Archive for the ‘Primeurs’ Category

Dégustation de Bordeaux 2009 : Robert Parker donne la fièvre à Hong Kong !

novembre 9th, 2011 by Philippe Rabert

Dans le cadre de la conférence Wine Future à Hong-Kong, Robert Parker vient de bousculer le mythique classement de 1855 lors d’une dégustation monstre de grands bordeaux face à un millier de spectateurs.

Annoncée le 16 septembre dernier sur le blog d’iDealwine, cette dégustation s’est déroulée dans le cadre de Wine Future, une manifestation qui a succédé à la Hong Kong International Wine and Spirits Fair. Wine Future vient donc de réunir (du 6 au 8 novembre) les grands noms du vin pour les amener à s’exprimer sur les enjeux économiques auxquels l’industrie viticole doit faire face. Tables rondes et dégustations se sont enchaînées pendant ces trois jours, la plus médiatisée étant sans aucun doute la participation de Robert Parker à une dégustation de vingt grands crus de Bordeaux en présence de mille participants ! Une dégustation baptisée “Magic 20” car il s’agissait pour Parker de mettre en avant (dans le millésime 2009) vingt grands crus de Bordeaux dont les qualités gustatives les plaçaient, selon lui, au niveau des 1ers grands crus. Son choix s’était porté sur les vins suivants (sans volonté de hiérarchie) :

1. Cos d’Estournel (Grand Cru Classé de Saint-Estèphe),

2. Château Pontet Canet (Cinquième Grand Cru Classé, Pauillac),

3. Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande (Second Grand Cru Classé, Pauillac),

4. Château Léoville Poyferré (Second Grand Cru Classé, Saint-Julien),

5. Château Léoville Las Cases (Second Grand Cru Classé, Saint-Julien),

6. Château Palmer (Troisième Grand Cru, Margaux),

7. Château Malescot St.Exupéry (Troisième Grand Cru, Margaux),

8. Château Pape Clément (Grand Cru Classé de Graves, Pessac-Léognan),

9. Château Haut Bailly (Grand Cru Classé de Graves, Pessac-Léognan),

10. Château Angélus (Premier Grand Cru Classé B, Saint-Emilion),

11. Château Trotanoy (Pomerol),

12. Château La Conseillante (Pomerol),

13. Château Pichon Longueville (Second Grand Cru Classé, Pauillac),

14. Château Lynch Bages (Cinquième Grand Cru Classé, Pauillac),

15. Château Smith Haut Lafitte (Grand Cru Classé de Graves, Pessac-Léognan),

16. Château La Fleur Petrus (Pomerol),

17. Château Clos Fourtet (Premier Grand Cru Classé, Saint-Emilion),

18. Château Rauzan-Ségla (Second Grand Cru Classé, Margaux),

19. Château Brane Cantenac (Second Grand Cru Classé, Margaux),

20. Château Le Gay (Pomerol)

Toujours aussi enthousiaste et emphatique, le grand critique américain a notamment déclaré : « Il s’agit de la plus grande dégustation de vins jeunes qui se soit jamais tenue à Hong-Kong et nous sommes en présence des plus grands vins de la plus grande région du monde. Ces vins sont meilleurs que n’importe lequel des premiers crus produits au cours des années 50 et 60 et ils sont aussi bons que ces mêmes premiers crus produits aujourd’hui ! » Face à une salle conquise, le gourou américain a donc fait trembler les bases du sacro-saint classement de 1855 !

Un négociant local résumait d’ailleurs assez bien la situation en déclarant que « Le marché des Bordeaux primeurs 2009 commence véritablement aujourd’hui à Hong-Kong ! » On ne peut pas encore dire si cette dégustation aura une influence profonde sur le marché chinois, mais ce qui est certain c’est qu’elle a mis en relief l’ensemble du millésime 2009 à Bordeaux que Robert Parker n’hésite pas à qualifier comme l’un des meilleurs, sinon le meilleur des millésimes qu’il ait jamais goûté à Bordeaux : « Ces vins sont déjà extraordinaires, et ils continueront de s’améliorer pendant soixante-dix ans ou plus. C’est un millésime qui associe l’opulence avec une facilité d’approche et un potentiel de garde incroyable. ».

