Le déclin du vignoble au Moyen-Age et l’influence hollandaise
février 6th, 2012 by Veronique Raisin
Après les batailles de vins qui ont marqué le Moyen-Âge, voyons maintenant les facteurs qui ont contribué au déclin du vignoble.
La fin du Moyen-Âge marque la régression des surfaces viticoles. Cette époque coïncide avec l’avènement des temps modernes, où l’âpreté des compétitions commerciales s’exacerbe et où disparait l’effort gratuit. La culture des vignobles septentrionaux, souvent ingrate et peu profitable, se révèle une perte de temps et d’argent qu’il convient d’endiguer au profit de commerces plus lucratifs. La Rochelle, Auxerre, Beaune, Laon, Paris, Orléans, Beauvais : de tous ces hauts-lieux de la viticulture médiévale, vantés aux 13e et 14e siècles, seul subsiste aujourd’hui Beaune.
Dans le même temps, l’influence hollandaise grandit et bouleverse le commerce des vins, rendant caduques les principes médiévaux de la relation directe et personnelle du producteur au consommateur.
Le transport maritime signe la fin des vignobles du Nord
Les difficultés de culture et l’incertitude du résultat acceptés par l’homme médiéval deviennent insupportables à partir du 16e siècle. La peine endurée pour une piètre récolte s’efface devant le prix de revient et la mise en place d’une nouvelle façon de mettre en valeur la terre. Les vignobles les plus au nord disparaissent peu à peu. Bretagne, Basse-Normandie, Brabant, Hainaut, bassin de la Seine, Picardie délaissent la culture de la vigne et privilégient l’achat des vins de la façade atlantique.
La navigation atlantique est à l’origine de cette régression. En effet, pourquoi produire des vins localement à grands efforts, dont l’issue de la récolte est incertaine, alors que les transports maritimes permettent d’en importer à moindre coût ? Le port de La Rochelle exporte ainsi régulièrement et massivement vers les pays de la mer du Nord, rendant caduque leur propre viticulture. S’en suit mécaniquement une baisse des prix du vin et donc une hausse importante de la consommation.
Les vignobles septentrionaux perdent donc de leur intérêt tandis que les vins d’Aunis et de Saintonge, au climat plus favorable, gagnent en compétitivité, vendus moins chers et garantis d’arriver à destination plus sûrement. Les vins de ces pays sont donc vendus en Flandre et en Angleterre meilleur marché que ceux qu’apportaient d’Ile-de-France ou de Rhénanie les marchands de Rouen et de Cologne, fournisseurs traditionnels du monde germanique.
Dans le même temps, les moines se défont peu à peu de leur possessions viticoles et la plupart furent converties en emblavures.
Au cours des 17e et 18e siècles, les procédés du commerce hollandais et leurs innovations dans l’exploitation des vignobles influèrent sur le cours de la production vinicole française. En effet, l’indépendance de cinq provinces hollandaises du nord*, en 1579, et l’essor de leur puissance commerciale eurent de larges retentissements sur notre économie.
Soustraits de l’obédience du roi catholique, comme le dit Colbert en 1664, les Hollandais ont ainsi les coudées franches pour faire du commerce la « maxime fondamentale de leur État ». La religion joue ici un rôle capital, comme le formalisera plus tard Max Weber dans son fameux et incontournable ouvrage L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme.
S’attachant les services des meilleurs charpentiers de tout le pays, ils bâtirent une puissance navale sans rivale. Toujours selon Colbert, il semblerait que la flotte hollandaise représentait à l’époque les trois-quarts de la flotte européenne, bien loin devant celles des Anglais et des Français. Possédant l’accès à la mer Baltique et à la mer du Nord, les Hollandais assirent ainsi leur maîtrise des mers et du vin à partir des côtes atlantiques. Leurs nouvelles méthodes ouvrirent une ère nouvelle.
Outre une gestion habile de leur équipage et chargement (un bateau hollandais emportait moitié moins d’équipage et de vivres qu’un navire français, à trajet identique…), ils eurent l’astuce de limiter les voyages à vide, très coûteux, lorsqu’ils venaient collecter le sel et le vin sur nos beaux rivages. Les pierres de lest perdirent donc de leur emploi. Chaque trajet était ainsi l’objet d’une vente et pour cela, les Hollandais savaient précisément quelles marchandises apporter en fonction de la destination. Cette recherche de l’information précise passait par des agents, sortes de correspondants locaux, représentant le pays et qui nouaient des liens familiers avec la population locale. Ou plus si affinités d’ailleurs car certains, ces filous, se mariaient à des filles du pays.
