Dégustation : concours SPIT chez Bollinger, quelques heures dans la peau d’un juré

Samedi dernier, la maison Bollinger accueillait 12 grandes écoles et universités, venues s’affronter pour la quatrième édition du bien nommé SPIT, Sciences-Po International Tasting. Comme iDealwine est partenaire de ce prestigieux concours depuis son origine, les organisateurs m’avaient demandé de prendre part au jury. A leurs risques et périls. Récit d’une journée pas comme les autres.

Dans la vie d’un juré, les épreuves débutent parfois assez tôt. En route pour la gare de l’Est, le chauffeur de taxi me demande ce qui a bien pu me tirer du lit de si bon matin. Je lui raconte le concours de dégustation, les étudiants, le jury, etc.

– Donc vous êtes œnologue ?

– Non, pas exactement.

– Mais alors, qu’allez-vous faire là-bas ?

A ce stade, vous qui n’avez pas le son, notez bien le septicisme, voire la petite note de machisme qui pointe dans son propos. Je me défends comme je peux : ça fait un peu plus de dix ans que je vends du vin tout de même ! Que j’écris, de temps en temps. Que je lis, beaucoup. Que je déguste, régulièrement. J’ajoute, accessoirement, que je suis passée, moi aussi par les bancs de l’école organisatrice de ce concours. Entre nous, il n’a pas eu l’air à 100% convaincu.

J’arrive chez Bollinger, un soleil timide caresse les vignes qui ceinturent le village d’Aÿ. La Champagne s’inquiète des épisodes de gel qui ont frappé le vignoble ces jours-ci. Les étudiants sont déjà assis : jeunes gens cravatés, jeunes filles pomponnées. Tous concentrés, prêts à en découdre. 12 grandes écoles, à raison de trois étudiants par équipe, participent au SPIT 2012. Venus de toute l’Europe, ils ont franchi la première étape de la sélection : une épreuve de dissertation écrite. On ne refait pas à l’IEP. Vainqueurs de l’édition 2011, les Anglais d’Oxford sont tapis dans un angle, en embuscade. C’est l’équipe à abattre, on les aura à l’œil. Jérôme Philipon, Président de Champagne Bollinger, et Matthieu Kauffmann, chef de cave de la maison, accueillent chaleureusement les participants. Je rejoins le jury où siège également Bernard Burtschy, journaliste au Figaro.

L’organisation est parfaitement huilée. Sébastien Burel a délaissé un temps ses caméras de Vinomaniacs pour animer cette journée. Il nous aiguise les neurones (et achève de réveiller ceux qui dormaient encore un peu) avec les premières questions de l’épreuve. Les grands sujets y passent : cépages, régions, vinification… Pendant ce temps nos verres se remplissent, servis avec soin par les étudiants de Sciences Po. Trois champagnes qu’on va nous demander de classer du plus ancien au plus jeune. D’emblée, les instigateurs du concours ont placé la barre très haut. Ces champagnes sont sublimes. Normal, il s’agit de la cuvée R.D. Quand je vous dis qu’on est toujours bien reçu chez Bollinger*. Les millésimes se révèlent être 1995, 1996, 1997. Allez nous hiérarchiser ça, vous qui lisez cet article, confortablement tapi derrière votre écran ! Il n’est encore que 10 heures du matin, mais c’est déjà un crève-cœur que de recracher ces vins. Allez, on crache quand même, ça ferait mauvais effet, un jury pompette dès le début de la première manche.

Les dégustations sont entrecoupées de questions auxquelles les étudiants répondent en brandissant une ardoise. Les organisateurs déploient des trésors d’ingéniosité pour nous tendre des pièges. Pas de chance pour eux, lorsqu’il s’agit, par exemple, de situer l’Okanagan valley, la Bocconi de Milan affiche sans sourciller la bonne réponse : l’un des étudiants de l’équipe est précisément originaire de cette vallée nichée au fin fond de la Colombie Britannique !

Trois vins blancs nous sont ensuite présentés. Il nous faut repérer le chardonnay. Jusque-là tout va bien. Question suivante : le pays dudit cépage… Gloups. Les blancs sud-américains n’ont jamais été ma spécialité Celui-ci est un chardonnay chilien (Vina Aquitania 2008). Et la provenance des autres vins ? Verre de droite, l’Alsace, ça j’en suis sûre. L’air de rien, je jette un regard oblique sur la feuille de mon voisin. Après tout, un jury, ça doit travailler en équipe, non ? Nous ne sommes pas d’accord. Je tremble. Ce vin se révèlera quand même être un riesling 2009 signé Zind-Humbrecht. Soulagement. Verre de gauche ? Décidément j’ai un peu de mal avec la gauche, ces temps-ci, impossible de trouver. La Loire, sans doute ? Derrière ce mystérieux chenin se cache en effet un savennières Clos du Papillon 2006 du domaine du Closel.

Un round de questions plus tard, trois vins rouges s’avancent. Le cépage ? Une syrah, ça c’est acquis. Le vin français ? Aisément identifiable. La provenance ? Le Rhône, sans aucun doute. Bernard Burtschy n’arrête pas de dire que c’est facile. Moi, j’atterris juste à côté de la cible, en côte-rôtie. C’est un Saint-Joseph, en fait. Là, je m’en veux doublement : il s’agit de la cuvée les Serines 2010 d’Yves Cuilleron, que nous goûtons et proposons régulièrement à nos clients lors des Offres iDéales. J’aurais dû aussi me souvenir que Cyrille Jomand, président d’iDealwine, cultive une tendresse particulière pour cette appellation : son fils aîné s’appelle Joseph, c’est vous dire s’il aime ces vins. Vous comprenez maintenant pourquoi les ventes à prix fixe d’iDealwine en regorgent.