Sans vouloir évidemment concurrencer Robert Parker, iDealwine était parvenu à des conclusions très similaires lors de la dégustation de l’Union des Grands Crus à Paris début octobre dernier où nous avions, nous aussi, particulièrement apprécié Brane-Cantenac, Rauzan-Ségla, Pichon-Longueville Comtesse de Lalande, Lynch-Bages, Pape Clément, Léoville Poyferré, La Conseillante, Haut-Bailly, Clos Fourtet et Smith Haut Laffite. Sachant que de nombreux crus classés retenus par Parker à Hong-Kong n’ont pas pu être goûtés lors de cette dégustation parisienne (Pontet Canet, Palmer, Angélus, Trotanoy, La Fleur Pétrus, Le Gay).

A lire également

Dégustation du millésime 2009 des bordeaux de l’Union des Grands Crus

Consultez les ventes de vin

Consultez la cote d’un vin

Une dégustation des pomerols 2007, 2008 et 2009 au Georges V à Paris

octobre 26th, 2011 by Rédaction iDealwine

Pomerol, un joli nom de vin plein de promesses, qui se prononce avec gourmandise dans tous les pays du monde. Les trois derniers millésimes tiennent-ils ces promesses ? Réponse verre en main !

Les châteaux et domaines du Syndicat Viticole de Pomerol ont présenté à Paris le 24 octobre leurs vins des trois derniers millésimes à avoir été mis en bouteille : 2007, 2008 et les très attendus 2009.

Une petite cinquantaine de châteaux ou domaines étaient présents, ce qui a permis de réaliser une intéressante dégustation comparative croisée entre producteurs et millésimes.

Commençons par les années pour lesquelles il est vite évident – ce n’est pas un scoop ! – que 2007 et 2009 se situent, sinon à des extrêmes, en tout cas s’opposent en caractère. 2007 est clairement un millésime où les maturités se sont parfois révélées un peu “limite”. Le piège consistait alors à trop extraire et produire des vins à l’amertume végétale peu aimable…

A l’inverse 2009 est une année vraiment solaire, pour laquelle le risque consistait à basculer vers la surmaturité, avec des vins lourds, presque écœurants.

Quant au millésime 2008, il se situe entre les deux, avec parfois de très beaux équilibres à la fois gourmands et frais. Mais attention ! Nous avons là affaire à un millésime assez hétérogène. Les vignobles bien travaillés s’en sont bien sortis. Les autres nettement moins…

Les confirmations

Château Beauregard : un très joli 2008 dense et tendu resté très frais sans doute grâce à une proportion importante de cabernet franc (30%) dans l’assemblage.

Château Le Bon Pasteur : ce serait un comble si le savoir faire de Michel et Dany Rolland ne se ressentait pas dans leur propre domaine. Le 2007 et le 2009 présentés sont donc des vins réussis dans un registre doux et très policé, facile à apprécier.

Château La Conseillante : on ne sera pas surpris que les vins de ce château restent au sommet de l’appellation. Ici un 2008 dense mais très délicat avec une classe aromatique indéniable. Le 2009 possède un jus magnifique, suave et intense, bien mûr sans excès, une texture douce et qui finit sur la fraicheur. Très beau !

Château Gazin : sans doute le plus beau 2007 présenté ce jour là. Nez graphité, délicat. Bouche dans le prolongement du nez, beaucoup de finesse et d’élégance. Finale dynamique, qui excite les papilles. Le 2009 est dense et très mûr mais un peu moins fin, moins élégant.

Château Hosanna : un 2008 et un 2009 qui possèdent une incontestable classe aromatique et une jolie matière goûteuse, dense mais fraiche (sans doute, là encore, l’apport de 30% de cabernet franc). Le 2009 est particulièrement juteux, à la fois dense et étiré. Très sensuel et hédoniste !

Clos Saint-André : un tout petit vignoble (0,6 ha !) travaillé comme un jardin par Jean-Claude Desmarty qui s’occupe de tout, de la vigne au vin. Si le 2008, un peu rustique, ne nous a pas emballé, le 2009 est un très joli vin. Raisins à la juste maturité, matière “sincère”, sans artifice (on ressent le côté artisanal inévitable dans cette micro propriété), de la personnalité, du caractère, mais beaucoup de finesse aussi et une matière goûteuse. Très intéressant.

