Histoire de la vigne : le vin en Gaule à l’époque romaine

Temple d’Auguste et de Livie, à Vienne

Poursuivons notre périple aux origines de l’histoire de la vigne et du vin, avec un zoom sur la Gaule, au temps des romains…

Buveurs de bière avant tout, les Gaulois – et ceux de la Méditerranée principalement – doivent se contenter, avant l’essor d’une viticulture de qualité jusque sous les latitudes septentrionales du pays, des vins importés d’Italie, de Grèce ou des pays de la Mer Égée essentiellement, et de ceux produits dans la Narbonnaise.

Cette région méditerranéenne est en effet la seule à produire du vin au début de notre ère. Avant l’invasion romaine, au début du VIè siècle avant J.C, la viticulture importée par les fondateurs de la colonie grecque de Marseille se circonscrit alors à d’étroits espaces proches du littoral. Il faut attendre le début du Ier siècle av. J.C pour voir apparaître l’essor d’une viticulture commerciale, principalement entre les Cévennes et la Méditerranée.

Nostri homines et gentes : deux poids deux mesures

L’arrivée des Romains en Gaule marque les débuts du commerce du vin à l’intérieur de cet espace ; les vignobles sont synonymes d’enrichissement et le vin sert de monnaie d’échange contre des denrées ou des esclaves. « L’ambition de faire fortune au moyen du vin était commune à bien des membres de l’aristocratie romaine » écrit Roger Dion*. Les romains protégèrent donc leurs citoyens et seuls ceux-là avaient le droit de planter de la vigne ; le tout pour donner d’avantage de valeur aux oliveraies et aux vignobles des ressortissants romains de plein droit. Ainsi les gentes se voyaient-ils refuser toute participation à la richesse produite par les vignes et les oliviers.

Le puissant vignoble de Narbonnaise fournissait, au Ier siècle avant notre ère, une partie des vins qui partaient à l’intérieur de la Gaule. Le reste venait de l’Italie, large pourvoyeuse de vins, d’ailleurs vendus à prix d’or aux Gaulois. Incapable de croître vers le Nord, le vignoble méditerranéen manquait de volumes. La frontière des Cévennes marque une barrière à la fois climatique et géographique infranchissable à cette époque. Au-delà, la vigne mûrit difficilement et le climat semble peu engageant pour des Romains adeptes de douceur de vivre !

Il est intéressant de noter que César lui-même, dans son récit De bello gallico, ne fait aucunement mention de vignobles dans la Gaule celtique ce qui prouve qu’il n’y en avait pas. Car on sait combien le vignoble est important dans le sort d’une bataille. Ainsi, « jusqu’à la fin du règne d’Auguste au moins, le trafic du vin, dans la Gaule extérieure à la Narbonnaise, conserve les caractères d’un commerce d’importation ». ** De nombreuses traces d’amphores ont ainsi été retrouvées, jusque vers Nuits-Saint-Georges, et deux points importants ont été mis au jour à Chalon-sur-Saône et à Orléans, où des citoyens romains s’étaient établis pour faire commerce du vin.

Les deux routes du vin à l’époque d’Auguste

Deux voies navigables permettaient aux vins de gagner la Gaule intérieure : la voie de Toulouse (Tarn et Garonne et les voies fluviales du Bassin Aquitain) et la voie rhodanienne sur le Rhône. La première passait par le vignoble de Gaillac, l’autre parvenait jusqu’à ceux de Côte-Rôtie et de l’Hermitage, alors deux avant-postes puissants de la viticulture narbonnaise. En effet, il fallait repousser les limites de la vigne vers le Nord !

On peut donc affirmer qu’à Bordeaux par exemple, on y buvait les vins de Gaillac et de Narbonne, bien avant que la région se mit à produire son propre vin. Les chauds versants de Côte-Rôtie et de l’Hermitage offraient eux aussi de merveilleux écrins à la culture de la vigne.

Jamais alors la vigne n’était remontée si au Nord.

A l’époque impériale romaine, le territoire des Allobroges (grosso modo le département de l’Ain actuel) constituait un vignoble très réputé, situé autour de la ville de Vienne. D’ailleurs il est vraisemblable qu’Auguste octroyât des privilèges à ses administrés, admettant même certains au rang de citoyen romain, pour leur permettre de planter et de cultiver la vigne. La viticulture se développa alors ici grandement, préfigurant la propagation de la vigne vers le Nord.

* Roger Dion, Histoire de la vigne et du vin en France, des origines au 19e siècle, CNRS Editions.

** ibid. p 102.

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  • Voir les commentaires (2)

  • camille camille

    Bonjour,
    tout d’abord, merci pour cette série d’articles très intéressante, qui donne bien envie de creuser le sujet plus avant. Vous faites allusion au rôle « bien connu » du vignoble dans le sort des batailles à l’époque romaine,pourriez- vous préciser à quoi vous faites allusion? Est-ce à dire que la boisson en galvanisant les troupes leur donne plus d’ardeur au combat, ou que la présence d’un vignoble sur une terre contribue à lui donner plus de valeur et donc à en faire un enjeu supplémentaire des combats?

  • Véronique Raisin

    Bonjour Camille et merci de votre intérêt pour cette série historique ! Effectivement, comme vous le pressentiez, la présence d’un vignoble peut jouer du sort d’une bataille, les celliers proches étant une tentation certaines pour les hommes. Concernant César, il est logique que s’il avait croisé des vignes sur son chemin, dans la partie Nord de la Gaule, il les aurait mentionnées. Les pillages de celliers étant monnaie courante, les Romains eux aussi ne se seraient pas alors gênés… Mais les Gaulois de cette partie-là buvaient plutôt de la bière.

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