Grands crus : quand les propriétaires font appel aux people pour réinventer leur étiquette
novembre 21st, 2011 by Rédaction iDealwine
Château Mouton-Rothschild avait ouvert le bal en 1945 en confiant à l’artiste Philippe Jullian le soin d’orner son étiquette d’un V victorieux, pour célébrer la paix retrouvée. Aujourd’hui l’étiquette-oeuvre d’art a fait son chemin et se décline sur tous les tons et pour tous les goûts.
Le très rock and roll Bruno Borie a fait appel à la fille de Mick Jagger, Jade Jagger, pour donner un coup de crayon à sa cuvée Croix de Beaucaillou, « l’autre vin » de Ducru-Beaucaillou, sur des terroirs de Grand Cru. Réservée à une série limitée, sur le millésime 2009, cette parure rococo, dorée sur fond noir, s’inspire du style Second Empire avec des feuilles d’acanthe. Une référence nous dit-on à Marie de Constantinople qui rénova le château à la fin du 19e siècle. Pour l’avoir goûté in situ au printemps dernier, Croix de Beaucaillou 2009 envoie du lourd (comme on dit entre nous) : 90% de cabernet sauvignon et 10% de merlot donnent ici un vin suave, tendu, élégant, tout en finesse, moins velouté dans le tanin que Ducru, mais droit et savoureux. L’étiquette a été déclinée en version magnum, double magnum ou melchior.
De son côté, la maison de champagne Piper-Heidsieck, récemment cédée au groupe EPI, a choisi de (re)faire parler d’elle en confiant à nouveau l’habillage de sa bouteille à Jean-Paul Gaultier. Le créateur avait déjà collaboré avec la Maison en 1999. Douze ans plus tard, leur alliance donne lieu à une création version bas-résilles inspirée de l’univers du French Cancan. Cela colle parfaitement à l’image de ce champagne, son côté festif et underground. Mais attention, pour être chic et de bon goût, la résille est parée de cristaux Swarovski et les deux flûtes qui accompagnent la bouteille sont en cristal. Bien sûr, ça coûte une petite fortune…
Enfin, le Château Rauzan-Ségla, deuxième grand cru Klassé de Margaux, s’est sobrement offert les services de Karl Lagerfeld, l’excentrique et génial homme de goût de Chanel et Fendi, pour célébrer ses 350 ans. L’homme a avoué ne « plus boire depuis des années »*, c’est donc plus pour ses talents artistiques que pour sa connaissance du vin que le créateur a été choisi par la famille Wertheimer, propriétaire de la maison Chanel et du château Rauzan Ségla…
On en pensera ce qu’on voudra, mais pour faire parler de soi, c’est tout de même bien vu. La preuve. Je suis tombée dans le tableau.
* Dans un entretien accordé à la RVF n°536 de novembre 2009.
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Bordeaux : la climatologie du millésime 2009
juin 22nd, 2010 by Veronique RaisinAnnée du siècle le 2009 ? S’il est encore trop tôt pour prédire l’avenir du petit dernier, les conditions climatiques de sa naissance sont en tout cas – et là sans risque de se tromper – une indication de son profil et de son pedigrée.
Pour les vins rouges, 2009 a rassemblé toutes les conditions qui déterminent un grand millésime : une floraison et une nouaison précoces tout début juin par temps chaud et sec, une véraison précoce (fin juillet) survenue après des pluies qui stoppèrent la croissance de la vigne, une maturation complète grâce à un été chaud, des vendanges idéales par temps sec. Cela dit, sur certains terroirs, la vigne a pu souffrir de la sécheresse du mois d’août.
Pour les vins blancs secs, la chaleur et la sécheresse après la véraison furent le gage de raisins sucrés et riches en arômes. Cependant 2009 fut moins propice à l’acidité et à la puissance aromatique du sauvignon même s’il reste très satisfaisant. Le sémillon en revanche s’est révélé exceptionnel, d’une complexité inouïe.
Les vins liquoreux furent également exceptionnels, grâce aux pluies des 18-19-20 septembre suivies d’une longue période de brouillards matinaux et de chaudes après-midi.
