Gloria in excelsis vino

gloriaLe  jeune château Gloria, propriété de Jean-Louis Triaud (également connu comme patron des Girondins et gendre de Henri Martin, à l’origine de la renaissance du vignoble), fêtait il y a quelques jours ses 70 ans, en même temps que ceux de son hôte : Alain Senderens. Pipoles et journalistes avaient été conviés de longue date pour une symphonie en rouges d’anthologie.

L’autre propriété familiale, château Saint-Pierre, 4e cru classé de Saint-Julien, était de la partie. En première mi-temps, une dégustation verticale des 2004, 2005 et 2006 permit de se faire une certaine idée des derniers millésimes, en écho à ceux qui allaient bientôt être servis au déjeuner (le château Bel-Air, un haut-médoc également dans le giron des Triaud depuis trente ans, fit une belle prestation).

Le maestro avait planché dur, c’est certain : les accords présentés furent de haute volée.

L’entrée en matière surprit par son audace : du navet. Dieu que c’est démodé. Celui-là était du Pardailhan (un terroir à navet languedocien), cuit en trois façons : en purée, entier et en palais. L’association autour de l’amertume fut sublime.

Château Gloria 1979 l’entoura de ses bons soins : une évolution patente, mais néanmoins un vin encore vivace, frais et long, délié, sur des arômes tertiaires  délicatement réglissés, acheva de séduire l’assemblée.

Suivirent des suprêmes de grouse d’Écosse, volatile apprêté en viennoise, au caractère giboyeux prégnant. Loin de se laisser démonter par la puissance du coq de bruyère, Saint-Pierre 1989 contra généreusement la texture ferme de la viande par un velouté des plus épanouis et une tendreté avenante. Plus fatigué à la robe que certains grands crus, ce 89 démontrait encore une belle énergie.

Vint le fromage. Méfiance car les doctes préconisent le vin blanc. Les plus audacieux ou les moins sceptiques continuent de voir rouge, à condition de rester fidèle. Au saint-nectaire. Escorté de lamelles de champignon de Paris cru, de pain toasté, l’accord mets et vins se joua en deux rounds : autour des arômes de sous-bois, de mousse, et sur les textures, entre le croquant du pain et le moelleux de la pâte. Tout simplement parfait !

Fin du temps réglementaire avec un dessert 100% chocolat : bonbon et tartelette face à un Château Gloria 1989 tout en velours et retenue. Il fallait oser. Ce le fut. Bravo.

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