Millésime 2017 : une récolte historiquement basse

Millésime 2017Après les superbes millésimes 2015 et 2016, le 2017 tombera-t-il sous le coup de la malédiction des millésimes en « 7 » ? Si la qualité s’annonce généralement au rendez-vous, ce sont les quantités qui font défaut dans certaines régions ou appellations, avec une récolte historiquement basse.  

Souvenez-vous, au printemps dernier, le gel avait durement frappé le vignoble et même jusque dans le Bordelais. Les dégâts ont été sensibles dans cette région, mais aussi en Charente, dans le Jura, en Alsace, dans le Sud-Est, le Beaujolais. Même le Languedoc et la Corse ont été touchés. Ces épisodes climatiques ont largement affecté le niveau de la récolte dans la plupart des régions. Tout cela concourt à une baisse notable des volumes. Les différents incidents climatiques conjugués à la météo de début septembre ont eu pour effet des vendanges précoces… et une faible récolte dans certaines régions ou appellations.

2017 : une année au climat très capricieux

Au niveau national, au 1er octobre 2017, le Ministère de l’agriculture estimait, au 1er octobre, une récolte en baisse de 18% par rapport à la moyenne quinquennale1. Alors que les vendanges touchent à leur fin dans la plupart des vignobles, la production viticole est estimée à 36,9 millions d’hectolitres, soit un niveau inférieur de 19 % à celui de 2016. Ainsi la récolte s’annonce historiquement basse, et même inférieure à celle de 1991 qui avait elle aussi connu un gel historique.

Le gel a été d’autant plus néfaste qu’il s’est produit à un stade déjà avancé et sensible du développement de la vigne – une situation qui devrait être de plus en plus fréquente avec le réchauffement climatique et le décalage du cycle végétatif, plus précoce -. Même si après ce gel, la vigne a pu compenser partiellement les pertes par l’émission de de contre-bourgeons dans certaines parcelles gelées, notamment dans le Bordelais et la Loire. En plus du gel, la grêle a également frappé plusieurs vignobles, venant à nouveau amoindrir la production (Bourgogne-Beaujolais, Sud-Ouest, Languedoc et Sud-Est). Enfin, la sécheresse s’est prolongée dans le Sud (Corse, Languedoc et Beaujolais), ce qui a accentué la déshydratation des raisins. A l’inverse, dans certaines régions, le climat plus humide en fin d’été s’est révélé propice au développement de la pourriture (Champagne, Charente, Bordelais et Alsace), ce qui a conduit à avancer la date des vendanges et à opérer un tri important au moment de la vendange.

La malédiction des millésimes en « 7 » et le millésime le plus précoce jamais enregistré

Ce millésime 2017 faible en quantités, viendrait-il donc confirmer la « malédiction des millésimes en 7 » ? En effet, mise à part l’exception du 1947, les années en « 7 » portent rarement bonheur aux récoltes viticoles. 2017 est en tous cas une année record en termes de précocité des vendanges : dans le Languedoc, le ban des vendanges pour les raisins blancs a ouvert le 9 août, soit la date la plus précoce jamais enregistrée. Dans l’ensemble des vignobles, on constate une avance d’une quinzaine de jours. Avec le réchauffement climatique et le décalage du cycle végétatif dans le temps, on constate qu’en trente ans, les vendanges ont été avancées en moyenne de deux à trois semaines. Le réchauffement climatique n’affecte donc pas que la banquise et le métier de vigneron semble devenir de plus en plus incertain et risqué économiquement…

Le bilan du millésime 2017 région par région 

En Champagne, l’humidité et les orages qui ont sévi dès la fin août ont favorisé l’apparition de pourriture. En conséquence, des tris ont dû être opérés lors des vendanges, qui ont conduit à une révision à la baisse de la production. Les grandes maisons de Champagne ont généralement indiqué avoir rentré de beaux chardonnays, la vendange se révélant plus compliquée et plus technique pour les pinots. La production est ainsi attendue en baisse de -6% par rapport à 2016.

Dans le Beaujolais, le gel a eu des conséquences modérées, mais s’y est ajouté une sécheresse qui a fait baisser les volumes. La production de la région se révèle hétérogène, mais dans l’ensemble plutôt faible en volume et belle en qualité : Inter Beaujolais affirme que  » Les premières dégustations révèlent des vins parfaitement équilibrés entre acidité, fruits et tanins. Les racines ont dû puiser plus profondément dans le sol pour se nourrir, et il semble que les terroirs remarquables s’expriment encore mieux que d’habitude. »

