Export de vins et spiritueux : des chiffres records, mais en trompe l’œil

Export 2015 vins et spiritueuxLes exportations françaises de vins et spiritueux ont atteint le  « niveau historique » de 11,7 milliards d’euros en 2015, après deux années de légère baisse. Pourtant, malgré cette embellie apparente, la France ne cesse de perdre des parts de marché dans ce secteur et les volumes (en nombre de caisses) continuent de diminuer.

Une croissance en valeur, mais une baisse en volume et en parts de marché :

La Fédération des exportateurs (FEVS) a livré le bilan des exportations françaises de vins et spiritueux de l’année 2015 la semaine dernière, soulignant son niveau record1. Les exportations 2015 sont en effet supérieures de presque un milliard d’euro à celles de 2014, soit une augmentation de 8,7% en valeur : 11,7 milliards d’euros en 2015 contre 10,8 milliards d’euros en 2014 (et 11,1 milliards d’euros en 2013). Plus précisément, ces 11,7 milliards d’euros d’exportation sont répartis à plus de 9,7 milliards pour les vins (+ 6,7 %) et 3,7 milliards pour les spiritueux (+ 12,3 %).

Ces chiffres sont effectivement très bons … En valeur absolue du moins. Pour ce qui concerne les parts de marché, celles-ci reculent, tant en valeur qu’en volume, poursuivant une tendance lancée avant 2000 : les parts de marché atteignent 30 % en valeur en 2015 alors qu’elles se situaient à 45 % en 2000. « On augmente nos ventes, mais moins que nos concurrents », résume Christophe Navarre, président de la FEVS.

En effet, si les exportations augmentent en valeur, elles diminuent pourtant en volume avec une baisse de 3,6% par rapport à l’année précédente : 188 millions de caisses (ndlr : 1 caisse = 12 bouteilles), contre 195 millions en 2014 et 200 millions en 2013.

Le secteur des vins et spiritueux reste un champion des exportations françaises :

S’il est nécessaire de relativiser les chiffres des exportations de vins et spiritueux en 2015, ils n’en restent pas moins bons et témoignent de l’importance de ce secteur dans l’économie française et particulièrement à l’international. L’export de vins et spiritueux représente en effet le deuxième secteur excédentaire de la balance commerciale française (+10,4 milliards d’euros), derrière l’aéronautique (22,2 milliards) et devant les parfums et cosmétiques (9,2 milliards d’euros). La FEVS compare par exemple le chiffre d’affaires des vins et spiritueux à l’export avec la vente d’Airbus, et pour l’année 2015, le total vendu à l’étranger équivaut à la vente de 126 appareils !
Il y a donc effectivement de quoi se réjouir du succès de nos vins et spiritueux à l’étranger, qui tient sans doute en grande partie à la qualité historique des produits, des terroirs et des savoir-faire français en la matière. Pour autant, les qualités françaises ne sont bien sûr pas les seules en cause dans ce beau résultat : les taux de change auraient en effet joué un rôle favorable, notamment aux Etats-Unis, tout comme le rebond de la demande chinoise et américaine. En effet, depuis début 2014, le cours de l’euro a perdu 16 % par rapport au dollar et 10 % par rapport à la livre sterling.

Une croissance hétérogène

Si presque tous les types de vins et appellations ont participé à cette croissance, les champagnes et cognacs y ont d’avantage contribué que les autres : ils représentent à eux deux 77% de la croissance réalisée par la filière.

L’ensemble des spiritueux représente un tiers de la valeur des exportations (3,7 milliards d’euros), principalement grâce au Cognac. En 2015, 2/3 de la valeur des exportations de vins et spiritueux sont réalisés par les bordeaux, les bourgognes, les champagnes et les cognacs, alors même que ces derniers ne représentent que 28% des volumes. Pour ce qui est de l’évolution en valeur, le cognac progresse de 19,6 %, le champagne de 12,1%, la Bourgogne de 5,1% et Bordeaux de 2,9%.

Pour la première fois, les exportations de vins français d’appellation vers les pays tiers dépassent en 2015, en volume, celles vers l’Union européenne2

Si l’on s’intéresse aux volumes, les exportations de vin ont reculé de 3,6 % : « Ces bonnes surprises ne doivent pas masquer le recul des volumes de vins pour la troisième année consécutive », a tempéré le président de la fédération. Seul le champagne tire son épingle du jeu, avec une augmentation de 4,8 % en volume. À l’inverse, les vins sans IG perdent beaucoup de terrain : 13,6 % pour les vins avec mention de cépage et même 16,6 % pour les vins sans.

 

Les principaux débouchés des exportations françaises de vins et spiritueux en 2015 : les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Chine

Les marchés étrangers auxquels sont destinées les exportations françaises se concentrent essentiellement sur une vingtaine de pays (qui réalisent l’essentiel du chiffre d’affaires, soit 88%), même si les vins et spiritueux sont en réalité exportés à destination de 202 pays. Les Etats-Unis restent le premier marché français avec 2,6 milliards d’euros, un chiffre en progression de 28%. « À eux seuls, les États-Unis expliquent 84 % de la croissance en 2015 », estime Christophe Navarre. Le Royaume-Uni reste deuxième avec 1,4 milliards d’euros, en hausse de 5%, tandis que l’Allemagne affiche un recul de 10% avec 850 millions d’euros. Enfin, le marché chinois, après deux années de repli, repart à la hausse (+23%) avec 832 millions d’euros il retrouve son niveau de 2013 : « Le marché est en train de se normaliser et on constate une augmentation des demandes de produits d’entrée de gamme. » ; « on sort des produits exceptionnels, un peu spéculatifs, pour entrer dans un marché de consommation » confirme Philippe Casteja. Singapour quant à elle, reste stable (+1%) avec 791 millions d’euros.

Des pistes pour endiguer la baisse des volumes et les pertes de parts de marché

Le bilan de la FEVS a aussi été l’occasion de proposer des stratégies pour regagner des parts de marché à l’export. Ainsi, Christophe Navarre préconise de produire davantage et sur des gammes plus larges et hétérogènes en termes de qualité et de prix et répondre ainsi à tous les niveaux de demande. Cet élargissement de l’offre permettrait notamment de mieux pénétrer les marchés émergents et notamment asiatiques, demandeurs de vins d’entrée de gamme sur lesquels la France est actuellement largement concurrencée par le « Nouveau Monde » (Chili et Australie principalement). L’accroissement de l’offre est quant à lui nécessaire principalement sur les vins d’entrée de gamme « On a perdu 17% de parts de marché en Chine à cause de vins qu’on n’a pas pu fournir« , affirme Antoine Leccia, président de la maison de négoce AdVini. « Ce sont surtout sur les vins sans IG – indication géographique – qu’on perd du terrain par rapport aux Italiens ou Espagnols« . Enfin, la FEVS met également en lumière la nécessité de faire avancer les accords de libre-échange et de faire tomber les barrières douanières le plus rapidement possible.

 

1 In « Les exportations 2015 de vins et spiritueux français », fevs.com, Conférence de presse mercredi 10 février 2016. Disponible sur fevs.com

2 In «Après deux années de baisse, rebond des exportations de vins vers les pays tiers en 2015 », Agreste Synthèses – Viticulture – Janvier 2016  – n° 2016/279. Disponible sur agreste.agriculture.gouv.fr

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