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Primeurs 2010 à Bordeaux : premières impressions du millésime

avril 8th, 2011 by Angelique de Lencquesaing

9 heures 19, gare Saint-Jean, temps de rêve sur Bordeaux : la dégustation des primeurs 2010 s’annonce sous les meilleurs auspices. Rive droite, rive gauche, récit d’une journée marathon.

Chaque année c’est la même histoire. On se lève en pleine nuit, on saute dans le train en espérant y reprendre le cours d’un sommeil brutalement interrompu, on se demande, l’estomac au bord des lèvres, comment on va survivre à un programme consistant à déguster, dès 10 heures du matin, une bonne soixantaine de crus, on jure que l’on ne nous y reprendra pas… Et, peu à peu, le train avance, le jour se lève, le paysage change, les vignes apparaissent, rang par rang, et la magie opère. A nous Bordeaux !

Cette année, nous commencerons par la rive droite. Cap sur Pomerol donc, sous un soleil éclatant. Le château La Pointe, fraîchement ravalé, accueille cette année la dégustation de l’Union des Grands Crus. Sacrée machine de guerre que cette Union, qui orchestre avec une minutie exceptionnelle et un professionnalisme irréprochable la grand messe des primeurs. L’UGC attend en effet cette semaine plus de 5000 dégustateurs !

Nous allons donc déguster une dizaine de vins (pas Petrus, non, jamais de Petrus au milieu des autres vins). Est-ce que ce sont les échantillons ? Ou le début de la journée ? Certains vins nous inspireront moins qu’en 2009, ils s’étaient alors montrés tellement flatteurs ! Ils portent en effet cette année les caractéristiques d’un millésime aux matières denses et serrées, plus taillé pour la garde encore. Gros coup de cÅ“ur pour La Conseillante, un cru qui nous émerveille à chaque fois, et qui cette année encore, exprime déjà au plus haut niveau toute la complexité de son terroir dans un ensemble à la fois puissant et velouté. On aime aussi la vigueur et la droiture de Clinet, l’équilibre de La Pointe, la longueur de Petit Village, la souplesse et le nez gourmand de La Cabanne.

En route pour Saint-Emilion, ensuite. Chevaux, sanglier, un ballet de sculptures animalières en bronze accueille les visiteurs dans la cour du château La Couspaude. Beaucoup de monde, déjà, dans la salle de dégustation. Les saint-émilions sont plus homogènes, la qualité est impressionnante (la puissance et le degré d’alcool aussi !). Les dégustateurs se pressent autour des tables, nous tombons sous le charme de Clos Fourtet, vif, droit, aux tanins élégants. La texture est magnifique et l’ensemble dégage une belle énergie. On en redemanderait ! Coup de cœur aussi pour Canon La Gaffelière et Beauséjour Bécot, mais aussi et surtout pour Troplong Mondot et Pavie Macquin. Figeac s’affiche en comparaison plus austère à ce stade, mais quelle structure et quelle complexité dans le verre. Le nez aux reflets anisés de La Gaffelière nous intrigue. Ce qui suit est heureusement tout en élégance. Balestard La Tonnelle se déguste particulièrement bien en dépit d’une petite pointe de verdeur en toute fin de bouche. Larcis-Ducasse, velouté et gourmand, se distingue aussi par son bel équilibre. Dassault et La Couspaude pourraient se révéler de beaux rapports qualité-prix. Diable, que de réussites à Saint-Emilion cette année ! L’excitation est palpable dans la salle de dégustation. Et la tension monte encore d’un cran lorsque Michel Rolland y fait son entrée. On lui fait de la place, on lui sourit et, du côté des producteurs, on avoue être honoré de lui faire goûter les vins (dixit la jeune femme rougissante qui remplit son verre). Mais la suite du marathon nous attend. Nous quittons à regret la salle de dégustation.