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A Sauternes et Barsac, sécheresse et chaleur modérées durant six mois consécutifs donnèrent des raisins parfaitement mûrs, très riches en sucres (et en alcool), peut-être davantage encore que 2005. La phase végétative fut d’une rare qualité et les nuits fraîches de l’été préservèrent l’acidité et le potentiel aromatique. La botrytisation fut superbe, grâce notamment aux pluies du 19 septembre (sans les déluges annoncés !) et des trois semaines chaudes et sèches qui suivirent.
Yquem rentra ses derniers raisins le 19 octobre ; opulent comme 1990, intense comme 2003, concentré comme 2001, magique comme 1893, 2009 s’annonce grand, au moins… Attendons la suite.
Dans le Médoc, l’hiver fut un peu plus froid que d’habitude mais jusqu’au mois de mars, la région bénéficia d’un ensoleillement prolongé, supérieur à la moyenne des trente dernières années et propice à la bonne maturation du raisin. Avril fut très humide, mai souvent orageux. La floraison, rapide et homogène, intervint début juin. L’été s’installa, très ensoleillé, sans excès. Le fort stress hydrique et les bonnes conditions permirent une maturation parfaite et complète. Septembre fut idéal, alternant nuits fraîches et journées chaudes. Aux vendanges, le vignoble fut dans sa grande majorité parfaitement sain. A Mouton Rothschild, les vendanges commencèrent le 23 septembre avec les merlots et se terminèrent le 6 octobre avec les cabernets sauvignons. Les raisins furent extrêmement sains, très sucrés, colorés et fruités.
Sur la rive droite, à Saint-Émilion et Pomerol, les mêmes conditions climatiques furent propices à un très bon millésime, peut-être davantage chargé en alcool cependant pour les merlots. Cabernets francs et sauvignons trouvèrent un plus juste équilibre.
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L’hiver froid et tourmenté les deux premiers mois fut plutôt sec, ensoleillé et doux en mars pour une reprise précoce de la végétation. Ce fut le 5e hiver le plus rigoureux depuis vingt ans.
Le début de printemps fut humide, avec des orages en mai puis une installation précoce de l’été pour une belle floraison la première quinzaine de juin.
L’été fut beau et chaud, avec de faibles perturbations ; il se poursuivit en septembre et octobre et favorisa la pleine maturité.
« Des vins blancs secs puissants, de grands vins rouges et de prodigieux vins liquoreux ».
(Sources : notes des châteaux Yquem et Mouton-Rothschild ; conférence à l’Institut des sciences de la vigne et du vin de l’université de Bordeaux, de Laurence Geny, Bernard Donèche et Denis Dubourdieu).
Le millésime 2009 dans la vallée de la Loire
juin 7th, 2010 by Veronique Raisin
©InterLoire – P. Girault
2009 est un beau millésime pour la Loire, globalement. Il faudra simplement savoir se montrer sélectif sur les blancs secs, de sauvignon notamment : les conditions climatiques estivales particulièrement chaudes ont suscité des degrés élevés et des acidités un peu faibles pour certains vins.
2009 est une année où le stress hydrique et la chaleur ont été présents ; en août, la comparaison avec 2003 a été un temps évoquée, voire 2005. Puis fin septembre, le vent a permis d’apporter un peu de fraîcheur, de faire monter les niveaux de sucre aussi, et quelques pluies ont permis de revenir à des températures plus clémentes.
C’est dans l’ensemble un beau millésime, avec une acidité présente.
Le vignoble du Muscadet s’en sort très bien : il ne faut pas négliger ces vins de grande tension, qui sont cette année remarquables et dont les plus belles réussites peuvent se garder jusqu’à une dizaine d’années, voire davantage. Homogènes, ils ont un haut niveau d’acidité qui évoque 1989.
En Anjou, les blancs secs de chenin ont mit du temps à mûrir, le niveau est faible ; c’est assurément une année vouée aux demi-secs et aux liquoreux.
A Saumur-Champigny, les vins rouges sont de très haut niveau, de même qu’à Bourgueil (où les vins sont les plus homogènes) et Chinon où le potentiel de garde est grand. Un peu comme en 1990, il y a du volume et un beau jus, sur une maturité confortable.