Mais le supplice ne s’arrête pas là. Il nous faut maintenant identifier les pays producteurs des deux autres syrahs. Tandis que je me débats avec les arômes gorgés de vanille, de bois et de noix de coco qui s’échappent de nos verres, mon voisin, brillant, assène, dans le bon ordre : Chili et Australie. Il a tout bon, Bernard Burtschy. La prochaine fois je copierai. A ma droite, Jérôme Philipon cultive la discrétion. Il note rapidement et retourne sa feuille dans la foulée. Impossible de tricher !

La première manche de cette finale est terminée. Les trois meilleures équipes sont sélectionnées pour l’épreuve ultime : Paris-Dauphine tient la corde, suivi d’Oxford (tiens tiens…) et de Saint Andrews. Ouf, une université française s’est qualifiée en tête de la compétition, l’honneur est sauf. On sert aux finalistes un champagne et un vin rouge. Il leur est demandé de présenter les vins et si possible, d’en déduire la provenance ainsi que le millésime. Le représentant d’Oxford s’avance. Précis, minutieux. Pas un mot en trop. Brillant. Son analyse et sa description sont parfaites. Auraient-ils par hasard caché dans leur équipe un œnologue déguisé en étudiant ? Saint-Andrews enchaîne. Là, le style est complètement différent. Manifestement, l’hédonisme est inscrit au programme de cette université écossaise : l’étudiant émaille son discours d’alléchantes propositions d’accords mets et vin. Pour finir, le représentant de Dauphine analyse les deux vins avec méthode. Ses propos sont bien structurés. Aucune équipe n’a réussi à identifier exactement les vins, un Bollinger Grande Année 2002 et un Château Palmer 1998. Mais ce n’est tout de même pas moi qui vais leur jeter la pierre.

La séance est levée, toute la petite troupe s’égaie dans les jardins de Madame Bollinger pour un apéritif au Special Cuvée. Le SPIT est terminé : bonne nouvelle, on ne crache plus. Vient ensuite un délicieux déjeuner accompagné successivement de trois cuvées de Champagne. Chacune d’elle est présentée par Matthieu Kauffmann qui sait de quoi il parle : n’oublions pas que c’est lui leur géniteur, d’une certaine manière. En entrée, le Special Cuvée, brillant porte-drapeau de la maison Bollinger. Pour suivre, une vibrante Grande Année 2002. Et, sur le dessert, voluptueux, un Bollinger rosé. Quel grand moment de convivialité !

Le jury – c’est-à-dire nous – livre son verdict à la fin du repas : l’équipe d’Oxford s’est à nouveau imposée et remporte l’édition 2012 ! J’apprendrai plus tard que les étudiants de la prestigieuse université britannique s’entraînent à la dégustation – à l’aveugle, toujours – à raison de trois à quatre séances par semaine : soit beaucoup, beaucoup plus souvent que nombre de professionnels, dont moi, bien sûr. L’université de Paris-Dauphine se hisse en deuxième position sur le podium, suivie de Saint-Andrews. Les participants se dispersent et partent à la découverte des caves de la maison Bollinger. Le train m’attend. Je m’éclipse, trop heureuse d’avoir partagé quelques heures magiques avec nos hôtes d’Aÿ, les étudiants et le jury : bravo aux organisateurs, à Sébastien Burel et Philippe-Alexandre Bernatchez, tuteurs de cette édition, et merci à Jérôme Philipon et à Matthieu Kauffmann pour leur accueil !

Bravo aussi à vous, chers étudiants, qui m’avez impressionnée samedi par votre curiosité et un niveau de connaissances qui témoigne d’une pratique déjà avérée de la dégustation. Persévérez dans votre apprentissage – en toute modération, s’entend…. L’univers du vin est un monde de culture passionnant et tellement convivial, qui vous ouvrira bien des portes : pourquoi pas celles d’iDealwine par exemple, le temps d’une dégustation, au moins ? Vous êtes les bienvenus.

Continuez à vous entrainer et… préparez-vous : qui sait, un jour, vous participerez peut-être à votre tour à un jury, vous aussi. Et vous constaterez alors qu’il n’est pas forcément de tout repos de passer de l’autre côté de la barrière. Juré… craché !

*Voir notre article Une journée chez Bollinger

Le palmarès du SPIT 2011 :

1e – Oxford

2ème – Paris – Dauphine

3ème – Saint Andrews

3ème – SDA Bocconi (Milan)

4ème (ex aequo)

  • ESCP
  • Cambridge

6ème – ESSEC

7ème – Ecole Hôtelière de Lausanne

8ème – SKEMA

9ème – Reims Management School –une équipe 100% féminine !

10ème (ex aequo)

  • London School of Economics
  • Ecole Polytechnique

Plus de photos sur : http://www.facebook.com/#!/SciencesPoInternationalTasting

A lire également :

Oxford remporte le Concours SPIT 2011 chez Bollinger

Une journée chez Bollinger

Cambridge remporte le concours SPIT 2010 chez Bollinger

En savoir plus sur la vinification du Champagne

Consultez les ventes de vin sur iDealwine

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