Autre technique : la vente en gros et au détail. Ils revendaient leurs produits moins cher que ne le faisaient les marchands français d’une part, dégageant ainsi de confortables profits, et établirent des magasins de stockage d’autre part. Ces magasins servaient de réserve aux denrées et produits qu’ils revendaient ensuite, en gros et au détail. Poivre, sucre, sel, tissu, vin…
Enfin, dernier point du succès du commerce hollandais : la valeur ajoutée qu’ils apportaient aux produits achetés. A la fois dépôt et atelier, la Hollande était devenue la plaque tournante du commerce européen. Les produits les plus divers y étaient amenés et repartaient transformés ou améliorés, et donc revendus plus cher. Ce fut le cas aussi pour le vin.
Les nouvelles techniques hollandaises appliquées à la viticulture
Comme leurs prédécesseurs flamands des 12e et 13e siècles, les Hollandais du 17e siècle avaient un faible pour les vins blancs, en particulier les doux comme le sauternes. Comme ils en offraient un bon prix, la production augmenta dans l’ensemble des vignobles atlantiques. Les Hollandais s’intéressaient aussi bien aux vins de qualité médiocre qu’aux grands vins renommés. Mais malins comme tout, ils « amélioraient » les petits vins blancs soit par mutage soit par d’autres procédés pour pouvoir les écouler à bon prix dans les pays du nord.
La logique, relatée par Colbert, était simple : les Hollandais venaient d’octobre à décembre charger les vins de Charente et de la Garonne. Une fois arrivés aux Pays-Bas, environ le tiers était consommé sur place, le reste repartait au printemps en Allemagne et les autres pays du nord, non sans avoir été « améliorés » pour leur conservation. Du Nord, les Hollandais revenaient avec des navires chargés de bois, de chanvre, de fer et autres marchandises de gros volumes.
Bien sûr, commerçant avant tout, ils regardaient peu sur l’intégrité du cru et ne ménageaient pas le cahier des charges original. La plupart des propriétaires de Sainte-Foy et de Bergerac eux-mêmes, flairant le filon, ajoutaient à leurs vins du sirop et du sucre pour les adoucir et qu’ils conviennent mieux au goût hollandais… Une sorte de kir, royal, à la hollande (ho ho ho).**
Mais c’est surtout avec les plus faibles des vins blancs que les Hollandais révolutionnèrent l’économie de ces régions. Car ils achetaient ces petits vins beaucoup plus cher que leur cours réel, sachant qu’ils revendraient par la suite plus cher aussi, après les avoir fortifiés. Bref, tout le monde était content, les marchands bataves et les paysans locaux qui faisaient leur beurre.
A la sauce hollandaise
Il arrivait aussi, certaines années, que la récolte fût si abondante qu’on ne trouvait pas suffisamment de fûts pour entonner ces vins blancs. Il fallait donc les transformer en eau-de-vie, connue alors comme substance médicinale. C’est ainsi que les Hollandais, pour écouler ces stocks d’eau-de-vie, en firent un produit de consommation courante, la rendant familière aux habitants des pays qu’ils fréquentaient. Sous leur influence, la distillation devint une occupation agricole à part entière.
Et cette eau-de-vie servait aussi à renforcer les vins blancs un peu faibles en alcool et améliorait même les meilleurs.
Autant de pratiques que les hommes du Moyen-Âge eussent réprouvées, eux qui avaient, avant l’heure, oeuvré pour les appellations d’origine, en établissant un lien personnel et direct entre producteur et consommateur.
Mais les villes où régnait une certaine bourgeoisie locale, attachée aux principes de la viticulture médiévale, refusèrent cette emprise du commerce hollandais. Les vignobles à leurs alentours résistèrent. Les autres furent gagnées à l’influence hollandaise ; ce furent toute la façade atlantique, et un arrière-pays dépendant des voies fluviales de l’Adour, la Garonne, la Charente et la Loire.
D’après le livre de Roger Dion, Histoire de la vigne et du vin en France, des origines au 19e siècle, CNRS Editions.
* Ce sont les provinces de Hollande, Utrecht, Zélande, Gueldre et Frise. Deux autres vont les rejoindre en 1581, libérant ainsi les Pays-Bas du joug du roi d’Espagne et de la foi catholique.