A Bordeaux, le gel de printemps a été l’un des plus sévères depuis 1991. Et les conséquences se sont montrées d’autant plus lourdes que la région étant généralement peu sujette au gel, elle est en général peu équipée pour lutter contre, à l’inverse d’autres régions plus coutumières du fait, comme la Champagne ou Chablis par exemple. Pour certaines petites exploitations, l’addition s’annonce salée, mettant en péril l’exploitation de certains domaines. La seconde difficulté vient de la grande hétérogénéité de la maturité : entre les premières grappes (apparues avant le gel) et les secondes (les quelques grappes ayant repoussé après le gel), le décalage de maturité est important, ce qui complique grandement les vendanges. Les conséquences seront lourdes et toute la filière viticole bordelaise sera touchée, les vignerons devant faire des choix dans les investissements prévus… Heureusement, la fin de saison s’est mieux déroulée et a permis de sauver la vendange, ce qui laisse envisager, malgré les faibles quantités, une belle qualité du millésime. Au Château Lafite Rothschild (Pauillac), la récolte est petite, mais certaines cuves s’annoncent déjà d’une qualité identique à celle de 2015… Précisons tout de même que cette qualité sera très certainement variable et hétérogène, y compris à l’intérieur même de certaines appellations. Dans un millésime qualifié par Edouard Miailhe (Château Siran) d’« année de tous les dangers », certains secteurs de Margaux et de Saint-Julien semblent s’en être admirablement bien tirés car ils ont été intégralement épargnés par le gel d’avril. C’est également le cas, rive droite, de grands terroirs situés à Pomerol et Saint-Emilion. Mais au sein de ces mêmes appellations, certains domaines ont perdu la majeure partie de leur récolte. Château L’Evangile par exemple, à Pomerol, a enregistré des rendements de 20hl/ha, avec en plus la perspective d’un tri sévère de ce qui reste. Le Libournais doit faire face à une situation généralement compliquée : au Château de Carles à Fronsac (l’un de nos domaines coups de cœur), on évoque des pertes avoisinant les 80%… La situation est également délicate à Pessac-Léognan, où certaines propriétés déplorent des pertes de même ampleur. Le verdict n’est en revanche pas encore rendu à Sauternes, où l’on vendange encore, le soleil étant revenu, annonciateur d’une jolie récolte. Dans l’ensemble, la production bordelaise pourrait être inférieure de 45% à la (belle) récolte de 2016 et de 33% à la moyenne quinquennale.

La vallée du Rhône enregistre elle aussi une baisse de volumes, avec une récolte comparable à celle de 2013, due au gel, mais aussi à la sécheresse persistante durant l’été. Dans la partie septentrionale de la région, les vendanges ont débuté 15 jours plus tôt qu’en 2016. Le choix de la date de récolte s’est révélé crucial, en raison d’un équilibre difficile à établir entre la juste maturité des raisins et leur acidité. La qualité semble, elle, être au rendez-vous.

Dans le Sud-Est, le gel et la sécheresse ont amoindrie la production de 22%.

Dans la Loire, les volumes sont très hétérogènes selon les secteurs, mais dans l’ensemble, la production est prévue en hausse de 8% par rapport à la (faible) récolte de 2016.

En Alsace, la production est également largement inférieure à celle de l’an passé (-30%), toujours du au gel.

Dans le Jura, c’est plus de la moitié de la récolte qui a été amputée… En Savoie, la situation est très hétérogène, les résultats seront appréciés domaine par domaine.

Dans le Sud-Ouest, le gel et la grêle ont réduit les volumes de 20%.

Dans le Languedoc et le Roussillon, le gel conjugué à la sécheresse d’été ont fait baisser de 16% la production. En Corse également, la production est en baisse.

En Charente, l’interprofession avait décidé d’augmenter les rendements autorisés sur les vignes non gelées afin de permettre d’augmenter les dernières prévisions de production. L’épisode de gel du mois d’avril ampute tout de même la production de 12%.

Et qui dit petite récolte, dit souvent hausse des prix… Nous vous tiendrons bien entendu au courant de ce sujet en temps et en heure.

Seule exception : en Bourgogne, un millésime abondant et qualitatif

La Bourgogne tire son épingle du jeu puisqu’elle devrait produire 300 000 hectolitres de plus que l’an dernier (+20% avec 1,5 millions d’hectolitres). Après une récolte historiquement basse en 2016 (en raison des intempéries), la Bourgogne retrouve le sourire avec un millésime 2017 qui s’annonce à la fois généreux et qualitatif. « Dans le vignoble, soulagement et bonne humeur sont de mise, car 2017 est à la hauteur des espérances des vignerons. […] Qualité et quantité sont au rendez-vous. Après plusieurs récoltes impactées par des aléas climatiques, en particulier 2016, la Bourgogne retrouve son plein niveau de production, alors que la tendance française est à la baisse.« , peut-on lire dans le communiqué de l’interprofession. Une satisfaction que partage Louis-Fabrice Latour, patron de la maison éponyme et président du BIVB (Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne). Même si la prudence impose, d’après lui, d’engranger deux millésimes consécutifs pour envisager sereinement l’avenir, Louis- Fabrice Latour a tout de même récemment indiqué que certains prix pourraient « baissoter » dès cette année. Une nouvelle bienvenue dans une région où la tension sur les prix ne fait que s’accentuer avec l’explosion de la demande mondiale. Un bémol cependant : les vins de Chablis ont eux aussi durement souffert des aléas climatiques qui pèsent sur les volumes récoltés en 2017. La situation est également plus nuancée dans le Mâconnais.

Dans ce millésime globalement hétérogène, il va falloir se montrer sélectif… et attentif aux conseils des professionnels. Suivez notre regard ;-).

 

1 In Agreste Infos rapides ─ Viticulture Octobre 2017 ─ n° 2017-147, Ministère de l’agriculture

Voir l’interview BFM Business d’Angélique de Lencquesaing sur le millésime 2017 :

 

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A lire également dans le blog d’iDealwine :

Note du millésime 2015 : une année d’anthologie dans les vignobles du Sud

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Millésime 2017 : gel dans le vignoble

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