Biodynamie à Bordeaux : une réunion au Château Pontet Canet

Jean-Michel Comme
Jean-Michel Comme

La biodynamie fait souvent débat par ses croyances ou ses pratiques. Mais s’il y a bien quelque chose que personne ne conteste, c’est que cette méthode de culture progresse partout dans le vignoble français. Mais, curieusement, beaucoup moins vite dans le Bordelais. Il existe sans doute quelques raisons à ce retard.

Le 6 avril dernier, de nombreux vignerons français en biodynamie se sont réunis au Château Pontet-Canet, devenu depuis un peu moins de dix ans, une quasi icône de la biodynamie par ses pratiques sans concessions et son caractère unique au sein des grands crus de Bordeaux. Réunion qui avait avant tout pour but d’échanger et de partager.

Lors de cette réunion et surtout de la visite des vignes et des installations de Pontet-Canet, de nombreux vignerons, aux surfaces souvent modestes et à l’organisation avant tout familiale, ont été étonnés, et même “soufflés” de découvrir l’immensité du vignoble du château et la taille impressionnante des chais et des caves. Rien d’étonnant pour un connaisseur de la viticulture bordelaise, mais très surprenant pour ces petits “artisans” venus de leur Champagne, de leurs vallées de la Loire ou du Rhône, de leur Alsace… Ceux-ci ont été d’autant plus épatés par l’énergie et la foi qui portent Jean-Michel Comme, le régisseur de Pontet-Canet, pour mettre tout cela en musique en étant aussi rigoureux qu’eux sur leurs “petits” domaines pour tout ce qui concerne les pratiques à la vigne et en cave. Et ils mesurent parfaitement (pour l’avoir goûté) les immenses progrès du vin en quelques années (finesse des tannins, profondeur des arômes, naturel du fruit). Ils constatent également (comme tous les acheteurs !) que le prix des vins de Pontet-Canet (en absolu, mais surtout en relatif par rapport à ses “concurrents”) ont connu une inflation impressionnante qui ne fait que refléter le succès du vin auprès de la critique internationale (par exemple, deux 100/100 consécutifs de Parker en 2009 et 2010).

Château Pontet-Canet
Château Pontet-Canet

Face à ce double succès incontestable (œnologique et économique), tous les vignerons présents se demandaient pourquoi cette réussite n’avait pas déclenché de nombreuses démarches similaires dans le Bordelais. Bonne question ! Mais ici, rien n’est tout à fait aussi facile que dans la plupart des autres régions viticoles françaises…

Commençons tout de même par rendre à César ce qui lui appartient : la forte exposition médiatique de la récente conversion de Pontet-Canet (à partir de 2004), ne doit pas occulter qu’il est loin d’avoir été le premier château bordelais à s’inscrire dans une démarche biodynamique. Sans entrer dans tous les détails, plusieurs châteaux importants l’ont parfois largement précédé comme les châteaux Falfas en Côtes de Bourg, Pavie-Macquin à Saint-Emilion, Clos Puy-Arnaud en Côtes de Castillon Château Guiraud à Sauternes et quelques autres, moins exposés médiatiquement et bien connus des amateurs “pointus”.

Traitement biodynamique à Pontet-Canet
Traitement biodynamique à Pontet-Canet

Mais il n’en reste pas moins que par rapport à la taille de son vignoble, le Bordelais reste à la peine pour se mettre au niveau des autres grandes régions françaises. Et pour ceux qui l’ignoreraient encore, la biodynamie n’est pas la pratique d’une sorte de secte composée de quelques vignerons baba-cool à la barbe fleurie et aux longs cheveux flottant dans le vent… De très grands noms se revendiquent plus ou moins discrètement de ces pratiques culturales. Pour ne prendre que quelques exemples : les domaines de la Romanée-Conti, Leroy et Leflaive en Bourgogne, Deiss et Zind-Humbrecht en Alsace (où ils sont particulièrement nombreux), Huet, Chidaine et des Roches Neuves (Thierry Germain) dans la Loire, la plupart des meilleurs vignerons indépendants de Champagne, les domaines de Marcoux, de La Vieille Julienne, Pierre André et des dizaines d’autres à Châteauneuf-du-Pape et le sud du Rhône, Tissot dans le Jura, Gauby dans le Roussillon, etc, etc. Mais alors, pourquoi Bordeaux ne réussit-il pas jusqu’à présent à s’inscrire dans ce mouvement en plein développement ?

