Dégustation : huit clos, un déjeuner et une échappée belle dans le vignoble français

Degustations ClosLe clos, un concept exclusivement bourguignon ? Point du tout ! Tour de France éclectique de huit d’entre eux, réunis le temps d’un déjeuner et de jolies rencontres.

Degustations Clos 2Le principe du vignoble clos de murs doit certes beaucoup aux moines qui travaillèrent la vigne dans l’enceinte de leurs monastères bourguignons depuis – du plus loin que l’on remonte – le VIIe siècle. Pour autant, ces fameux clos ne sont pas l’apanage exclusif de la Bourgogne, on en trouve dans différents vignobles français. Huit d’entre eux ont constitué il y a quelques jours le dénominateur commun d’un déjeuner orchestré par Enrico Bernardo et son chef Jose Manuel Miguel dans son restaurant Il Vino, célèbre pour les accords mets et vins qu’il concocte pour ses clients. Tour de France accéléré de huit de ces clos, tous remarquables.

Pour commencer, honneur à la Champagne qui compte une vingtaine de clos et nous en proposait deux à la dégustation. Le plus récent ? Le Clos Cazals, venu de la maison éponyme, dont le vignoble s’étend sur 10 hectares sur la Côte des Blancs. Sur une parcelle de 3,70 hectares plantée de chardonnay, Delphine Cazals a voulu « faire son Clos ». Ce qui veut dire produire quelque 2000 bouteilles de cette cuvée parcellaire qui existe depuis le millésime 1995.Degustations Clos 3 Autant dire que le choix du 2005, millésime solaire, pour cette dégustation donne un vin onctueux et dont le gras s’accorde voluptueusement avec la sauce crémeuse des amuse-bouche conçus autour de la langoustine. Cette première cuvée de Champagne faisait face à un monument de la Champagne, le fameux Clos des Goisses produit par les Philipponnat, une famille dont l’histoire se confond avec celle de la région depuis plus de cinq siècles !  Cette cuvée bénéficie pleinement de son exposition plein sud, d’autant que les vignes sont implantées sur un coteau de Mareuil dont l’inclinaison atteint 45°. C’est d’ailleurs cette particularité de relief qui donne son nom à la cuvée  – « gois » signifie « pente », en vieux Champenois -. La maison Philipponnat a racheté en 1935 cette parcelle de 5,5 hectares qui constitue le plus ancien clos de la région. Au nez, la fraîcheur et la vivacité dominent, livrant de belles notes florales que l’on retrouve en bouche avec toujours la même pureté. A la fois vineux, marqué par de beaux arômes de framboises, le vin se distingue par une admirable persistance.

Au cœur de la Bourgogne et dans le Beaujolais

Le tour de France se poursuivait avec le Clos du Cellier aux moines à Givry. Un vrai clos cistercien pour le coup, dont la création remonte à … 1130 ! Acquis en 2004 par Philippe Pascal et son épouse Catherine, d’origine bourguignonne, il a patiemment été restauré et l’exploitation des vignes a débuté en 2006. Une partie des vieilles vignes a été conservée, et les nouveaux propriétaires ont entrepris de planter de nouveaux plants de pinot à compter de 2008. Le couple, qui se dirige à petits pas vers le bio, exploite près de 5 hectares de ce clos, dont une partie appartient aux domaines Joblot et Thénard. Dans le millésime 2014 ce givry 1er cru livre une robe rubis clair lumineuse qui précède en bouche un très beau fruit, plein de gourmandise. Voilà un vin de plaisir immédiat, à boire jeune pour en apprécier pleinement le fruit, et la fraîcheur.

Après ce givry, le contraste était intense avec le beaune 1er cru clos des Ursules de la maison Louis Jadot, offert dans le millésime 1995. Un vin pleinement mature, livrant avec beaucoup de finesse de beaux arômes tertiaires de sous-bois et de mousse, et qui s’accordait subtilement avec la sauce crémeuse des raviolis de volaille. Ce clos de 2,15 hectares, propriété en monopole de la maison Jadot depuis 1826, doit son nom à l’ordre des religieuses de Sainte-Ursule qui l’avaient acquis en… 1676. Pour demeurer sur un registre tout en finesse, le Clos du Moulin à vent, monopole – et pépite – du domaine Labruyère dans l’appellation, était servi dans le millésime 2011. Vinifié « à la bourguignonne », avec une vendange égrappée à 100% et un élevage de 12 à 18 mois en fûts, cette cuvée offre une expression tout en finesse du cépage gamay. Un vin dont la structure élégante et la belle persistance en bouche permettent d’augurer une longue garde.

Degustations Clos 4Deux clos fameux aussi à Cahors et dans le Languedoc

Sur l’entrecôte de bœuf Txogitxu, fondante à souhait, trois clos encore pour poursuivre nos pérégrinations. Le Château Clos du Loup, en Côtes de Blaye. Cette cuvée, issue d’un terroir de près de 4 hectares implantés sur un plateau argilo-calcaire, a récemment été distinguée par le magazine Terre de vins : au sein d’une sélection de 80 cuvées des côtes de Bordeaux, son 2011 s’est octroyé la première place et la meilleure note (17.5/20) de la dégustation ! Cet assemblage qui fait la part belle au merlot (70%), accompagné de cabernets (francs et sauvignon, 25%) complétés par du malbec offre un très bel équilibre et des tannins tout en finesse. Cap vers le sud ensuite, à Cahors, avec le Clos Triguedina de Jean-Luc Baldès. « Me trigo de dina », un joli nom hérité des pèlerins de Saint-Jacques qui avaient pour habitude de se restaurer au domaine sur la route de Compostelle. La cuvée prestige –  baptisée Probus en hommage à l’empereur qui remit la vigne à l’honneur dans la région au IIIe siècle – arbore une robe caractéristique du cépage dont elle est issue : dense, presque noire. Et pourtant, dans le millésime 2007, elle s’exprime tout à la fois en finesse, avec de gourmands arômes de fruits noirs (pruneau, questche) et avec une puissance en bouche qui lui permet d’envisager sereinement quelques années supplémentaires de garde. Les tannins très fins viennent contredire la réputation de vins surpuissants que l’on attribue parfois à la production de Cahors… et dont Jean-Luc Baldès est décidément l’un des plus fervents ambassadeurs.

Degustations Clos 5C’est enfin dans le Languedoc cher à Gérard Bertrand que s’achevait notre périple, avec la cuvée « Clos d’Ora », un vignoble d’une beauté à couper le souffle, neuf hectares entourés de pierres sèches situés à 220 mètres d’altitude sur la commune de la Livinière en Minervois. Exploitées en biodynamie, les vignes de carignan, de syrah, complétée par le grenache et le mourvèdre, sont intégralement travaillées au mulet. Il en résulte un vin « de méditation », comme aime à le rappeler Gérard Bertrand de son accent chantant. Cette cuvée offre une grande finesse d’arômes, exprimant à merveille les subtilités d’un terroir sudiste (notes de garrigue, de fruits noirs gorgés de soleil, d’épices douces). De la densité et de la puissance, oui, mais ce vin déploie surtout en bouche une énergie particulière. Elle se distingue enfin par sa remarquable buvabilité, un bel équilibre et une finale longue et délicieusement gourmande venue conclure en point d’orgue cette passionnante dégustation.

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