Un verre de Château Rayas 1978 avec Thierry Desseauve
mars 28th, 2011 by Angelique de Lencquesaing
L’amour du vin a ses raisons que la raison ne connait pas toujours, Dieu merci. Comment détourner de ses obligations, le temps d’un instant, un homme que l’on sait sur-occupé, difficile à joindre, souvent dans le vignoble ? Et de surcroît, que l’on pourrait imaginer blasé, compte tenu de la quantité indécente de flacons d’exception qui lui sont proposés quotidiennement à la dégustation ? Démonstration.
Colombes, jeudi 23 mars, 17 heures. Une bouteille de Château Rayas 1978, millésime mythique de Châteauneuf du Pape, nous pose un cruel dilemme : son propriétaire, vendeur de la cave fabuleuse proposée actuellement en vente à prix fixe, nous l’a généreusement laissée. Le bouchon, trop fragile, ne permettait pas de la proposer à la vente. Et là , jeudi, ce fameux bouchon s’enfonce… il y a donc urgence ! Par ailleurs, de ci, de là , on nous rapporte des rumeurs de faux flacons de Rayas 1978 qui circuleraient, en nombre. Cette bouteille ne nous inquiète pas outre mesure, compte tenu de son pédigrée d’une part, et aussi de l’attention que nous portons aux centaines de flacons et d’étiquettes qui transitent chaque jour par notre entrepôt. La tentation de l’ouvrir est donc absolue, mais autant le faire en compagnie d’un connaisseur. Réflexe : on appelle LE spécialiste mondial de château Rayas, celui dont la légende dit qu’il serait prêt à parcourir des kilomètres en rampant pour déguster un verre de ce divin nectar… Info ou intox ?
Du fond du train qui le berce, de retour d’une dégustation à Gigondas en vue de la prochaine édition du Grand Guide des vins de France, Thierry Desseauve décroche, un brin somnolent. Mais lorsqu’il entend le mot magique, subitement, il tend l’oreille. Un Château Rayas 1978 ? Quand ? Demain. Où ? A Colombes. Certains argueraient que Colombes c’est un peu le bout du monde. Lui pas. Micro-négociation autour de l’horaire, et l’affaire est conclue. A l’heure dite le lendemain, l’ami Thierry franchit le seuil d’iDealwine, à peine essoufflé par les 11 kilomètres (on a calculé) parcourus à bicyclette depuis la rue Chauchat à Paris, l’antre Bettane&Desseauvesque. Quelques minutes de suspense et de bagarre avec le bouchon plus tard, Château Rayas s’avance dans nos verres, dense, intense. Silence. La robe est brun foncé, presque opaque, mystérieuse… Dès le premier nez, pour Thierry Desseauve, aucun doute : il reconnaitrait entre mille un château-rayas !
Le vin présente un nez puissant, avec un joli fumé. On relève des arômes de sous-bois mais aussi d’herbes sauvages et un bouquet floral extraordinaire qui se déploie ensuite, incroyablement élégant.
En bouche, on est surpris, et immédiatement envoutés par sa magnifique texture veloutée, d’une douceur incroyable. Le sous-bois est à nouveau présent, relevé de quelques notes giboyeuses. L’ensemble est équilibré par une fraîcheur encore bien présente et une fin de bouche plus acidulée, sur de jolies notes de fraise. L’alliance de la puissance et de la douceur ! Et une longueur impressionnante qui laisse planer longtemps le plaisir et l’émotion de la dégustation …
Il y a quelque temps, interrogé par Véronique Raisin pour notre Newsletter, Thierry Desseauve confiait que Château Rayas est la bouteille la plus précieuse qu’il possède en cave : « C’est le vin pour lequel j’ai le plus d’amitié amoureuse et un absolu respect. J’ai un rapport intime avec ce vin qui est tout en sensualité. Car le vin est une affaire de sens, d’émotion. C’est un vin sensuel au sens premier du mot. »
Le mythe est donc intact, doublement intact ! Oui, Château Rayas est un monument de Châteauneuf, même quand la bouteille (et le niveau) pourraient prêter à quelque inquiétude. Et oui, Thierry Desseauve est prêt tous les sacrifices (sportifs) pour partager un verre de ce grand vin. Merci à lui !
Après son départ, un dernier coup d’œil sur le site : las, d’autres amoureux de ce vin ont déjà jeté leur dévolu sur la plupart de ces précieux flacons…
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Ryan O’Connell, un Américain à Cabardès
mars 18th, 2011 by Veronique Raisin
Alors que s’ouvrait à Carcassone, le week-end dernier, un Vinocamp (deux journées de tables rondes et d’échanges sur le thème du vin et d’internet), iDealwine a passé au gril le blogueur Ryan O’Connell (ovineyards).
Ses parents ont tout plaqué, maison en Louisiane, business florissant dans l’immobilier, pour un coin de ciel bleu et quinze hectares de vignes et le charme des vieilles murailles de Carcassonne. Le fiston a suivi ; pas encore très décidé sur son avenir – il avait 19 ans à l’époque -, naviguant entre sciences politiques, art et littérature, la reconversion paternelle a orienté la sienne.