Les révélations

Château La Cabanne : un joli 2007, finement aromatique, délicat mais avec de la matière et un 2009 à la puissance retenue, matière pleine et dense, toujours avec beaucoup de goût.

Château Le Chemin : cette nouvelle propriété (1 ha) de François Despagne (Château Grand Corbin-Despagne à Saint-Emilion) a produit son premier millésime en 2009 et c’est d’emblée une grande réussite ! Un joli nez complexe, finement parfumé, une bouche très suave, goûteuse, juteuse, dense, délicieuse, qu’on a bien du mal à recracher !

Château Guillot Clauzel : un petit domaine (1,7 ha) qui n’appartient pas à François Despagne mais dont il gère les vignes et le chai. On retrouve donc le style délicat de ce vigneron attentif, tant dans le 2007, dont les notes florales ont un petit côté presque bourguignon, que dans le 2009 où la maturité a été bien gérée en évitant tous les excès. On a de la puissance mais elle reste maîtrisée, retenue, ce qui n’empêche pas le vin d’offrir une belle longueur aromatique en finale…

Château Fayat : ce nouveau château regroupe trois anciennes propriétés de Pomerol appartenant au même propriétaire. Le 2009, premier millésime de cette “nouvelle” propriété est remarquable par la suavité de ses tannins, sa matière pleine et suave, avec de belles touches minérales graphitées. Finale sur une longueur saline et sapide. Très joli vin hédoniste.

Les autres réussites

Château Le Gay, Château Gombaude-Guillot, Château Petit-Village, Château La Pointe, Château Vray Croix de Gay

Les grands absents…

Petrus, Château L’Evangile

En savoir plus sur les vins de Pomerol

En savoir plus sur la notation des millésimes

Consultez les ventes de Pomerol sur iDealwine

Recherchez la cote d’un vin

Millésime : le point sur les vendanges 2011

octobre 25th, 2011 by Veronique Raisin

Hétérogène, compliquée, en demi-teinte : 2011 ne va pas se la couler douce dans les chais. Il a fallu trier, bâtonner, remuer et bien piger (comment cela se passerait !). Région par région, les premières impressions du millésime se dessinent.

Jean-qui-rit et Jean-qui-pleure

Le Bordelais, la Bourgogne accusent de fortes disparités selon les terroirs d’abord, les cépages ensuite. On ne va pas ici vous ressortir la vieille rengaine du « ce sera un millésime de vigneron« , mais quand même un petit peu car cette année plus que jamais, il va falloir travailler du chapeau et piger (avec la tête). En somme, tourner le dos au « laissez-faire, laissez-fermenter » et mettre le paquet sur le contrôle et les élevages.

 

Stéphane Toutoundji

Stéphane Toutoundji, oenologue-conseil sur Bordeaux, confirme. « C’est l’hétérogénéité totale ! Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a rien d’intéressant, bien au contraire. Il y aura de très beaux vins. Je suis d’ailleurs assez surpris de certains résultats, notamment sur les terroirs limoneux et graveleux de la rive droite, qui s’en sortent plutôt bien. » Celui qui suit de près les châteaux Laulerie, Latour-Laguens, Richelieu et Tournefeuille insiste sur l’importance du tri qu’il a fallu pratiquer. Mais aussi sur les pratiques culturales au moment des chaleurs du printemps : « Il ne fallait pas trop effeuiller à ce moment-là, ni faire une vendange verte trop précoce« . Quant aux vendanges, les premiers coups de sécateurs de la fin août n’étaient sans doute pas les plus avisés. Récoltés autour des 20/30 septembre, les merlots et les cabernets francs de la rive droite s’en tirent avec les honneurs, mieux que le Médoc, contraint de vendanger plus tôt.

Selon le consultant, la rive droite prend l’avantage sur sa voisine, avec des vins friands, pas trop tanniques, plaisants, qui rappellent par leur acidité de très bons 2004 ou des 2008, toutefois un cran au-dessous. Stéphane Toutoundji conseille des extractions douces, des températures de fermentation assez basses afin de conserver le fruit.

Quant aux vins liquoreux, les grains botrytisés donneront d’excellents crus ; là encore les différences de terroir ont joué.