J-M  Comme et tracteur à cheval
J-M Comme et tracteur à cheval

La raison essentielle paraît être la structure même de la propriété bordelaise. La totalité des domaines cités ci-dessus est constitué de structures ou le vigneron et le propriétaire ne font qu’un et où les décisions, même risquées, sont donc faciles à prendre. A Bordeaux la quasi totalité des grands crus sont possédés par des propriétaires individuels ou des sociétés qui ne sont évidemment pas vignerons et le vignoble est dirigé par un régisseur qui, aussi bon qu’il soit, reste un employé. Or le passage à un mode de culture bio ou, plus engageant encore, en biodynamie, ne peut se faire que si les deux pôles forts d’un château, le propriétaire et son régisseur, sont exactement sur la même longueur d’ondes. Très difficile quand l’un a forcément en tête la rentabilité de son (très) gros investissement et l’autre l’envie de prendre des risques pour obtenir un meilleur vin. Vous imaginez la scène du régisseur proposant à Château Latour ou Margaux ou Mouton Rothschild ou qui vous voulez de ce niveau, de passer en bio en assumant le risque de faire baisser les rendements de 10 ou 15%… Quelle est la chance d’une réponse favorable du propriétaire quand il s’agit d’accepter une baisse de chiffre d’affaires se chiffrant en centaines de milliers d’euros alors que son vin obtient déjà 100/100 chez Parker et que les amateurs du monde entier s’arrachent ses bouteilles ? On touche du doigt le petit miracle qui s’est produit à Pontet-Canet quand Alfred Tesseron a accepté de cautionner la démarche de Jean-Michel Comme ! Avec, il faut bien le reconnaître, un petit coup de pouce du destin. Alfred Tesseron avait pu en effet juger de la pertinence de la démarche sur la qualité du vin grâce au domaine personnel que possèdent Jean-Michel Comme et son épouse Corinne, le Champ des Treilles en appellation Sainte-Foy Bordeaux. Et aujourd’hui, le propriétaire et le régisseur de Pontet-Canet sont aussi heureux l’un que l’autre !

Cheval de labour
Cheval de labour

Alors, bien entendu, d’autres “grands” de Bordeaux communiquent aujourd’hui sur des “essais” ou sur leur “envie” d’une éventuelle démarche vers la biodynamie. Mais en lisant les réactions de certains dirigeants de ces grands crus bordelais qui parlent de “gourous” ou de “vaudou” à propos de cette démarche, on peut émettre quelques doutes sur l’authenticité de ces annonces. Sans leur jeter pour autant la pierre, car la gestion économique de telles entreprises n’est pas un jeu d’enfant… Néanmoins, certains domaines moins médiatisés du Bordelais ont, plus discrètement, entrepris une conversion qui montre que tout espoir de voir progresser la biodynamie à Bordeaux n’est pas encore perdu !

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  • Voir les commentaires (2)

  • Claude C

    Que des grands, voire que des etiquettes; a quand des noms de petites exploitations qui auraient besoin de plus de reconnaissance que ceux (celles) cites dans cet article ?

  • VINCENT

    Le resveratrol est un polyphénol obtenu en plus forte quantité par cette pratique unique, la vigne vie, la vigne souffre et se défend en fabricant en masse ce polyphénol. Pour les septiques de la biodynamie et si la compréhension du phénomène de la logique vous touche . Les maîtres mots de cette pratique sont: complexité aromatique, richesses phénoliques et respect du terroir ! La biodynamie apporte et ne prend rein au vin. Contrairement aux autres méthode de culture qui dépouille les raisins et les sols. N’oublions jamais que la reproduction asexuée de la vigne est biologiquement identique à la notre! On préfère savoir notre femme et enfant sans trace chimique et avec un avenir ou pas ? logique et non pas mystique est la biodynamie! Véreux et sans âme sont les politiques industrielles agrochimique tout comme les élus gouvernants les yeux bandés notre avenir économique vini-viticole! #voir le french paradoxe et la politique de l’Anti-promotion du vin en France! ! !
    Je terminerai par se pléonasme : A mort les traitements chimiques!

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