Dans la région de Sancerre, les rouges sont eux aussi d’un excellent niveau, avec des pinots noirs très mûrs, qui se garderont allègrement dix ans. Les sauvignons en revanche sont fort réussis sur les grands terroirs, beaucoup moins (un peu mous) sur les terroirs moins notoires.
Les grandes bouteilles en rouge
Il faudra aller les chercher du côté de l’Anjou, du Saumurois et de la Touraine, sur des terrains calcaires. Là les cabernets-francs et cabernets-sauvignons qui n’ont pas été vendangés trop tôt ont profité d’une belle maturité.
- Clos Rougeard, Saumur-Champigny Le Bourg
- Domaine Philippe Alliet, Chinon Coteau de Noiré
- Domaine Yannick Amirault, Bourgueil La Petite Cave
- Domaine Alphonse Mellot, Sancerre En Grands Champs
- Domaine des Roches Neuves, Saumur-Champigny Marginale
- Domaine Saint-Nicolas, Fiefs Vendéens Plante Gate
- Domaine Pellé, Menetou-Salon Les Cris
Les grandes bouteilles en blanc
Le chenin s’en sort parfaitement, mais il faut le préférer en demi-sec ou liquoreux.
- Château de Suronde, Quarts-de-Chaume Les Quarts
- Domaine Bernard Baudry, Chinon La Croix Boissée
- Domaine Bonnet-Huteau, Muscadet Sèvre-et-Maine Les Dabinières
- Domaine André-Michel Brégeon, Muscadet Sèvre-et-Maine
- Domaine Huet, Vouvray Le Mont
- Domaine de Juchepie, Coteaux-du-Layon Faye Quintessence
- Domaine du Clos Naudin, Vouvray moelleux Réserve
- Domaine le Rocher des Violettes, Montlouis Touche Mitaine
- Domaine Saint-Nicolas, Fiefs Vendéens, Les Hauts des Clous
- Domaine des Roches Neuves, Saumur, Insolite
- domaine Éric Morgat, Savennières L’Enclos
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Décryptage : 1989, 1999 et 2009, les années en « 9 »
novembre 30th, 2009 by Veronique Raisin
Trois années, trois millésimes qui annoncent la (bonne) couleur et présagent d’une garde certaine. Faut-il voir dans ce chiffre 9 un signe particulier ? Un cadeau de la Nature ? Un symbole particulier peut-être ? Météorologiquement parlant, ces années ont-elles des points communs ?
Bernard Burtschy, dans le Figaro, s’interroge : « Les férus de numérologie auront remarqué que tous les vingt ou trente ans apparaît avec une grande régularité un grand millésime qui défraye la chronique, sans que l’on ne sache trop pourquoi. Un autre mystère (…) Les années en 9 forment, plus que toute autre, une série brillante de millésimes. Hasards de la climatologie ou de la numérologie ? Le millésime 2009, qui s’achève, s’inscrit dans cette lignée avec un chaud mois d’août et un ensoleillé mois de septembre, gage de grands vins« .
Michel Bettane nous livre son analyse à propos des trois derniers millésimes en 9 : « Il y a des similitudes, à chaque fois un beau volume de récolte, du soleil, mais 1999 est bien supérieur en Bourgogne qu’à Bordeaux tandis qu’en 1989, c’est l’inverse ! 2009 semble encore supérieur à 1989 en maturité finale et en qualité de raisin ; le millésime pourrait se comparer à 1929, 1949 ou 1959, davantage d’ailleurs qu’à 1989 ou 1999. »
Si l’on regarde du côté de la météo, deux éléments décisifs peuvent être relevés, communs à ces trois années :
- pas de gelées tardives ces trois années-là, empêchant ainsi un blocage de la végétation et un mauvais débourrement au printemps.
- une belle seconde partie d’été : les mois d’août et de septembre furent bien ensoleillés et les vendanges un peu plus précoces. Ce fut encore plus vrai pour 1999.
Ces constats sont bien évidemment à pondérer des nuances climatiques régionales.