Des vendanges exténuantes

Kyriakos Kynigopoulos

« Tout était bien parti, on pensait même à une année précoce comme 2003. Et puis la pluie de juillet est venue gâter la vendange« . Kyriakos Kynigopoulos, qui conseille des domaines prestigieux de Marsannay à Santenay (Trapet, la Pousse d’Or, Mortet, Rousseau, Roumier…) parle lui aussi de contrastes forts. « En définitive, ceux qui ont démarré les vendanges le plus tôt, vers la fin août, ont été perdants ; la bonne fenêtre de tir, selon moi, était à partir du 1er septembre. Avec ce millésime hétérogène, les vins rouges en ont plus pâti que les blancs. Les maturités sont moins élevées que les années précédentes, de l’ordre de 12,8%-13% : il va falloir chaptaliser. D’une façon générale, on peut dire aussi que la Côte-de-Nuits s’en tire mieux que le sud de la Bourgogne. [n'oublions pas la grêle qui a touché Rully et Mercurey en mai dernier, ndlr]. Les blancs ont de bonnes acidités, avec des structures tendues, qui rappellent les 2007, mais avec plus de matière. L’élevage va être déterminant : il faudra être patient, revenir au bâtonnage, élever les vins sur lies. Quant aux vins proprement dits, déjà il y en aura moins que d’habitude, étant donné le tri important (certains domaines ont laissé 10% à 20% des raisins sur la table de tri, parfois autant dans les vignes) et ces vins ne seront pas forcément des vins de garde ». Kyriakos conclut : « Je n’ai jamais autant été fatigué que par ces vinifications ! »

Observation et nerfs d’acier

La Loire est en demi-teinte : qualité, fraîcheur aromatique mais petits rendements et donc faibles volumes. Se confiant à l’un de nos confères de la Nouvelle République, Jacky Blot résume bienl’esprit de ce 2011, avec « une récolte totalement inespérée, qui va au-delà de nos espoirs les plus fous au regard des précipitations de début septembre. Ce sera une grande année pour les vins blancs secs. En rouge, c’est un millésime assez hétérogène avec de l’excellent et du moins bon pour ceux qui ont vendangé trop tôt. » En résumé, des vins plus ligériens, avec davantage de tendresse que de démonstration.

Les vignerons de la Vallée du Rhône sont satisfaits, avec une récolte prometteuse et abondante, qui rappelle les excellents 2000 et 2009. Le Nord est marqué par des vins élégants, fins et généreux, comme à Côte-Rôtie, avec de belles intensités colorantes comme à Cornas ou Saint-Joseph. Le Sud brille notamment par ses syrahs et ses grenaches.

En Alsace, les vendanges 2011 ont été marquées par des températures chaudes et un bon ensoleillement, notamment dans le Haut-Rhin, comme témoigne le Domaine Ernest Burn sur son blog. Les raisins ont tous été rentrés avec une très bonne maturité, dans un bon état sanitaire. Un peu plus au nord cependant, quelques épisodes de grêle ont compliqué la donne. Là encore, le tri le tri le tri !

Dans les autres régions viticoles, le Beaujolais offre des vins riches, puissants, grâce à une récolte parfaitement mûre et saine.

Le Roussillon explose de joie : un millésime exceptionnel est annoncé, et abondant. Merci la tramontane. Les stratèges du Languedoc auront su déjouer les pièges de la météo ; le mois de septembre, très bien ensoleillé, a permis une bonne maturation des baies, et les syrahs sont paraît-il assez prodigieuses. Fruit, finales fraîches, finesse sont annoncés. En Provence, le moral est aussi au beau fixe, avec des volumes en légère augmentation et une qualité globale très satisfaisante. Il y a aura donc de bons vins rosés pour cet été, et l’on ne devrait pas mourir de soif. N’est-ce pas là l’essentiel ?

Consultez les ventes de vin

Consultez les notes des millésimes

En savoir plus sur la vinification

Dégustation du millésime 2009 des bordeaux de l’Union des Grands Crus

octobre 19th, 2011 by Rédaction iDealwine

« Très grand millésime. » « Millésime du siècle » « Année de rêve ». Les superlatifs n’avaient pas manqué lors de la présentation des 2009 en primeurs. Et finalement, si c’était vrai, maintenant qu’ils sont en bouteille ?