Vigneron du jour au lendemain, Ryan ne met pas très longtemps à comprendre que si ces vins rouges puissants de merlot, cabernet et syrah sont sa fin, le Net est un bon moyen. Il crée un blog, Love that Languedoc, accessoirement pour éviter la taille (!), surtout pour parler de lui et de sa passion pour les vins de la région. Entreprenant, le garçon prend aussi la casquette de commercial et assure les 50% d’export du domaine.
« Le métier me plaît. Bien sûr j’aurais pu rester aux Etats-Unis et faire la même chose. Mais quitte à bouger, autant partir loin !« . Premier millésime en 2005 – la propriété a été achetée fin 2004 – un réseau qui commence à bien se développer, de l’enthousiasme à revendre et des idées – trop ? – qui jaillissent au gré des rencontres et des voyages.
Mais Ryan, à part le Cabardès, tu aimes quoi ?
Ton dernier coup de cœur
C’était à Vienne, à l’occasion de l’European Wine Business Conference ; j’ai goûté un vin autrichien du Leithaberg, produit par le domaine Artner’s work. C’est un vin rouge que j’ai trouvé très exotique, avec une bonne acidité. J’ai aimé la recherche entre maturité et fraîcheur.
L’accessoire dont tu ne te sépares jamais ?
Ma petite caméra Flip.
Tu es plutôt bouteille, canette ou magnum ?
Magnum !
Le restaurant où tu as ton rond de serviette ?
Je suis juste à côté de Carcassonne et j’adore l’Hôtel de la Cité. En été, le Jardin de l’Evêque est un endroit très agréable. Il y a de bons vins, on y mange bien. Et comme c’est le même propriétaire que la Barbacane, le restaurant gastronomique, je peux demander la carte des vins !!
Ton accord mets et vin préféré ?
Un marcassin avec une bonne syrah du coin… allez savoir laquelle !!!
La fin de la bouteille au resto : tu la bois ou doggy-bag ?
Je la bois, toujours !
Le vin que tu as honte de boire ?
C’est un vin très « Nouveau Monde » alors tout le monde me taquine dès que j’en bois : Brewry Hill, shiraz, un vin rouge australien.
Ta première gorgée de vin : quand et avec qui ?
J’ai été baptisé à Paris, au champagne ; j’avais trois ans… Je ne m’en souviens pas mais c’est sûrement mon premier vin.
La bouteille qui a déclenché ta passion
Il n’y en a pas une en particulier. Petit, je buvais un peu de vin à table, avec mes parents. Le vin a été une découverte naturelle.
Tu ne pourrais pas vivre sans …
Vin bien sûr, c’est trop facile
J’aime beaucoup l’art, visuel, écrit ou vinique.
Le vin que tu aimes faire découvrir à tes amis néophytes
Un vin du Languedoc.
Tu recraches : systématiquement, seulement quand c’est mauvais, jamais ?
Quand j’ai vraiment besoin, dans une grosse dégustation.
Si tu partais sur une île déserte, quelle bouteille emporterais-tu ?
Un vin qui résiste à la chaleur
Je pense à la cuvée Naïck Blanc du domaine de l’Oustal Blanc, en Minervois (un VDT à base de grenache gris ndlr) mais j’en prendrais quelques cartons dans ce cas.
Le flacon que tu voudrais avoir dégusté avant de mourir
J’aimerais vivre assez pour regoûter mon 2005 dans 40 ans, j’ai hâte de le revisiter. Ou alors une bouteille légendaire du domaine de la Romanée Conti car je connais très peu la Bourgogne.
« La vérité est au fond du verre ». Au fond, est-ce toujours la vérité ?
Oui, les deux parties de la question sont vraies. Le vin c’est l’opportunité d’une expérience unique, comme au théâtre, dans chaque verre ou chaque gorgée.
Retrouvez le blog de Ryan O’Connell
http://love-that-languedoc.com/
En savoir plus sur le vinocamp de Carcassonne
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Portrait : Thierry Desseauve, confessions (d’un gamin du siècle)
avril 16th, 2010 by Veronique Raisin
Ce Cévenol élevé en Normandie, fan des micro-sillons passé aux sillages des vignobles a tracé sa route avec une insatiable curiosité.
Tombé dans la cave de son père quand il était petit, bordeaux, vacqueyras et un beaune-grève 1961 firent son éducation.
A 7 ans il la brûle, à 17 ans, il la pille. Avec méthode. Et quelques complices. L’amitié déjà ….
Les études. La musique. Le journalisme.
A 20 ans, il créé un journal rock, continue d’apprécier les bons vins (et tous les autres), poursuit ses études d’économie et de journalisme.
Premières collaborations, Cuisine et Vins de France, Signature, l’Événement du Jeudi. Premier papier : les arnaques du vin. Le jeune pigiste plein d’avenir se fait un nom et affine sa plume.
Puis vient la rencontre décisive : Michel Bettane. Le déjà très réputé dégustateur se lie d’amitié avec Thierry, apprécie son énergie, sa gourmandise du monde. L’histoire raconte que c’est aux Hospices de Beaune, autour d’un match de foot, que l’amitié scella leur destinée commune. Thierry découvre « l’éthique du grand vin », fondée, dit-il « sur sa capacité à traduire avec la plus évidente force le génie d’un terroir et la permanence d’un style ».