*** Ce mariage sémantique, franchement il fallait le faire. J’ai réussi sans gaucherie, et je m’en félicite
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Saint-Vincent Tournante : l’évènement bourguignon a tenu ses promesses !
février 2nd, 2012 by Rédaction iDealwineRendez-vous annuel traditionnel autour de tous les vignerons bourguignons, la Saint-Vincent Tournante a eu lieu cette année à Dijon, Beaune et Nuits-Saint-Georges. Avec un immense succès malgré un climat peu clément !
Pour la première fois de son histoire, la traditionnelle fête bourguignonne de la Saint-Vincent Tournante s’est déroulée dans trois villes différentes : Dijon, Beaune et Nuits-Saint-Georges. Et malgré le froid, et même parfois la neige, les festivités ont remporté tout le succès qu’elles méritaient : des rues noires de monde et des caveaux de dégustation pleins à craquer !
Nul besoin de le rappeler : la Saint-Vincent Tournante soutenait cette année la candidature des climats de Bourgogne au patrimoine de l’Unesco. Tout avait ainsi été admirablement bien pensé pour mettre en avant l’histoire de la Bourgogne vieille de plusieurs millénaires et celle de ses célèbres climats. En effet, le thème choisi par les organisateurs était d’offrir l’opportunité de déguster sept vins issus des climats des différentes “côtes bourguignonnes” : Côte de Nuits, Côte de Beaune, Côte Chalonnaise, Côte Mâconnaise, le Chablisien, etc. Quoi de mieux pour découvrir l’identité des différents terroirs de la Bourgogne et la typicité changeante d’un climat à un autre… Cette année les traditionnels jetons de la Saint-Vincent donnant droit aux dégustations étaient clipsés sur un bracelet moderne et original comportant ainsi sept pastilles de différentes couleurs symbolisant les côtes bourguignonnes : une couleur pour chaque côte.
A Beaune, sept caveaux avaient ouvert leurs portes. A Nuits-Saint-Georges, l’ambiance était incroyable et l’enthousiasme populaire palpable avec 20 000 visiteurs pour les deux jours ! A Dijon, tradition et festivités ont animé le week-end et la fête a battu son plein au fil des animations nombreuses et diversifiées.
Au final, un nouveau succès dans la longue route qui, on l’espère, mènera à l’inscription des climats de Bourgogne au patrimoine mondial de l’Unesco.
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Accords mets et vins : et par grand froid, on boit quoi ?
février 2nd, 2012 by Rédaction iDealwine
Quand il flotte un petit air de Sibérie sur l’hexagone, le temps est venu d’adapter vos choix culinaires à la température. A vous les nourritures terrestres qui réchauffent tant le corps que l’esprit. On vous dit avec quoi les marier.
Fini le bouillon détox des lendemains de fête. Ou alors, uniquement en guise de transition pour rompre avec les températures extérieures. Votre corps réclame du solide, du costaud, du roboratif.
Envie d’un gratin dauphinois ? Consultez notre article dédié à la pomme de terre, vous y apprendrez que ce plat s’accorde bien sûr avec une roussette de la région, mais aussi avec un chardonnay venu d’ailleurs ou un chenin de Loire.
Les plats mijotés ont toute leur place sur votre table en ce moment, c’est le moment ou jamais de réhabiliter le cochon : petit salé aux lentilles (à accompagner d’un sancerre, d’un bourgueil ou d’un chinon), jarret de porc en choucroute (parfait avec un riesling, un sylvaner mais aussi un pinot noir d’Alsace). Succombez aussi aux plats farcis, succès garanti ! Avec des tomates farcies, un faugères ou un corbières feront parfaitement l’affaire, de même qu’une jolie cuvée du Roussillon. La pintade farcie s’accommodera bien d’un châteauneuf-du-pape un peu mûr, ou à un vin blanc de Bandol ou du Mâconnais.
Qui dit hiver, températures froides, neige, montagne, dit… fondue ou raclette ! C’est l’occasion ou jamais de sortir un vin jaune. En restant dans le chapitre des recettes au fromage on vous autorise exceptionnellement la tarte au maroilles, à condition de l’accompagner d’un riesling, d’un gewurztraminer ou d’un rully jeune.
En hiver, la besace des chasseurs (et le coffre de leur voiture) se remplit de gibier. Qu’il soit à poils ou à plume, le choix de vins est large, découvrez la sélection proposée par Véronique Raisin, qui fait honneur aux vins rouges de bourgogne.