Comme chaque année, L’Union des Grands Crus de Bordeaux présentait à Paris le millésime 2009 qui vient d’être mis en bouteille. Même si quelques rares châteaux “stars” manquent à l’appel, cette rencontre permet de se faire une bonne idée du millésime et des belles réussites de celui-ci.

Le premier élément à retenir est que, dans son ensemble, 2009 est effectivement un très beau millésime. La plupart des domaines a récolté des raisins à une juste maturité et rares sont les notes végétales de sous-maturité. Et s’il fallait résumer 2009 en quelques mots on pourrait dire que cette année se qualifie plus par la puissance et l’opulence que par la finesse et la délicatesse. Les meilleurs vins sont donc ceux qui ont su se préserver des (petits) excès du millésime.

Sincèrement, aucune appellation ne se distingue particulièrement par une réussite supérieure (ou inférieure !) aux autres. On a souvent entendu dire que la rive gauche avait particulièrement réussi ce millésime. Ce que nous avons goûté rive droite, particulièrement à Saint-Emilion, nous a semblé au moins au même niveau que les rouges du Médoc.

Plutôt qu’un palmarès des appellations, voici donc les vins qui nous ont le plus enthousiasmé lors de cette dégustation.

Les très grandes réussites

Margaux : Brane-Cantenac (du fruit, matière délicatement extraite et très aromatique), Prieuré-Lichine (beaucoup d’élégance mais belle puissance maîtrisée, très beau fruit parfumé), Rauzan-Ségla (un joli jus dense mais sans excès, reste délicat et fin).

Saint-Julien : Beychevelle (fin, élégant, délicat, extraction maîtrisée, matière “dynamique”), Gruaud-Larose (aromatique et frais, vin “retenu” très bordelais classique, sapidité, grande garde)

Pauillac : Grand-Puy-Lacoste (belle matière dense, juteuse, très nette, beaucoup de sapidité, de grande garde), Pichon Longueville Comtesse de Lalande (beaucoup de finesse, finale longue sur un fruité mûr et délicat, délicieux)

Saint-Estèphe : Les Ormes de Pez (vin délié, juteux, gourmand)

Pessac-Léognan (rouges) : de Chevalier (matière “détendue”, gros jus dense, boisé un peu marqué), Haut-Bailly (merveilleuse délicatesse de la matière, finesse des tannins, puissance maîtrisée, très beau vin de grande garde), Malartic-Lagravière (vin très “policé”, suave, juteux, pas trop extrait), Smith Haut Laffite (beaucoup de fraicheur, matière dynamique en bouche)

Saint-Emilion : Canon (joli fruit, matière dense et puissante, un peu “serrée” pour l’instant, à attendre), Clos Fourtet (nez déjà complexe, bouche à la fois élégante et puissante, un “gros jus” qui développera beaucoup d’arôme au fil des années), Pavie Maquin (joli nez d’un fruité mûr sans excès, matière juteuse, très équilibrée, délicieuse, puissance retenue, finale très dynamique, une sensation très forte de terroir), Berliquet (beau nez mûr, matière dense et déliée, puissante mais équilibrée, tannins très soyeux)

Sauternes/Barsac : Nairac (superbe équilibre sucre/acidité qui donne un aspect aérien à ce vin, c’est très précis, presque cristallin, plein de fruit et d’arômes, magnifique !), Guiraud (sensation de plus de puissance que Nairac, un autre type d’équilibre, très botrytisé, mais pur et long), de Fargues (joli rôti, matière à la fois puissante et dynamique, très savoureux)

Les autres réussites

Margaux : Cantenac-Brown, Rauzan-Gassie.

Saint-Julien : Léoville-Barton, Léoville-Poyferré, Gloria.