Retour sur la rive gauche, en route vers le Médoc maintenant. Au château Lascombes, les asiatiques sont plus nombreux que dans le Libournais. Ils étaient attendus en masse cette année. Mais aujourd’hui, nous entendons surtout raisonner l’accent anglais, et aussi, beaucoup plus que l’année dernière, américain. Le déjeuner sera léger, léger. Ceux qui nous

ont précédés ont déjà « nettoyé » le buffet. Tant mieux dans un sens, nos papilles seront loin d’être saturées lorsqu’il s’agira de déguster Château Margaux.

Le premier cru a, pour l’occasion, ouvert ses grilles. Un groupe d’asiatiques se fait photographier au pied des marches. Poliment, et aussi parce que nous ne voudrions pas laisser passer l’heure du rendez-vous, nous restons au bout de l’allée. L’accueil est parfaitement orchestré. Les groupes sont nombreux, et la dégustation organisée dans plusieurs points du domaine. Pour nous, ce sera la cuverie. Pourquoi pas, au fond ! Thibault Pontallier nous accueille. En digne héritier de son père*, il fait lui aussi preuve d’un bel enthousiasme et d’une verve tout aussi intarissable. Le livret qui nous est remis l’annonce en préambule : « C’est à peine croyable, mais pourtant confirmé : 2010 est au moins un aussi grand millésime que 2009 ! ». Nous dégustons d’abord Pavillon Rouge, qui a fait lui aussi, et cette encore, l’objet d’une sélection sévère. Thibault Pontallier nous confirme d’ailleurs la mise sur le marché d’un troisième cru, dont le nom ne nous sera toutefois pas encore révélé**. Ce vin est destiné, comme le 2009, à être commercialisé à l’issue de la mise en bouteille. Le nez de Pavillon Rouge est discret, fin, divinement épicé. La trame est serrée, l’ensemble d’une belle longueur, avec une fraîcheur qui s’explique par la climatologie du millésime (de belles nuits fraîches). Superbe !

Vient ensuite le château Margaux qui s’annonce par une robe rubis pourpre d’une densité somptueuse. Si le premier nez se montre légèrement austère et plus fermé que l’exubérant 2009, il révèle ensuite toute l’élégance caractéristique de Margaux. En bouche, la puissance est bien là, l’équilibre parfait, la texture et la finesse des tannins exceptionnelles. Une puissance admirablement maîtrisée par une texture veloutée. Moment exquis que Thibault Pontallier accompagne d’un chapelet de louanges que nous trouvons amplement méritées. « Ambassadeur » de Château Margaux à Hong Kong, il remplit avec bonheur et talent cette mission que beaucoup lui envieraient ! Michel Bettane avait octroyé un 100/100 à Château Margaux en 2009. Quelle note va-t-il pouvoir lui attribuer cette année ? Pour finir sur une belle note de fraîcheur, vient ensuite Pavillon blanc de Château Margaux. Les arômes d’agrumes jaillissent du verre, dans un ensemble concentré, complexe, très réussi. Thibault Pontallier prétend qu’on pourra l’apprécier encore dans dix ans, au bas mot. Nous, on l’aime déjà, tel quel. Malheureusement, l’heure avance, nous n’aurons que de trop rares minutes à accorder aux vins de Margaux mais nous apprécierons tout de même l’élégance de Brane Cantenac et plongerons notre nez dans le bouquet subtil de petits fruits noirs, de baies et de myrtilles de Château Siran.

Quelques kilomètres plus loin, au château Branaire Ducru, la dégustation se poursuit. Et là, la qualité du millésime éclate. Les vins se montrent au plus haut niveau. 2010 s’annonce donc aussi fort réussi dans le Médoc. L’exigence a été portée au plus haut point : puissance, équilibre, qualité des tannins, les domaines sont nombreux à avoir réalisé la quadrature du cercle. Avec, en plus, pour beaucoup d’entre eux, le soyeux et une texture veloutée qui nous fait littéralement craquer. Nos préférés ? Branaire Ducru, qui incarne la quintessence de l’élégance des saint-juliens, Gruaud Larose, exubérant, Léoville Poyferré, inimitable, Léoville Barton et son nez envoûtant, les deux Pichon (de styles pourtant bien différents) et Lynch Bages, dont quelques esprits grincheux railleront tout de même le côté un poil body-buildé. Mention spéciale pour Phélan Ségur, gourmand et parfaitement équilibré.

