La percée des vins du Jura

dsc05103De tous les vignobles français, celui du Jura est sans doute un de ceux qui a le plus évolué ces dernières années en devenant une alternative de plus en plus courue par les amateurs lassés une l’inflation galopante des prix dans d’autres régions. Même si certaines cuvées atteignent aujourd’hui des records dans les dernières ventes aux enchères.

Accrochez vos ceintures : 1032 euros, c’est la somme incroyable atteinte par une bouteille de vin jaune millésime 2000 du Domaine Overnoy lors des enchères on-line d’iDealwine du 16 novembre. Un record ! Ce domaine a beau être connu et apprécié par une poignée d’amateurs “pointus”, on en reste pas moins un peu surpris par un tel engouement… Quand on parle des vins du Jura, on pense immédiatement au vin jaune, dont un lot millésimé 1978 de la cuvée de château-chalon Vigne aux Dames du domaine Perron a par ailleurs été vendu 528€ la bouteille dans cette même vente, plus du double de sa mise à prix.

Serait-ce un signe que les vins du Jura accèdent enfin à un niveau de notoriété qu’ils méritent depuis longtemps ? Sans doute un peu, mais ce succès est également dû à une meilleure connaissance de ces vins qui sont longtemps restés un peu en marge dans l’esprit des amateurs.

En effet pour une majorité d’entre eux, le Jura était avant tout marqué par ses vins oxydatifs (les fameux vins jaunes, dont l’appellation-phare Château-Chalon) au goût étrange venu d’ailleurs… Il faut reconnaître que le monde de l’oxydatif est un univers à part qui ne se laisse pas facilement apprivoiser en bouche… On adore ou on déteste, mais il arrive souvent que ceux qui ont osé en franchir la porte deviennent ensuite de véritables fans de ces vins au goût particulier de noix verte. Mais ils resteront toujours une minorité.

Cette difficulté d’approche est d’autant plus forte que ce que les vignerons appellent leur cuvée “tradition” est en fait la plupart du temps un assemblage à majorité de savagnin oxydatif et d’une minorité de chardonnay parfois lui aussi oxydatif. Si vous n’êtes pas prévenus et que vous achetez par exemple un blanc de Côtes du Jura chez un producteur très connu comme Jean Macle, vous serez sans doute surpris si vous ouvrez la bouteille sur un poisson cuit au four. Rien ne l’indique sur l’étiquette, mais il s’agit d’un vin clairement oxydatif, de façon moins prononcée qu’un vin jaune ou un Château-Chalon, mais suffisamment pour que les accords à table classiques sur un vin blanc ne fonctionnent pas du tout !

En réalité, toutes les barriques de vin jaune que cherchent à faire les vignerons n’aboutissent pas au petit miracle du “voile” de bactéries et levures mortes recouvrant progressivement le vin, dont le niveau baisse par évaporation naturelle si on ne complète les niveaux (opération appelée “ouillage” en langage technique). Ce fameux voile protège en même temps le vin d’une oxydation trop radicale et permet ce que l’on appelle une “oxydation ménagée” aboutissant, au bout de six ans et trois mois, au fameux vin jaune. Il arrive donc que le voile se “déchire” et le vigneron n’a alors pas le choix : il doit mettre cette barrique en bouteille avant qu’elle ne s’oxyde dans le mauvais sens du terme, et le vin jaune “inachevé” est alors replié en Côtes du Jura, généralement assemblé à un peu de chardonnay. Le Jura se retrouvait donc au total avec une forte proportion de vins de type oxydatif, plaisant beaucoup à une fidèle clientèle passionnée par ce type d’arômes, mais rebutant une majorité des amateurs. En fait il existait déjà de nombreuses cuvées “normales” de blancs, la plupart du temps à base de chardonnay, mais de nombreux amateurs ne cherchaient même pas à les goûter, persuadés qu’ils étaient de tomber sur un vin oxydatif. Cette image envahissante a donc sans doute freiné l’ouverture des vins du Jura vers une clientèle plus classique.

Ouillez, ouillez, braves gens !