Pauillac : Lynch-Bages

Saint-Estèphe : Cos Labory

Pessac-Léognan (rouges) : Pape Clément

Pessac-Léognan (blancs) : de Chevalier, Malartic-Lagravière, Pape Clément

Saint-Emilion : Larcis Ducasse, La Tour Figeac, Soutard, La Gaffelière, Grand Mayne, Figeac, Canon la Gaffelière

Pomerol : Beauregard, La Cabane, La Conseillante

Sauternes/Barsac : Doisy-Védrines, Sigalas Rabaud

En savoir plus sur les Primeurs

En savoir plus sur la notation des millésimes

A lire également :

Primeurs 2009 : la petite phrase de Robert Parker (01/07/2010)

Bordeaux Primeurs 2009 : les vins que vous boirez sans complexes (25/06/2010)

Primeurs 2009 : le top 10 des grands dégustateurs (30/04/2010)

Robert Parker s’exprime sur le millésime 2009 (10/04/2010)

Primeurs 2009 : une journée de dégustation à Bordeaux (01/04/2010)

Les prédictions de Robert Parker pour 2010 (07/01/2010)

Faut-il vendre vos primeurs 2008 ?

juillet 6th, 2011 by Angelique de Lencquesaing

Les bordeaux 2008, désormais en bouteille et livrés à ceux qui les avaient réservés en primeur, font progressivement leur apparition dans les ventes aux enchères. A des niveaux de prix qui font apparaître, pour certains crus, de belles plus-values. Faut-il les vendre maintenant ?

Pour l’instant les bordeaux 2008 sont encore rares dans les catalogues. Mais les niveaux de prix enregistrés confirment ce que tout le monde avait commencé à réaliser lors de la sortie des primeurs 2009 : le millésime 2008 pourrait bien se révéler LA bonne affaire de la décennie.

Prenons le cas de Château Latour. Certains amateurs ont pu acquérir le 2008 à 192€ (TTC). Plus généralement, la moyenne du prix en primeur s’est établie pour ce vin à 259€ (source : http://bleguern.fr/). Et aujourd’hui, les premières adjudications font apparaître une cote de …816€ ! Même situation pour le Château Mouton Rothschild. Ce premier cru de Pauillac qui caracole en tête des plus fortes hausses de ces derniers mois, ne fait pas exception sur le 2008. Acquis, selon les marchands, entre 163 et 195€, il s’échange actuellement aux enchères à près de 700€. Et on osera à peine citer le cas des vins du Château Lafite Rothschild, proposés entre 179€ et 259€ la bouteille en primeur, ils ont aujourd’hui franchi le seuil des 1000€ (1099€ sur la dernière adjudication) dans les ventes aux enchères de vins….

Les premiers crus classés, s’ils enregistrent des hausses de prix foudroyantes, n’ont pas l’exclusivité de la tendance. A un autre niveau de prix, le second vin de Château Lafite, les Carruades de Lafite, qui avait été proposé entre 49 et 54€ en primeur, vaut aujourd’hui un peu plus de 320€ aux enchères. Pas étonnant pour ce vin qui, dans le sillage de son aîné, enflamme les marchés asiatiques. D’autres crus classés, particulièrement attractifs en primeur, ont également enregistré une hausse de prix spectaculaire. C’est notamment le cas de Château Léoville Barton, l’un des plus beaux rapports qualité prix de la campagne primeur 2008 : vendu entre 34 et 39€ à l’époque, sa cote s’est établie à 64€ aux enchères. Sur d’autres crus, plus chers en primeur, la plus value reste significative, mais moins élevée. Par exemple, le Château Pape Clément, vendu 89€ en primeur, vaut aujourd’hui 116€.

Sur la rive droite, Château Angélus, qui s’achetait entre 80 et 85€ lors de la campagne primeurs, atteint 110€ dans les ventes.

Les facteurs qui ont contribué à renchérir le prix de marché des 2008 sont de plusieurs ordres. Sur les crus les plus spéculatifs, recherchés par le marché asiatique, le chiffre 8, porte bonheur en Chine, a indéniablement joué. Une opportunité que ni Lafite, ni Mouton Rothschild n’ont laissé passer. Le premier a frappé ses bouteilles de 2008 d’un emblème porte-bonheur. Pendant ce temps, au Château Mouton Rothschild 2008, la baronne de Rothschild faisait appel à l’artiste chinois Xu Lei pour réaliser l’illustration de son étiquette. Par ailleurs, l’appel d’air créé par la demande asiatique a entraîné la hausse de prix que l’on sait sur les millésimes 2009, puis 2010 en primeurs. Faisant passer, mécaniquement, le prix des 2008 comme une excellente affaire. En dépit des mises en garde de Robert Parker (voir ci-dessous notre article à ce sujet), cette politique de hausse exponentielle des cours a eu pour effet de surenchérir le prix, aux enchères, de ces 2008, une fois mis en bouteille et livrés à leurs acquéreurs. Il est indéniable que le marché acceptera de payer un prix plus élevé que le tarif primeur sur les vins de ce millésime, en tout cas pour la catégorie des vins susceptibles d’enregistrer une demande mondiale. C’est aujourd’hui le cas d’une bonne cinquantaine de marques. Et, probablement demain, de beaucoup plus encore : le millésime 2008 a indéniablement de beaux jours devant lui !