Et pour finir, Chandeleur oblige, vous ne couperez pas au traditionnel dîner de crêpes. En dehors du cidre cher à nos amateurs Normands et Bretons, les possibilités d’accords crêpes et vins sont variées, sans toutefois rechercher trop de sophistication. Salées et sucrées, quel vin ouvrir avec les fameuses galettes ? Chinon, bourgueil ou saumur-champigny avec les crêpes salées, vouvray, coteaux du Layon ou de l’Aubance avec les crêpes sucrées. Octroyez-vous aussi la volupté d’un verre de banyuls, de maury ou de rivesaltes pour achever votre repas sur de régressives crêpes au chocolat….
Dans la base d’accords mets et vins proposés par iDealwine, retrouvez tous nos conseils pour bien associer les plats et les vins.
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Que penser des millésimes 2008, 2009 et 2010 dans le Roussillon ?
février 2nd, 2012 by Philippe RabertThéoriquement, les appellations du sud comme le Roussillon sont plutôt moins sensibles à “l’effet millésime” que celles plus septentrionales. Néanmoins, selon les années, les vins peuvent présenter des profils assez différents.
Dans le Roussillon on peut dire que les conditions climatiques garantissent presque systématiquement une maturité correcte des raisins, contrairement, par exemple, à la Bourgogne où certaines années peuvent se révéler très végétales (comme 2004, pour prendre un millésime récent). Ce n’est donc pas la maturité alcoolique (mais il peut y avoir des exceptions) qui gouverne véritablement la qualité des millésimes dans le Roussillon, mais plutôt les excès de chaleur et/ou de sécheresse qui peuvent provoquer ce qu’on appelle du “stress hydrique” dans les vignes. Une sorte de repli de la plante sur elle même pour assurer sa survie qui fait qu’elle “se désintéresse” des fruits qu’elle porte. D’où le risque de ne pas atteindre une maturité phénolique réelle (dans le cœur des baies, jusqu’aux pépins) et de produire des vins riches en alcool mais aux tannins secs.
C’est pourquoi il convient de rester extrêmement prudent dans l’évaluation théorique d’un millésime sudiste, par exemple dans le Roussillon. L’amateur a tendance à penser trop vite qu’un bel été chaud et sec est favorable à la qualité des vins. Une certaine critique journalistique, un peu trop systématiquement enthousiasmée par les vins ronds et flatteurs, renforce encore cette impression et certains millésimes sont un peu trop vite rangés dans la case “exceptionnels” alors qu’ils proposent trop de vins certes puissants et spectaculaires, mais souvent fatigants à table. 2007 à Châteauneuf-du-Pape a été ainsi porté aux nues par Robert Parker, mais de nombreux vins ressemblent plus à des portos vintage qu’à une boisson de repas !
A l’inverse certains millésimes sont sous-évalués alors qu’ils ont simplement le tort d’arriver entre deux millésimes puissants et très (trop ?) ensoleillés. C’est typiquement le cas de 2008 en Roussillon qui a produit des vins plus frais, plus souples et plus faciles à boire et qui ont conservé un joli fruit mûr. 2009 est un peu plus riche et puissant, mais avec parfois quelques excès de lourdeur. 2010, dont on ne peut pas avoir encore fait totalement le tour, paraît plus équilibré, à mi-chemin entre 2008 et 2009. Voyons maintenant tout cela en détail.
Le millésime 2008
Si le printemps a été particulièrement « arrosé » pour un climat méditerranéen, il a été suivi par un été frais et sec puis une fin d’été exceptionnelle. Septembre a été un mois sec, avec des températures nocturnes et matinales fraîches et un ensoleillement abondant. Ce cocktail de soleil, de sécheresse avec des températures fraîches la nuit a permis aux raisins de finir leur maturation lentement mais dans d’excellentes conditions, avec un état sanitaire des grappes irréprochable. Seule petite ombre au tableau, les quantités ont été assez réduites par rapport à la moyenne dans la plupart des secteurs.
Les vins rouges présentent en règle générale un bel équilibre avec un fruité frais très présent et une délicatesse de matière bienvenue. Un millésime facile à marier à table.
Le millésime 2009
Encore une année très chaude avec une vendange vraiment précoce (elle a démarré le 10 août). Avec un été aussi chaud, les évolutions de maturité ont été très rapides, même sur les coteaux en altitude relativement élevée. L’état sanitaire était excellent, mais la récolte relativement peu abondante, à cause de longues périodes de sécheresse. Les grenaches et les carignans ont été particulièrement à l’aise. Comme dans beaucoup de régions viticoles françaises, les vins présentent le plus souvent un caractère gourmand, assez facile, qui ne donne pas envie de les garder trop longtemps en cave. Mais les plus belles cuvées des meilleurs vignerons auront, comme d’habitude, un long avenir devant elles… Attention quand même à certains vins trop riches en alcool et un peu “lourds”.