Rédacteur en chef pendant 15 ans de la Revue du Vin de France, il crée en 1996 avec Michel le guide des meilleurs vins de France. En 2005, pari osé mais pas dégonflé : les compères créent leur société. « 15 ans ensemble à diriger ce magazine, on avait l’impression d’avoir fait le tour de la question. Et comme on a la chance de vivre une véritable révolution technologique de l’information, on avait envie d’être complètement libres pour apporter notre petite mais originale pierre… » explique Thierry.
Un site web, www.bettanedesseauve.com, le Grand Tasting, des articles, des ouvrages, un Grand Guide des Vins de France, Paris, Hong-Kong etc.
Fan de foot, féru de vélo (oui, il a « fait » le Ventoux), toujours un sourire aux coins des lèvres, un phrasé lent (si si !), un physique de beau gosse, l’élégance chic, Thierry Desseauve promène sa grande silhouette et sa bonne humeur aux quatre coins du vignoble. Qui sait, peut-être le croiserez-vous ? C’est tout le mal que l’on vous souhaite.
| Sa bouteille fétiche : Ducru-Beaucaillou 1970.
« Pour la première fois j’ai mis une saveur sur le mot complexité. J’ai encore ce goût en mémoire ». Son trait de caractère : la générosité Son faible : le champagne. « Si les grands champagnes n’existaient pas, je serais terriblement malheureux ; il manquerait quelque chose au monde ». Sa destination : l’Italie et Londres Un détail : la croix huguenote qu’il porte autour du cou. |
1. Si vous n’étiez pas devenu dégustateur ?
L’autre métier que j’aurais adoré faire, c’est menuisier. Parce que c’est un métier d’artisan. Je me considère d’ailleurs comme un artisan. Cela dit je suis très maladroit…
2. Sans quel vin ne pourriez-vous pas vivre ?
Le champagne. Mais j’aurais du mal à vivre sans vin de toute façon !
3. Le vin que vous espérez goûter un jour ?
S’il existe une civilisation extra-terrestre, j’aimerais être le premier à goûter leur vin ! On reconnaîtra qu’ils sont civilisés à cela d’ailleurs : à leur capacité à produire du vin.
4. La faute de goût impardonnable ?
Boire de la Corona au salon de l’Agriculture…
5. Que détestez-vous le plus dans la vie ?
La bêtise au front de taureau comme disait Baudelaire. D’ailleurs, je déteste me faire engueuler.
6. La plus belle preuve d’amitié ?
En ce qui me concerne, filer le seul magnum de Mouton Rothschild 2000 que j’avais à un ami (en espérant que je serai toujours son ami le jour où il sera temps de l’ouvrir !)
7. Le dernier livre que vous avez lu ?
La Vie de Henry Brulard de Stendhal.
J’adore sa liberté de ton, la finesse d’écriture, l’allant, le naturel.
Je pense que le 19e siècle est l’apogée absolu de la littérature française. Je peux relire chaque année tout ou partie des Mémoires d’Outre-Tombe ou Choses Vues de Hugo !.
8. La qualité que vous préférez chez une femme ?
Le charme, je dois en convenir.
9. S’il ne vous restait le temps que pour une dernière bouteille ?
… il faudra bien que je me pose la question un jour, c’est terrifiant.
(…)
Un grand liquoreux.
Une gorgée d’Yquem.
Cela fera passer plus suavement le passage de vie à trépas.
10. Le vin pour séduire qui marche à tous les coups ?
Aucun vin ne marche à tous les coups !
11. La bouteille la plus précieuse que vous avez en cave ?
C’est le vin pour lequel j’ai le plus d’amitié amoureuse et un absolu respect.
J’ai un rapport intime avec ce vin qui est tout en sensualité. Car le vin est une affaire de sens, d’émotion.
C’est un vin sensuel au sens premier du mot.
12. Etre heureux, pour vous, c’est quoi ?
Continuer à apprendre. Apprendre c’est vivre, grandir, s’amuser, construire, rencontrer des gens.
Ne pas s’enfermer dans un seul possible.
Toujours apprendre pour espérer devenir grand un jour.
Portrait et interview de Véronique Raisin.
TAST : toujours plus de grands vins !
juin 29th, 2009 by Rédaction iDealwine
Le dernier numéro de TAST, le magazine du tandem de dégustateurs le plus célèbre de France, Michel Bettane et Thierry Desseauve, vient de paraître.
Au sommaire, une étude de terroir sur Chambertin et Chambertin Clos de Bèze, une époustouflante verticale de Perrier-Joüet de 1825 à 2002, une enquête dans les coulisses de la filière bois pour voir de quel bois les tonneliers se chauffent, un portrait d’une jeune Frenchy au pays des kangourous et bien sûr, comme à chaque numéro, les indiscrétions du monde viticole, avec les domaines découvertes du Grand Guide des Vins de France 2010 (à paraître dès cet été) et la revue de presse anglo-franco des meilleurs blogs !
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