On ne s’inquiète pas trop pour le destin des châteaux Clerc Milon et d’Armailhac, parfaitement réussis : l’Asie va s’en emparer. Même scenario pour Beychevelle, qui malgré la légère rugosité de tannins en fin de bouche devrait aussi déchaîner les passions. L’ambiance est à la fête, les producteurs souriants, Philippe Castéja (Président du Conseil des Grands Crus classés) d’humeur toujours aussi badine, l’œnologue Franck Dubourdieu tout à l’émotion du prochain mariage de sa fille. Patrick Maroteaux (Château Branaire Ducru) promet que ses vins ne partiront pas (tous) en Asie : ouf !

Pas une minute, malheureusement, pour lézarder sur la pelouse et les transats gentiment mis à notre disposition par les propriétaires : l’heure tourne ! Et celle du goûter se profile : il est temps de se diriger vers le Château Desmirail, qui accueille cette année la dégustation des crus de Sauternes. Les arômes exotiques du château de Fargues nous envoûtent instantanément. On goûtera avec un même bonheur Doisy Daëne, Suduiraut et Rayne Vigneau. Mais déjà, Julien Minguot (du négociant La Passion des Terroirs), qui nous accompagne tout au long de cette journée s’inquiète, le train ne nous attendra pas… Retour vers Bordeaux. Cet accès de gourmandise nous aura perdus : le train n’a effectivement pas attendu. Sans rancune. Nous nous laissons réchauffer aux derniers rayons du soleil aquitain et commençons à réunir les souvenirs, nombreux et riches de cette journée. Le millésime 2010 confirme, même à l’issue un premier survol, sa fabuleuse qualité.

* Paul Pontallier est depuis 1983 le Directeur du Château Margaux.

** A l’occasion des primeurs 2009, Château Margaux avait annoncé la création d’un troisième vin. A retrouver dans le compte rendu de notre dégustation des primeurs 2009.

Primeurs 2009 : une journée de dégustation à Bordeaux

Accédez au diaporama de la journée des primeurs à Bordeaux.

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Château Margaux, jamais deux sans trois

2010 à Bordeaux : premiers échos de la vendange

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Le château Siran, à Margaux

décembre 2nd, 2009 by Veronique Raisin

edouard-vignes-chateau-siranAujourd’hui conseillé par Denis Dubourdieu, Å“nologue phare du bordelais, Siran fait figure d’incontournable dans la galaxie des margaux. Portrait d’un domaine en plein renouveau

Propriété de la famille Miailhe, courtier en vins, depuis le milieu du 19e siècle, Siran a auparavant appartenu aux grands-parents de Toulouse-Lautrec. La 5e génération, représentée depuis 2007 par Édouard Miailhe, est aux commandes actuellement et assure la direction du domaine.

Petit (25 ha) mais jouissant d’un magnifique terroir, le vignoble du château Siran repose sur des sols de graves et de galets ; particularité du cru : une grande proportion de petit verdot (jusqu’à 15% sur certains millésimes) entre chaque année dans l’assemblage. Couleur et longueur en bouche plus soutenues résultent de ce cépage. Travaillé très classiquement, Siran l’est autant dans les vignes que dans les chais. Lors de la révision du classement des crus bourgeois, intervenue en 2003, Siran avait accédé au titre envié de Cru Bourgeois Exceptionnel. Le château ne peut plus se prévaloir aujourd’hui de cette distinction en raison des recours qui ont mené à l’annulation de ce classement. Mais celle-ci témoigne tout de même de la qualité d’un cru emblématique, par son élégance, de l’ensemble des vins de Margaux.

