Baromètre 2020 | Champagne, entre prestige et dynamisme

 

 

La Champagne fait partie des régions dynamiques et qui ont progressé dans les enchères en 2019, puisque les échanges sont passés d’environ 500 000€ en 2018 à plus de 700 000€ en 2019, représentant aujourd’hui 3,25% de la valeur adjugée sur iDealwine (3% en 2018), pour 3% des volumes. Sans surprise, ce sont essentiellement les champagnes des grandes maisons qui occupent les premiers rangs des palmarès et leurs cuvées prestige se positionnent en tête des flacons les plus chers, même si la part des champagnes de vignerons augmente, dans le sillage du mythique domaine Jacques Selosse.

 

Les grandes maisons se tirent la part du lion

Le TOP 20 des domaines les plus vendus fait la part belle aux maisons de Champagne – achetant une grande partie de leurs raisins à d’autres producteurs et vignerons -, qu’elles appartiennent à de grands groupes comme LVMH (Dom Pérignon, Krug, Ruinart, Veuve Cliquot), Pernod-Ricard (Perrier-Jouët et Mumm), EPI (Charles Heidsieck), de plus petits groupes comme VrankenPommery (Pommery) et Laurent Perrier (Laurent Perrier, Salon), ou qu’elles soient restées familiales (Bollinger, Taittinger, Roederer, Pol Roger, Deutz). Ces grandes structures, mêlant souvent production en propre et production à partir de raisins achetés, restent la norme (environ 80% du marché) en Champagne. Il s’agit même de l’une des seules régions où la part de marché des coopératives et des maisons de négoce progresse au détriment de celle des vignerons, du fait d’un marché très concurrentiel et du prix élevé du kilo de raisin racheté par les maisons. Parmi les domaines les plus vendus sur iDealwine, on retrouve exactement les mêmes maisons de Champagne que les années précédentes, à l’exception de Moët et Chandon et De Venoge qui quittent le classement au profit de deux vignerons. Bollinger progresse bien, se plaçant désormais sur la troisième marche du podium, derrière Dom Pérignon et Selosse. Ici, c’est évidemment la rarissime cuvée Vieilles Vignes Françaises qui se valorise au plus haut, notamment dans le grand millésime 1990 qui a été adjugé 1 398 € la bouteille, ainsi que les vieux millésimes de R.D. On retrouve ensuite les autres maisons les plus prestigieuses, telles Taittinger, Roederer, Krug, Ruinart ou encore Salon, qui occupent des places de choix dans les palmarès des vins les plus chers grâce à leurs cuvées prestige : Comtes de Champagne chez Taittinger, Cristal chez Roederer, le Clos du Mesnil chez Krug ou la cuvée S de Salon. Pour ces maisons, la production de ces cuvées de prestige tire vers le haut le prix moyen enregistré aux enchères, celui-ci s’établissant souvent au-dessus des 200€. C’est d’autant plus vrai pour les maisons Krug et Salon, avec respectivement 408€ et 745€ de prix moyen.

Selosse, star des champagnes et portes étendards des grands champagnes de vignerons.

Comme d’habitude, certains des vignerons – ne vinifiant que leurs propres raisins – les plus reconnus se retrouvent en bonne position du classement : Jacques Selosse (#2), Egly-Ouriet (#14), Cédric Bouchard (#17) et Agrapart (#20). Enfin, les champagnes Jacquesson pourraient se classer du côté des vignerons tant leurs achats de raisins sont limités (20% de leurs besoins). Les vignerons occupent ainsi un quart du TOP 20 des domaines les plus vendus, soit deux places de plus qu’en 2018 ; sans doute le symptôme d’une tendance de fond, qui traverse toutes les régions, d’un retour aux petites productions à taille humaine. Une cuvée mondialement connue comme Dom Pérignon – qui réussit le tour de force de produire en quantités plus que significatives une cuvée à l’aura mondiale – se trouve sans surprise la marque de champagne la plus vendue sur iDealwine. 398 flacons échangés (équivalent bouteille) ont totalisé 86 000€ de ventes en 2019. Dans le même temps, le champagne « de vigneron » de la maison Selosse cumule près de 81 500€ de ventes pour une quantité bien moindre de bouteilles adjugées (266). Ce résultat témoigne d’un effet prix majeur, avec un prix moyen par bouteille de plus de 300€. Il faut dire que nous touchons là au domaine le plus reconnu et recherché de Champagne, véritable star toutes catégories de production confondues (maison ou vigneron). Ce domaine relativement petit (8 hectares) possédant de superbes terroirs tous classés grands crus et travaillés selon les principes biodynamiques vinifie naturellement ses cuvées et livre une production confidentielle et de caractère, extrêmement recherchée. Légèrement moins connus et moins prisés, les champagnes Egly-Ouriet sont bien plus abordables, mais sont eux aussi très recherchés par les amateurs, tout comme les champagnes les Roses de Jeanne de Cédric Bouchard qui intègrent cette année les domaines les plus vendus, un domaine encore plus confidentiel (1 hectare) et travaillé lui-aussi selon les principes biodynamiques, dont sa cuvée Le Creux d’Enfer a été adjugée 295€ la bouteille dans le millésime 2014. Enfin, le domaine Agrapart, autre vigneron emblématique de la Champagne, fait cette année son entrée dans le TOP 20 des domaines les plus vendus. On remarque au passage que les domaines à tendance bio, biodynamie et nature sont de plus en plus présents du côté des vignerons (Selosse, Egly-Ouriet, Agrapart, Roederer), même si en Champagne ce type de viticulture demeure peu répandu, notamment du fait d’un climat très humide et donc plus propice aux maladies de la vigne.

 

PRIME AUX VIEUX MILLÉSIMES ET GRANDS FORMATS : LA RARETÉ AVANT TOUT L’immense majorité des lots et des flacons de champagne les plus chers de l’année sont des millésimes matures, voire très matures, à l’instar de la bouteille (et du lot) les plus chers de l’année : une bouteille de Dom Pérignon rosé 1959 – grande année en Champagne et premier millésime produit de cette cuvée, à seulement environ 300 exemplaires -, adjugée 6 202€, ou du champagne Salon adjugé 4 134€ la bouteille dans le même millésime. Parmi le TOP 20 des lots les plus chers, seuls les trois lots de champagnes Selosse, vendus en caisse panachée, sont des bruts sans années ; et un seul lot postérieur à l’an 2000 se retrouve dans ce palmarès : Cristal Louis Roederer dans le millésime 2002. On voit d’ailleurs pour ce dernier lot que le format rare et inhabituel, un mathusalem, a dû jouer sur son attractivité. Les grands formats sont d’ailleurs l’autre grand atout recherché par les enchérisseurs : ces formats, plus rares, sont plébiscités et sur-représentés dans ces palmarès, surtout dans le TOP 20 des flacons les plus chers, où les magnums, jéroboams et mathusalems représentent la moitié du classement. On constate ainsi que lorsque sont proposées les cuvées les plus prestigieuses dans de très vieux millésimes et/ou de grands formats, leur pouvoir de séduction et leur attractivité sont tels qu’elles se vendent plusieurs milliers d’euros, des prix que presque seule la Bourgogne, les spiritueux et certains vieux bordeaux parmi les plus prestigieux et dans des grands formats sont capables d’atteindre et de dépasser. La Champagne figure à cet égard parmi les régions à suivre absolument, dans la perspective de la constitution d’une cave patrimoniale.

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