Vous hésitez à revendre vos Bordeaux 2008 ? Demandez une estimation

Consultez les ventes de Bordeaux en cours

Recherchez la cote d’un vin

En savoir plus sur les primeurs

A lire également :

Un artiste chinois signe l’étiquette du château Mouton Rothschild 2008

Lafite Rothschild 2008, pas encore en bouteilles, mais déjà un must have

Primeurs : quand Robert Parker s’inquiète d’une possible manipulation des prix

Primeurs 2010 : quelle stratégie pour les amateurs de grands bordeaux ?

juin 16th, 2011 by Angelique de Lencquesaing

Le niveau des derniers prix de sortie en primeur des grands crus classés de Bordeaux 2010 le confirme : un fossé s’installe entre les tarifs de vente en primeurs et le cours actuels des millésimes anciens. Jusqu’à quand cette situation va-t-elle perdurer ?

Ce n’est plus un sujet. Les grands crus bordelais, doublement incités par la crise financière et la succession de millésimes difficiles, avaient un temps amorcé un retour vers leur marché d’origine. Mais depuis la vente du millésime 2009, coup de barre à 180° : les marchés asiatiques et leur réservoir de nouveaux acheteurs fortunés figurent désormais, seuls, dans le viseur de la crème des crus classés. Est-ce bon, est-ce mauvais ? La question n’est plus là.

Envolée des tarifs primeurs

Bien que plus tardive que les années précédentes (316 vins mis sur le marché à ce matin, contre un peu plus de 400 l’année dernière), la tendance se dessine, La plupart des crus classés est proposée au marché à des niveaux de prix dignes de ce qu’ils sont devenus : des produits de grand luxe.

Quelques exemples : pour acquérir château Pichon Longueville Baron 2010, il en coûtera à l’amateur, au final, 185€ TTC. Lors de la vente des 2000 en primeurs, le même acheteur devait débourser…61€ TTC, soit une somme trois fois inférieure. Même scenario pour Château Montrose, qui frôle en 2010 le seuil des 180€ (TTC). Trois fois le prix du millésime 2000, vendu à l’époque 58€ en primeur. Faut-il évoquer le cas du Château Pontet Canet, plébiscité sur les marchés mondiaux depuis sa conversion à la biodynamie ? Le 2010 s’arrache à près de 138€ (TTC). En leurs temps respectifs (et avant l’ère de la biodynamie), le 2005 était affiché à 65€ TTC en primeur, le 2000 à 40€ et le 1996 à… 23€.

A Pessac-Léognan, le château Pape Clément se vend 130€ (TTC). Le 2000 était proposé à 59€, plus de deux fois moins cher. A Pessac toujours, le château Smith Haut Lafitte vient d’être mis sur le marché à 109€ (TTC), au double du tarif primeur du millésime 2005, fort réussi… et plus de 5 fois le tarif primeur du 1995 ! Du côté de la rive droite, prenons l’exemple de Clos Fourtet, à Saint-Emilion : le 2010 est proposé à 100€ TTC, en hausse de 54% sur son grand prédécesseur de 2005, gratifié d’un 98/100 par Robert Parker

