Bourgogne : quelles perspectives sur le front des enchères à la rentrée ?

Après un état des lieux des vins de Bordeaux dans les ventes aux enchères, quelques pistes de réflexion sur les grands crus de Bourgogne.

La rentrée des enchères de vin en BourgogneBourgogne ce qui est rare est (trop ?) cher

En Bourgogne, la crise n’a pas eu les mêmes effets qu’ailleurs. La rareté des vins produits continue à protéger nombre de grands domaines, dont la production ne suffit pas à satisfaire l’appétit des amateurs. Au cours des ventes aux enchères de cet été on a pu constater que les prix se tiennent, voire s’envolent. Quelques producteurs stars continuent à susciter un engouement qui frise la spéculation. C’est toujours le cas des domaines Roumier et Armand Rousseau pour les vins rouges, Coche-Dury et Raveneau pour les blancs. Des domaines dont il peut rester intéressant d’acquérir les millésimes récents (2005 et 2006 notamment). Mais attention, surveillez bien les cotes et les dernières adjudications enregistrées sur les vins, pour éviter, tout à l’emballement de la vente, de les surpayer. Parmi les signatures toujours activement recherchées en côte de Nuits, on trouve les vins du domaine Leroy (toutes appellations confondues), les grands « clos » (Clos de Tart, Clos des Lambrays), les gevreys-chambertin des domaines Sylvie Esmonin et Denis Mortet. Parmi les Clos de Vougeot, ceux des domaines Grivot, Anne Gros (le Grand Maupertui), Meo-Camuzet et du Château de La Tour (vieilles vignes) figurent parmi les plus recherchés. Les chambertins du domaine Trapet ont enregistré une hausse de prix ces derniers mois, mais la demande reste forte. A Musigny, la cuvée Vieilles vignes du domaine de Vogüé est systématiquement très entourée dans les ventes, de même que les vins des domaines Prieur et Mugnier.
En blanc, les domaines d’Auvenay et Anne-Claude Leflaive tiennent toujours le haut du pavé, de même que la micro-production du domaine Guffens-Heynen. Les meursaults du domaine des Comtes Lafon s’échangent à des niveaux de prix stables. A noter, en blanc, le développement d’une petite bulle spéculative sur les vins du domaine Roulot, aujourd’hui très chers.
A signaler également, l’intérêt pour les cuvées issues des parcelles dont les grandes maisons bourguignonnes sont propriétaires. Des vins qui se valorisent sur le long terme.
Chez Bouchard, citons le Beaune 1er Cru Grèves Vignes de l’Enfant Jésus et le Grand Cru Corton « Le Corton ». Chez Drouhin, le Beaune 1er Cru Clos des Mouches. Chez Louis Latour, le Corton Grancey et le Chambertin Héritiers Louis Latour (sous-coté actuellement). Chez Louis Jadot, le Chevalier-Montrachet les Demoiselles.

Looking for DRC…

Les vieux millésimes gardent la cote, notamment quand ils sont issus de domaines pour lesquels les années récentes se sont envolées aux enchères. Même au cœur de l’été, les collectionneurs n’ont pas désarmé. Les vieux millésimes du domaine de la Romanée Conti n’ont pas échappé à leur vigilance lors de la dernière vente de Cannes, qui s’est déroulée en plein mois d’août. Il faut dire aussi que, toutes appellations du domaine confondues, on ne voit plus beaucoup de flacons du Domaine aux enchères. La Tâche, Richebourg, Echézeaux, Romanée Saint-Vivant et, à plus forte raison, Romanée Conti et Montrachet : les flacons estampillés « DRC » sont aujourd’hui à peu près introuvables dans les ventes. Soucieux de limiter la spéculation qui s’exerce sur ses vins, le domaine trace en effet les bouteilles qui sortent de ses chais. Le résultat : une augmentation très forte du marché de gré à gré, plus ou moins officiel, avec le manque de transparence – et, dans certains cas, de garantie – que ce type de transaction peut impliquer. Les amateurs non allocataires du fameux domaine sont ainsi, et c’est regrettable, amenés à emprunter des chemins « parallèles » pour se procurer les flacons qu’ils espèrent un jour pouvoir découvrir, et déguster.
Et que dire des vins produits par Henri Jayer ? Ils avaient atteint des sommets avant la crise financière et l’explosion de la bulle spéculative en octobre 2008. Ils se sont fait beaucoup plus rares dans les ventes depuis que les acheteurs à la recherche d’une plus-value rapide ont, eux aussi, déserté les salles. Aujourd’hui, la situation semble s’assainir, et la demande en provenance d’Asie repart. Les vins pourraient donc à nouveau trouver preneur, et repartir sur une tendance haussière.

Et la modération des prix, alors ?
La crise ne semble pas avoir incité certains domaines à modérer leurs tarifs. Alors que la demande se fait plus hésitante, que certains clients retardent leurs paiements, voire ajournent leurs commandes, les prix de certains producteurs continuent à croître inexorablement. Certains vins sont donc aujourd’hui difficiles à vendre. C’est notamment le cas du domaine Boillot, dont les fabuleux Puligny-Montrachet, trouvent plus difficilement preneur actuellement.

Grands crus de Bourgogne
Quelques cotations à suivre
Prix (€) Variation
Chablis 1er Cru Montée de Tonnerre Raveneau 2005 75 -10%
Chevalier-Montrachet GC Domaine Leflaive 2005 300 6%
Meursault 1er Cru Les Perrières Comtes Lafon 2003 148 -20%
Meursault 1er Cru Charmes Comtes Lafon 2002 147 -8%
Meursault 1er Cru Les Perrières Coche-Dury 2000 448 7
Puligny-Montrachet 1er Cru Les Pucelles Domaine Leflaive 2002 124 5%
Bonnes-Mares GC Domaine Georges Roumier 2005 684 7%
Chambertin GC Armand Rousseau 2005 866 2%
Chambertin Clos de Bèze GC Armand Rousseau 1999 260 16%
Clos de Tart GC Mommessin 1999 173 11%
Clos de Vougeot GC Méo Camuzet 2002 150 -10%
Richebourg GC Méo Camuzet 2005 536 -7%
Richebourg GC Domaine de la Romanée-Conti 2003 835 -18%
Romanée-Conti GC 2002 4500 -9%
Romanée-Saint-Vivant GC Domaine de la Romanée-Conti 2002 447 -17%

A venir : l’analyse des vins de la vallée du Rhône et de Champagne.

A lire : L’analyse du marché des Bordeaux

Angélique de Lencquesaing


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