation de la manière dont se comporte les plus pointus de nos clients ; ce marché préfigure les évolutions à venir.
  • Et parallèlement, les enchères constituent LE canal de revente le plus à même de valoriser les vins, compte tenu de l’exposition mondiale dont bénéficient les vins. La revente s’effectue alors à un prix d’équilibre entre l’offre et la demande.

Donc, cette répartition ?

Première observation : la part des grands crus de Bordeaux aux enchères poursuit sa décrue. Même si, en volume, Bordeaux demeure la première région représentée dans les ventes (36%), Bourgogne prend la tête de la course et représente désormais 35% de la valeur des vins adjugés au premier semestre (contre 34% pour Bordeaux).

Ces deux grandes régions traditionnelles continuent tout de même à former l’essentiel de ce qui se vend aux enchères…

Oui, mais on constate une baisse de la part de ces deux régions traditionnelles. Bordeaux et la Bourgogne, historiquement prépondérantes, voient leurs parts cumulées diminuer de mois en mois au profit des autres vignobles (66% à fin 2019, 62% à fin juin 2020). Le Rhône progresse en volume et en valeur (15% des enchères), le Languedoc Roussillon et les vins étrangers voient croître les volumes échangés, tandis qu’en Champagne c’est la valeur des vins qui s’apprécie. Rien n’est figé mais ce qui est frappant c’est que les mouvements s’accélèrent. En 2017 Bordeaux représentait plus de 50% des échanges. Il est aujourd’hui crucial de diversifier sa cave.

C’est tout de même dans ces deux régions, Bordeau et la Bourgogne que vous enregistrez les plus belles enchères ?

Dans le palmarès des 20 flacons les plus chers du semestre (où nous ne retenons, précisons-le, qu’un seul vin par domaine, le plus cher) la Bourgogne compte huit places dont la première, occupée sans surprise par une romanée-conti 2009 vendue 16 578€ ; Bordeaux occupe 5 places de ce classement avec Petrus, en magnum, adjugé 8 228€ dans le millésime 2000. Si le Rhône est sous représenté (une seule place, la cuvée Cathelin 1990 de chez Chave en Hermitage), on trouve deux rares flacons de Champagne, respectivement signés Dom Pérignon et Krug.

Vous suggérez donc de rester dans le très classique, au fond…

Pas du tout, il y a des outsiders dans ce classement !

Deux points à souligner, qui sont révélateurs des tendances actuelles sur le marché des grands crus :

  • Premièrement, la présence à la 11ème place du premier millésime de la Grange des Pères, un languedoc star, adjugé 5035€ dans le millésime 1992. Le signe qu’une diversification bien orchestrée, et des choix à l’achat alliant excellence et rareté, se révèlent payants.
  • Et deuxièmement, la présence de trois spiritueux parmi les 20 flacons les plus chers. Deux whiskys, dont un japonais, et un cognac. Le phénomène n’est pas nouveau, nous avons toujours vu les amateurs se passionner pour les cognacs, armagnacs et chartreuses. Le Whisky, c’est plus récent. Une tendance lourde à retenir dans le cadre d’un achat à caractère d’investissement.

Pour finir rapidement, faut-il glisser des primeurs 2019 dans sa cave ?

2019 a été un millésime acrobatique à goûter avant les ventes en primeur, mais qui s’est révélé de très haute qualité. Les prix sont annoncés en baisse de 18 à 20%. Une diminution tarifaire qui peut parfois s’avérer faciale, car les prix des vins avaient beaucoup augmenté ces dernières années dans certaines propriétés. Donc avec discernement, il est intéressant d’avoir du 2019 dans sa cave mais prudence ; munissez-vous des bons outils pour cela ! En comparant les prix avec ceux des beaux millésimes livrables et disponibles, par exemple ; pour cela, vous connaissez la cote 😉. Donc, dans les proportions indiquées pour coller aux attentes du marché (environ un tiers de vins de Bordeaux) la réponse est qu’il pourra s’avérer à terme intéressant d’avoir du Bordeaux 2019 en cave puisqu’il s’agit d’une grande et belle année de garde.

 

TOP 20 des flacons les plus chers adjugés sur iDealwine au premier semestre 2020

Rang Région | Type Vin Adjudication Prix TTC
1 Bourgogne 1 Bouteille Romanée-Conti GC – Domaine de la Romanée-Conti 2009 16 578 €
2 Bourgogne 1 Bouteille Musigny GC – Domaine Georges Roumier 1990 9 824 €
3 Bordeaux 1 Magnum Petrus 2000 8 228 €
4 Bourgogne 1 Bouteille Montrachet GC – Domaine Leflaive 2006 7 122 €
5 Rhône 1 Bouteille Hermitage Ermitage Cuvée Cathelin – Domaine Chave 1990 6 140 €
6 Bordeaux 1 Magnum Château Latour 1949 6 017 €
7 Champagne 1 Bouteille Champagne Dom Pérignon rosé 1959 5 526 €
8 Bourgogne 1 Bouteille Criots-Bâtard-Montrachet GC – Domaine d’Auvenay 2005 5 526 €
9 Champagne 1 Magnum Champagne Krug Collection 1979 5 250 €
10 Bordeaux 1 Bouteille Château d’Yquem 1921 5 133 €
11 Languedoc 1 Bouteille Grange des Pères 1992 5 035 €
12 Bourgogne 1 Bouteille La Romanée GC Comte Liger-Belair 2010 5 035 €
13 Bourgogne 1 Bouteille Richebourg GC Domaine Leroy 2009 4 666 €
14 Bourgogne 1 Magnum Gevrey-Chambertin 1er Cru Clos Saint-Jacques – Armand Rousseau 1999 4 421 €
15 Bourgogne 1 Bouteille Corton-Charlemagne GC – Domaine Coche Dury 2005 4 298 €
16 Spiritueux 1 Bouteille Whisky Japonais Hibiki 30 ans Suntory 4 298 €
17 Bordeaux 1 Jeroboam Château Mouton Rothschild 1994 3 500 €
18 Bordeaux 1 Bouteille Château Le Pin 2000 3 438 €
19 Spiritueux 1 Bouteille Whisky Highland Single Malt 25 ans The Macallan Anniversary Malt 1962 3 193 €
20 Spiritueux 1 Bouteille Cognac Delamain Le Voyage de Delamain Grande Champagne 3 150 €

 

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