Mais depuis près de vingt ans les choses ont beaucoup évolué. Sentant que la tradition les enfermait dans un style limitant leur commercialisation, de nombreux vignerons ont généralisé des cuvées de savagnin “ouillé”, c’est à dire vinifié, et surtout élevé, comme tous les vins blancs classiques en ajoutant du vin dans les tonneaux au fur et à mesure qu’une partie s’en évapore. Dans toutes les autres appellations, personne ne vous parle d’ouillage parce que cela fait partie naturellement de l’élaboration d’un vin (rouge comme blanc) pour éviter qu’il ne s’oxyde dans les barriques. Mais dans le Jura on est obligé de le préciser puisqu’on y produit aussi des vins qu’on n’ouille pas ! Aujourd’hui la gamme classique d’un producteur du Jura se compose généralement de plusieurs cuvées de vins rouges en fonction des cépages qu’il possède (poulsard, trousseau, pinot noir) et plusieurs cuvées de blancs, généralement au minimum une cuvée de chardonnay, une cuvée de savagnin ouillé et une cuvée de type oxydative (vin jaune ou non). Et parfois de plusieurs cuvées de chaque type de vin en fonction de ses terroirs ou envies.

Ce phénomène a été accéléré par l’arrivée d’une nouvelle génération de vignerons qui sont rapidement devenus de véritables vedettes auprès des amateurs les plus connaisseurs. Les deux plus connus sont Stéphane Tissot et Jean-François Ganevat. Leur talent de vigneron et de vinificateur a fait connaître aux amateurs, avant tout de superbes et multiples cuvées de chardonnay dont la qualité égale (voire dépasse pour certains…) celle de nombreuses appellations prestigieuses de Bourgogne utilisant ce même chardonnay. Comme toujours dans ces cas-là, ces deux locomotives ont entraîné derrière elles toute une nouvelle génération de vignerons qui se sont éloignés de la tradition de l’oxydatif pour produire de grandes cuvées de chardonnay et de savagnin (ouillé). C’est le cas, par exemple, des domaines Labet, Pignier, de La Tournelle, Buronfosse et, plus récemment encore, des domaines Les Bottes Rouges (Jean-Baptiste Ménigoz), La Borde (Julien Mareschal), Ratapoil (Raphaël Monnier) ou celui des Cavarodes (Étienne Thiébaud). Des domaines travaillant en outre presque tous en bio ou biodynamie, ce qui leur a ouvert un public spécifique, souvent à la pointe des amateurs les plus exigeants.

Cette nouvelle vague est maintenant bien installée et connue avant tout, voire exclusivement pour leurs vins blancs de chardonnay et de savagnin (ouillé), pour leurs vins rouges des trois cépages, mais pratiquement jamais ou beaucoup moins pour leurs cuvées oxydatives… qu’ils ne produisent d’ailleurs pas toujours ou en quantités quasi confidentielles… Le seul à avoir conservé une vraie tradition de l’oxydatif est Stéphane Tissot avec trois vins jaunes et un château-chalon, mais il vrai que parmi trente-cinq cuvées différentes qu’il propose au total chaque année, la proportion n’est pas énorme !

De nouveaux investisseurs

Dernier signe enfin du succès croissant du vignoble et des vins du Jura, l’arrivée d’investisseurs importants reprenant des domaines ou des maisons qui peinent à trouver un successeur familial ou local. Et ces investisseurs viennent essentiellement de la Bourgogne voisine, attirés peut-être par deux cépages qu’ils ont en commun avec leurs voisins montagnards, le chardonnay et le pinot noir. Il s’agit tout d’abord du célèbre domaine du Marquis d’Angerville qui a repris de petits domaines de la région d’Arbois pour créer le Domaine du Pélican et qui vinifie également depuis un an une majorité des parcelles d’un domaine historique du Jura, celui de Jacques Puffeney. L’autre investisseur est une très grosse maison bourguignonne, le groupe Boisset (30 marques en Bourgogne dont Mommessin et Bouchard Aîné et Fils, le Domaine de la Vougeraie, et qui est présent dans près de 80 pays !), qui a pris récemment le contrôle d’une des grosses maisons historiques du Jura, Henri Maire.

Dynamisme de la nouvelle génération de vignerons, investissements importants venus de Bourgogne, le Jura semble donc avoir de plus en plus le vent en poupe. Et les connaisseurs savent qu’on peut y trouver de superbes vins au caractère affirmé à des prix encore loin d’atteindre les sommets d’autres régions appréciées elles-aussi par les amateurs. Sauf quelques cuvées emblématiques qui explosent tous les compteurs aux enchères. Mais c’est encore un phénomène très limité même s’il est spectaculaire !

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A lire également dans le blog d’iDealwine :

Languedoc : notre guide des vins

Conseils d’achat : quelle appellation choisir selon le style de vin que j’aime ?

Mieux comprendre les vins blancs allemands

Sud-Ouest : des vins à (re)découvrir !

Ces « petites » appellations qui ont la cote

 

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