Le millésime 2010
Une importante tendance à la sécheresse – cela devient une habitude dans cette région – aura caractérisé ce millésime en Roussillon. Après un hiver sec et froid, puis quelques petites pluie printanières, il n’est pour ainsi dire pas tombé une goutte d’eau de la mi-mai jusqu’aux vendanges ! Les vignes les mieux cultivées, possédant des racines descendant profondément dans le sol, ont heureusement évité le stress hydrique. Les raisins étaient en général assez petits, les jus plutôt concentrés avec des matières denses. Les meilleurs rouges sont donc charnus et parfumés. Aucune appellation n’a été sensiblement meilleure ou moins en réussite que les autres. Les différences se font surtout au niveau de la qualité du travail des vignerons. Les vignes bien travaillées, aux racines profondément enfoncées dans le sol, ont moins souffert et ont donné des vins riches mais équilibrés.
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Bonne adresse : la Maison de l’Aubrac, à Paris
janvier 31st, 2012 by Veronique Raisin
Les vinophiles se réjouiront de trouver asile dans ce repère immortel, voué à Bacchus et à ses agapes, diurnes et nocturnes. Depuis 1997, la Maison de l’Aubrac fait valser les flacons 24h/24 et 7j/7, alignant aligot, saucisse et côte de boeuf à tire-larigot. Une institution parisienne pour terriens aux coudes bien levés.
Paris-Laguiole-Paris
Eleveurs et restaurateurs, les Valette ont un pied dans le pré, l’autre sur les pavés du très chic VIIIe arrondissement parisien. A deux pas de l’Étoile, au bord des Champs-Elysées, leur paradis sur terre ouvre ses portes en continu à tous ceux qui pêchent par gourmandise. Christian et Elisabeth Valette ont repris l’exploitation familiale d’élevage de race Aubrac à Laguiole et l’ancien café de la rue Marboeuf. Une double activité rondement menée avec un cheptel de plus de trois cents bêtes, quarante employés au restaurant et des aficionados comme s’il en pleuvait.
Le couple transforme ce qui n’est à l’époque qu’un modeste café en un hymne à l’Aubrac et sa race bovine. En quinze ans, la Maison de l’Aubrac est devenue une institution dans l’ouest parisien.
Le succès aidant, les Valette ont développé le concept autour de plusieurs brasseries, toujours sur le thème de l’Aubrac, avec le Devèz et le Café la Bucherie. En 2008, l’Aubrac devient aussi traiteur, la salle de l’étage est aménagée et un an plus tard, le petit frère Aubrac Corner naît à la porte à côté.
« De la fourche à la fourchette » 
Dans l’assiette, pas de mauvaise surprise. Le boeuf est roi, marié à toutes les sauces (grillé, à la béarnaise, en carpaccio, en tartare, en hamburger) et de tous les morceaux (faux-filet, vrai filet, entrecôte, basse-côte, côte), également flanqué de quelques acolytes de bon ton : saucisse aligot, pot au feu, foie de veau, poulet de l’Aveyron. Charcuteries et fromages du pays sont de mise pour agrémenter le tout bien sûr.
La cave est abondamment remplie et désemplie au gré des tablées ; le service au verre, le carafage des vins, la disponibilité de nombreuses cuvées en magnum… ces petites attentions sont plus qu’appréciables. L’équipe de sommeliers est au taquet, affable et efficace. La carte des vins est épaisse comme un pavé de boeuf, très éclectique, autant en rouge qu’en blanc. Rhône, Languedoc, Bordelais s’en sortent largement mais dernièrement un Côt Vieilles Vignes 2010 du Rocher des Violettes (Xavier Weisskopf, vigneron à Montlouis-sur-Loire), servi en magnum, a créé la surprise. C’est un vin généreux, à l’accent rhodanien, fin et élancé. Le sancerre 2009 cuvée Nuance de Vincent Pinard, également servi en magnum (nous étions six quand même !) a bluffé tout le monde, avec un faux air sudiste et des notes exotiques. Nous nous sommes laissés guider, nous avons bien fait.
La Maison de l’Aubrac
37 rue Marboeuf – 75008 Paris
A la carte, comptez 50 à 70 euros par personne sans les vins.

Réservation conseillée !
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Le ministère de la Culture dit oui aux climats de Bourgogne !
janvier 26th, 2012 by Rédaction iDealwine
Les climats de Bourgogne seront proposés à l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco au nom de la France et au titre de paysage culturel, a annoncé le ministère de la Culture samedi 21 janvier 2012.