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Château Siran 2001 : ce qu’en dit la presse

17/20 RVF
« Plein de tanins gras, ce vin révèle une matière de belle longueur et d’une parfaite maturité de fruit en finale. » (09/2004)
« Belle robe sombre, nez expressif, bouche pleine sur des tanins gras : il révèle une matière de belle longueur et d’une parfaite maturité de fruit en finale. » (11/2004)

16,37/20 Decanter
« Good sturdy nose. Lovely smooth tannins, good flavour »

15,5/20 B&D
« Vin expressif, au corps plein, avec des tanins gras et une matière de belle longueur, sur une parfaite maturité de fruit en finale ».

15.25/20 Jean-Marc Quarin – Dégustation du 03 Juillet 2009 au Château Siran

« Goûté trois fois en 2009, c’est le vin du château Siran le plus complet et le plus agréable à boire en ce moment.
Nez fruité et légèrement confit. Note de cassis évoquant Pauillac. Pointe d’épices. Bouche arrondie, suave, fruitée et aromatique. Tannicité un brin ferme dans la persistance. Le servir décanté à la dernière minute pour l’adoucir. »

87/100 Wine Spectator
« A pretty wine with currants, berries and mineral. Medium-bodied, with fine tannins and a delicate finish. Silky. Best after 2005. 8,000 cases made. »

Le Quotidien du Médecin (01/2004)
« Cette cuvée 2001 puissante et musclée, à l’expression pure et nette, à la fois tannique et de bonne mâche, exprime déjà toute son élégance. Il accompagnera somptueusement foie gras en terrine, agneau, bœuf et gibier. »

Saveurs (Février 2005)
« Très belle robe pour ce margaux qui possède 14% de Petit-Verdot. Bouche large, notes de réglisse et d’épices, jolis tannins pour signer la finale. »

86+/100 Parker
« Austère et viril, le 2001 arbore une couleur rubis pourpre saturé tout à fait impressionnante, mais cache bien son jeu avec ses notes vitaminées de cassis, de fumé et de minéraux. Dur en finale, très extrait et quelque peu mystérieux, il semble ample et riche mais il manque de charme. Ce vin a bien des atouts et suivra assurément une belle évolution. A maturité entre 2008 et 2014. »

A propos du Château Siran

GUIDE BETTANE&DESSEAUVE (2/5)
« Excellent cru bourgeois de Margaux, situé sur de très belles graves de Labarde, identiques à celles de Dauzac, Siran produt un vin assez corsé, généreux, très complexe au vieillissement, avec les plus belles notes de rose ancienne et d’épices du secteur. Le cru produit aussi un excellent bordeaux supérieur sur ses vignes de palus. Le vin est devenu très régulier, avec peut-être des tanins encore un peu plus fins depuis 2005. »

GUIDE RVF des meilleurs vins de France
« Une nouvelle génération représentée par Édouard Miailhe est arrivée à la tête du château et d’importants investissements sont prévus pour redonner tout son lustre à ce cru. Son remarquable terroir est situé sur la commune la plus sudiste de l’appellation (Labarde) et s’étend sur un superbe plateau de graves siliceuses. Robuste en primeur mais développant, avec le temps, un splendide bouquet de rose ancienne et d’épices, fidèle au profil des margaux, Siran a régulièrement produit des vins très typés. Après une période en demi-teinte, les derniers millésimes renouent  avec les belles périodes du passé. »

GUIDE GAULTMILLAU (1,5/4)
« Tout au sud de l’appellation Margaux, Siran repose sur un très beau terroir de graves sur silices et sur sables. Brigitte Miailhe, épouse d’Alain Miailhe, a géré la propriété avec un grand dynamisme jusqu’en 2007. Son fils Édouard a donc pris la suite et continue son travail avec Denis Dubourdieu, Å“nologue du domaine. Les derniers millésimes sont aboutis et ont même permis au château d’être classé parmi les 9 meilleurs crus bourgeois exceptionnels. »




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