Si l’on observe à présent, dans l’ensemble, les températures et les précipitations de ces années, on note :
- des températures élevées entre mars et septembre-octobre, de façon continue, surtout pour 1999 et 2009 pour qui ces épisodes furent constants, sans températures excessives mais supérieures à la moyenne. 1989 fut un peu plus irrégulier, avec de gros coups de chaleur en mai et août, mais néanmoins chaud en moyenne.
- des précipitations inférieures à la moyenne. 1989 fut une année sèche, surtout dans le Sud, de même que 2009, même si on ne connut pas d’épisodes de grosses chaleurs comme en 2003. En 1999, la répartition des pluies fut bonne, la sécheresse peu présente.
Merci à Antoine Pasteau pour ses lumières météorologiques…
1989 : l’hiver 88/898 est extrêmement doux et sec, avec peu de neige en montagne jusqu’en février. Mais fin février, une violente tempête s’abat sur tout l’ouest de l’Europe tandis que des chaleurs précoces arrivent la première quinzaine de mars, notamment dans le Sud-Ouest. Avril est froid (il neige à Paris le 4 !), mai renoue avec la chaleur. Depuis l’hiver, une importante sécheresse concerne l’ouest de la France et certaines îles bretonnes doivent être ravitaillées en eau (à Quimper, la situation est pire qu’en 1976) ; la sécheresse concerne également les régions méditerranéennes et le Sud-Ouest jusqu‘à l’automne 1989. Les incendies se multiplient, notamment dans le massif des Maures et la forêt landaise. Les mois de juin et juillet 1989 sont d’ailleurs chauds et secs. Juillet est caniculaire sur toute la France. En août, de violents orages frappent l’Aquitaine. Octobre est chaud.
1999 : l’hiver est également très doux, avec des records de chaleur sur toute la France début janvier. Puis la neige tombe abondamment jusqu’en février sur le grand quart nord-est jusqu’à la région Rhône Alpes. Avril et mai sont marqués par les orages, de la Touraine aux Ardennes, mais aussi dans l’Aude. Fin juillet, une vague de chaleur modérée précède de forts orages en Aquitaine, Languedoc-Roussillon, Poitou-Charentes et Franche-Comté.
L’automne 1999 est très pluvieux sur les régions méditerranéennes et l’est.
La fin de l’année est marquée par des tempêtes historiques et de graves inondations.
2009 : le début de l’année est froid et neigeux un peu partout en France. Fin janvier, des inondations dans le bassin de la Garonne sont suivies un peu plus tard des mêmes phénomènes dans le Languedoc-Roussillon. Le printemps est plus clément, avec de fortes chaleurs en avril, de l’Alsace à la Provence. Les fortes chaleurs persistent en mai, avec de violents orages de grêle. L’été alterne mauvais temps (juin) et chaleur avec orages (juillet). Fin août la chaleur se prolonge dans le Sud-Est puis dans toute la France, dégénérant en intempéries.
Source : www.meteo-paris.com
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Jancis Robinson se prononce sur le millésime 2009
septembre 29th, 2009 by Rédaction iDealwine
Qu’on se le dise : le monde viticole annonce un magnifique millésime 2009.
Les vignerons l’avaient annoncé et Jancis Robinson l’a confirmé : 2009 sera un millésime réussi. Dans un article du Financial Times, cette œnologue réputée met en avant les facteurs climatiques de ce succès. L’hiver rude que nous avons connu a rendu possible une destruction des infections néfastes pour les raisins.
La vigne en a alors profité pour se « régénérer ». L’humidité du printemps a quant à elle permit le réapprovisionnement des nappes phréatiques. Enfin, la stabilité et la relative douceur de l’été ont également contribué à produire une belle récolte. Nous sommes loin des chaudes nuits de l’été 2003, dont le millésime se démarque par la canicule qui sévissait alors sur le vignoble français. La satisfaction des vignerons se fait ressentir en Bordelais, mais également en Alsace, Bourgogne et Vallée du Rhône.
Après des niveaux de ventes plutôt moroses en 2007 et 2008, les négociants anglais retrouvent le moral et comptent bien sur le millésime 2009 pour relancer le marché. C’est d’autant plus important que la production devrait augmenter de plus de 10%.
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