L’Etat présentera en fait deux dossiers : celui des climats de Bourgogne mais également celui de la grotte Chauvet (Ardèche). La France s’inscrit donc dans une démarche d’équité en présentant deux dossiers, cela dans le désir de donner une chance égale aux deux. C’est désormais à l’Unesco de trancher, une nouvelle bataille s’annonce…
A propos des climats de Bourgogne, le ministère de la Culture a notamment écrit : “Issu du travail séculaire des hommes qui ont construit un parcellaire minutieux, inscrit dans une histoire façonnée par les institutions politiques et religieuses (Palais Ducal de Dijon, Hospices de Beaune), ce vignoble se traduit par un grand nombre de lieux-dits dont la délimitation est matérialisée par des murets d’une rare qualité paysagère », qui souligne également que « Le prestige, la diversité et la finesse des vins assurent le rayonnement des paysages et de l’art de vivre français dans le monde entier ».
« La candidature des climats du vignoble de Bourgogne est une étape essentielle afin d’obtenir le classement au patrimoine mondial de l’Unesco. C’est une étape primordiale pour obtenir la reconnaissance de l’Unesco mais ce n’est qu’une étape » a commenté le sénateur-maire de Dijon, François Rebsamen
Notons qu’une trentaine de lieux issus du monde entier sont inscrits chaque année au patrimoine de l’Unesco. La concurrence est donc rude et la France n’est pas certaine de voir l’un de ses deux dossiers triompher. C’est pour cette raison que la marche entamée entre Chambolle-Musigny et Le Clos Vougeot, qui avait embrasé le cœur des bourguignons, doit continuer. La Bourgogne a plus que jamais besoin de soutien…
Toutes nos félicitations pour cette première victoire à l’équipe de l’Association des Climats présidée par Aubert de Villaine qui n’a cessé d’œuvrer pour cette cause depuis sa création, ainsi qu’au Comité de Soutien présidé par Bernard Pivot.
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Plus de 9000€ aux enchères pour un magnum de Champagne Veuve Clicquot 1929
janvier 19th, 2012 by Rédaction iDealwine
Trois magnums de Champagne Veuve Clicquot, en provenance directe des caves de la Maison Champenoise, ont atteint des prix record à Hong Kong la semaine dernière.
1921, 1929, 1947. Ces trois millésimes mythiques avaient très certainement été soigneusement choisis par la Maison Veuve Clicquot, en vue de la vente de trois magnums issus directement de ses caves de Reims.
Cette vente aux enchères de grands crus était en effet organisée par Sotheby’s à Hong Kong. Sans surprise, les trois flacons, tous acquis par un même collectionneur chinois, ont atteint des prix record : 67 375 HKD (8 700€) pour le magnum de Veuve Clicquot 1921, 91 875 HKD (9 121€) pour celui de Veuve Clicquot 1929 et 79 625 HKD (7 900€) pour le flacon de Veuve Clicquot 1947.
Mais qui était donc la « Veuve Clicquot » ?
Née en 1777, Nicole Barbe Ponsardin épouse François Clicquot en 1798. Veuve à l’âge de 27 ans, elle reprend les affaires de son défunt mari. Alors que l’Europe est à feu et à sang, elle parvient à expédier ses vins dans le monde entier. Audacieuse et imaginative, elle présente son champagne à toutes les cours d’Europe. Soucieuse de perfection, elle parcourt les caves la nuit pour s’assurer la bonne évolution de ses cuvées. Elle invente le remuage, achète des parcelles dans les meilleurs vignobles et lutte activement contre les contrefaçons. Madame Clicquot disparaît en 1866, à l’âge de 89 ans.
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Jean-Michel Deiss, apôtre de la complantation de cépages en Alsace
janvier 17th, 2012 by Philippe Rabert
Vigneron émérite mondialement reconnu, Jean-Michel Deiss est aussi un motard passionné. Et un vrai motard est par essence forcément un rebelle. C’est sans doute pourquoi Jean-Michel Deiss est devenu un vigneron rebelle, révolté contre la dictature des cépages qui appauvrit selon lui la complexité des terroirs alsaciens.
Peut-on imaginer une seule seconde inscrire la mention “Pinot noir” sur une étiquette du grand cru Musigny ou, encore plus fort, sous le plus grand des grands crus, La Romanée Conti ? C’est pourtant ce que l’Alsace a fait pendant des décennies en imposant aux vignerons d’accoler le nom d’un cépage aux plus grands crus de ses terroirs comme l’Altenberg de Bergheim, le Schoenenbourg ou le Rangen de Thann… Une sorte de négation du terroir au profit du seul cépage. Tout cela, Jean-Michel Deiss l’a en détestation absolue. Il n’a jamais accepté qu’on puisse définir en priorité un vin de terroir par son cépage. Et il a pour lui, non seulement une forme évidente de bon sens, mais surtout l’histoire même du vignoble alsacien où la complantation des différents cépages était monnaie courante jusqu’au tout début du XXe siècle.
C’est pourquoi aujourd’hui, les vins du Domaine Marcel Deiss (à part quelques “vins de fruit” jouant un rôle d’entrée de gamme) ne sont présentés que par rapport à un terroir hiérarchisé (comme en Bourgogne, en 1ers crus et en grands crus). Le terroir seul exprime ici sa marque, il domine les autres contingences. Il détermine le style, la personnalité exacte, la physionomie même du vin, en un mot, son humanité. Pour les grands crus, l’indication du cépage est totalement superflue tant est forte et parfois contradictoire l’influence du terroir sur son expression habituelle. Elle devient inutile quand la vigne est conduite en complantation comme à l’Altenberg au Schoenenbourg ou au Mambourg. Cet effort associé à de grandes densités de plantation (8 000 à 12 000 pieds de vigne à l’hectare) rend seul possible l’expression de toutes les nuances fines du terroir, son tempérament, ses tics, sa … folie. En effet, le fait de planter un seul cépage, voire un seul clone du cépage, empêche l’expression complète du terroir à l’image d’une personne dont le vocabulaire ou l’alphabet trop pauvre empêcherait de dire le monde ou ses sentiments profonds. Dans la tradition alsacienne, les vins des terroirs étaient seulement nommés par le nom du lieu, la complantation devenant la règle absolue de cette exigence. Comme partout ailleurs, du Bordelais aux Côtes du Rhône, en passant par la Bourgogne, dont il faut rappeler qu’elle utilisait jusqu’aux années 50 le pinot noir, le chardonnay et le pinot beurot (voire l’aligoté) en mélange dans le vignoble pour produire du… Montrachet !
C’est pour cette raison que Jean-Michel Deiss a décidé, pour tous les vins issus de grands terroirs (grands crus et futurs premiers crus), de ne plus utiliser l’indication du cépage, si réductrice et stérile et de nommer seulement le génie du lieu, cette énergie qui vient du fond comme un cri.
Qui dit terroir et permanence du type, dit géologie, pédologie, climat et microclimats, mais aussi exploitation technique du caractère des terroirs. Ainsi, le vignoble est conduit en utilisant les techniques anciennes de la tradition viticole alsacienne (le labour, le piochage, le compost, l’enherbement), sans désherbage ni engrais chimique, la vigne étant complantée comme une plante de sous-sol en souffrance au cœur de chaque terroir.
Les vins de terroirs portent naturellement la marque de cette exigence, la trace évidente de cette vocation à dire un paysage. Ce sont les vins qui disent le retour à la vraie tradition alsacienne séculaire.
La complantation des cépages, une richesse pour l’Alsace
La complantation (art de mélanger les cépages dans un terroir) est la plus ancienne forme de viticulture connue en Europe. Bien avant que les vignerons ne connaissent les cépages et ne deviennent des savants ampélographes, elle a permis d’assumer une régularité des récoltes comme le remarque Olivier de Serres dans son ouvrage « Le théâtre de l’agriculture et le mesnage des champs » (1600). La tradition des treize cépages du châteauneuf-du-pape procède de la même logique puisqu’à l’origine ces cépages différents étaient complantés dans les mêmes parcelles, y compris des cépages blancs au milieu des rouges. Une tradition avant tout faite pour équilibrer les vins et leur donner de la fraîcheur. Jean-Louis Stolz caractérise ainsi en Alsace en 1852 plus de 100 cépages et complantés dans le vignoble et décrit les complantations spécifiques des plus grands terroirs alsaciens (Sporen, Schoenenbourg, Sonnenglanz, Zotzenberg, Kastelberg, Kaefferkopf). A cette époque, il existe très peu de vignes pures, les vignerons réalisant peu à peu une véritable adaptation d’un encépagement complexe au terroir par la technique du marcottage (art de remplacer un cep mort par son voisin plus résistant parce que mieux adapté).
Alors que la mention du cépage a toujours été facultative en AOC Alsace (Ordonnance de 1945) et que beaucoup de parcelles en coteaux étaient encore complantées dans les années 60, la mise en place de la législation “Grand Cru” obligeant à la mention du cépage (1975) peut-être considérée comme une erreur historique car elle a eu pour conséquence un appauvrissement dramatique de la diversité biologique des vignobles, une mise en place des clones productifs et un basculement dans le tout variétal. Heureusement, la persévérance et l’opiniâtreté de quelques vignerons ont permis, en 2005, de réformer cette législation inique (la mention du cépage est maintenant totalement facultative en Alsace AOC et “Grand Cru”). Il reste maintenant à retrouver les encépagements originaux de chacun des grands terroirs alsaciens !
C’est pour toutes ces raisons que les vins de Jean-Michel Deiss (largement aidé aujourd’hui par son fils Mathieu) possèdent cette personnalité unique, terriblement attachante, qui bouleverse parfois les habitudes, mais qui surtout enrichit considérablement notre approche des vins alsaciens. Une sorte de voyage initiatique au cœur même des grands terroirs de ce magnifique vignoble !
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Domaine Marcel Deiss, ce qu’en dit la presse
Le Guide RVF des Meilleurs Vins de France 2012
3*sur 3
Jean-Michel Deiss reste fidèle à la voie tracée : réaliser des vins de terroir à partir de vignes complantées. Cet assemblage de cépages reste pour lui la meilleure définition de l’expression d’un terroir. La complantation, fort ancienne dans la région, était systématique autrefois. Le procédé reste encore très peu suivi et divise fortement les vignerons. Jean-Michel, lui, avance tranquillement dans cette démarche, avec pour finalité des vins convaincants, complexes, dotés d’une intensité de saveur merveilleuse et d’un équilibre incroyable. Une harmonie entre les cépages qui se fait naturellement, sans éprouvette, à la cave, loin de tout calcul savant. Cela reste un peu déroutant pour le consommateur, mais le résultat est magnifique. Quelques années de recul permettent d’analyser la précision des définitions de terroir et la capacité de ces vins à gérer leur propre équilibre.
Le Guide Bettane/Desseauve des Grands Vins de France 2012
5BD sur 5
Jean-Michel Deiss a désormais installé sa logique de complantation de cépages pour révéler le caractère des terroirs autour de Bergheim, en recherchant la maturité physiologique parfaite des raisins pour proposer des cuvées abouties, dont l’acidité complexe exprime parfaitement les nuances de salinité de chaque cru. Avec son fils Mathieu en charge des vinifications depuis le millésime 2008, Jean-Michel peut consacrer plus de temps à promouvoir son approche, en particulier sur les accords mets et vins qui obligent le consommateur à enfin se préoccuper de l’influence du terroir en l’absence de repère variétal. Si les vins de terroir sont à garder plusieurs années et à carafer avant service, la gamme des vins de cépage continue de produire des cuvées très franches de style.
Robert Parker
Jean-Michel Deiss has been growing some of the finest wines in Alsace for more than a quarter century and with them – as well as with his passionately articulate discourse – capturing the imagination and affection of wine enthusiasts world-wide. But the bearded sage of Bergheim is never satisfied, and beginning in the late eighties, he began to completely re-think his wines and means of truly embracing his terroirs. The result was new acquisitions and plantings to achieve (beginning a decade ago) single-vineyard, field-blend bottling the likes of which had scarcely been seen in Alsace for the better part of a century, and to certain of which the governing authorities have recently been persuaded (perhaps as much by Deiss’ metaphysics of terroir as by the profundity of his vinous results) to grant the status “Grand Cru.” Deiss’ special “vins de terroir” are released only after he judges them to have had sufficient time in bottle to being to show their personalities (with the 2005s only appearing in 2007).
Deiss’s belief that diverse cepages which grow together - »under the influence of the parcel’s terroir and of one another » tend to ripen together, was certainly tested in both 2009 and 2008, but even someone skeptical of that claim « and we skeptics are surely in the majority – must admit that to the extent under- and over-ripe (or botrytis-inflected) aspects coexist in one and the same wine, this need not always manifest itself as disharmony but sometimes instead can generate welcome tension, a tension especially beneficial in the context of noticeable sweetness, and something like seems to have happened with the exciting 2008s at this address. Jean-Michel Deiss remarked - »apropos the preponderance of residually sweet wines at his estate (like so many in Alsace) » that with his vineyard and cellar environment, if he really wants a wine to go to dryness, he needs to work with it in barrique, otherwise he would need in most years to employ cultured yeasts, something he eschews » as he puts it – « on moral, not just aesthetic grounds, because I am not about to serve the industry that produces them. »
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