Décalage avec le cours des enchères

A ces niveaux de prix, le marché français risque fort de passer à côté des achats primeurs en 2010. Il suffit d’interroger les sommeliers des étoilés parisiens : nombreux sont ceux qui vont réduire leurs achats, voire passer leur tour sur les plus grands vins cette année. Qu’importe pour les châteaux, puisque ces vins, qui continueront à être produits avec le même soin extraordinaire, se vendront mieux que jamais sur les marchés mondiaux ? Après tout, la proportion de clients français qui s’habille chez Christian Dior, s’offre régulièrement un sac chez Hermès ou pousse la porte d’une boutique Louis Vuitton est désormais dérisoire. Dans les ventes aux enchères de vin, c’est donc dans la version vintage que les amateurs pourront, pour quelque temps encore, continuer à acheter leurs grands crus préférés. On constate en effet que le marché ne s’est pas encore ajusté, et que l’écart demeure important entre les cours de sortie en primeurs actuels et la valeur, dans les ventes aux enchères, des grands millésimes plus matures. Quelques exemples : pour un Château Léoville Poyferré 2010 (117€ TTC), on obtient près de 2 bouteilles du même vin, dans le millésime 2005 (cote 67€). Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 2010 sort à 194€ TTC. Plus de deux fois le cours actuel aux enchères du 2005 (85€), et près du double du superbe 1989 (cote 102€).

Un Domaine de Chevalier rouge 2010 (66€TTC) équivaut à 2 flacons de 1996 (cote 32€). Même situation avec le Château Haut Bailly pour un 2010 (124€ TTC), on peut obtenir aux enchères plus de deux 2000 (cote actuelle 53€).

Primeurs : un marché de « futures » ?

Le marché des primeurs continue-t-il à remplir la fonction pour laquelle il avait été créé à l’origine ? Le vin vendu en primeurs n’est à ce stade qu’un « future », la promesse d’un grand vin en devenir. Les millésimes plus mûrs ont quant à eux déjà fait la preuve de leur haute qualité. Et pourtant, certains vins sont actuellement proposés en primeurs au prix qu’il faut débourser pour acquérir le même vin, dans un millésime identifié comme un grand succès pour le cru : le Château Lynch Bages est ainsi vendu 138€ en primeur, au prix d’un 2000 ou d’un 1990. Château Beychevelle s’échange à 74€ TTC en primeur, le prix du 1990 aux enchères.

Inutile de se désoler de la perspective de perdre, à terme, la perception de la complexité d’un grand pauillac, de l’élégance d’un margaux, de la puissance d’un saint-émilion, de la souplesse d’un pomerol. Mieux vaut se tourner d’urgence vers l’achat de millésimes anciens. Jusqu’à ce que le déséquilibre en l’offre et la demande fasse exploser, à son tour, les prix sur le marché des enchères. C’est déjà le cas pour certains crus, le cours de Château Lafite Rothschild en étant l’exemple le plus marquant. A quand l’embrasement sur le reste des grands crus classés ? Une seule chose est à ce jour certaine : le marché des ventes aux enchères de vin a indéniablement de beaux jours devant lui.

Pourquoi iDealwine a choisi de ne pas vendre de primeurs 2010
 

Compte tenu de l’évolution du marché, iDealwine a choisi de ne pas vendre en direct les Bordeaux primeurs 2010. Trois raisons sont à l’origine de cette décision :

- Les cours des prix des Bordeaux qui démontrent que le marché ciblé n’est plus celui des amateurs français.

- Compte tenu de la pression de la demande étrangère, les allocations ont été réallouées en priorité à l’export, au détriment des acteurs français. Une situation frustrante pour les clients (et les marchands) qui ne peuvent disposer, dans les quantités souhaitées, de l’ensemble des vins recherchés.

- Les pratiques de livraison de certains marchands, conjuguées à une incertitude sur la date de mise en bouteille des vins. Cette double raison a, sur les derniers millésimes, suscité quelques réactions de suspicion de la part de certains acheteurs, susceptibles d’entacher la réputation de qualité du service iDealwine.

Pour ces raisons, il ne nous a pas semblé opportun de mettre en place le dispositif de vente en primeur tel qu’il existait les années précédentes. Nous restons toutefois à l’écoute des clients qui nous sont fidèles depuis plusieurs années, afin de répondre à vos demandes spécifiques. N’hésitez pas à nous contacter.

Recherchez la cote d’un vin
Consultez les ventes de Bordeaux en cours actuellement
En savoir plus sur les Primeurs

A lire également :
Primeurs : quand Robert Parker s’inquiète d’une possible manipulation des prix (12/05/2010)
Primeurs 2010 : les indiscrétions des critiques relevées sur Twitter (19/04/2010)
Primeurs 2010 : comment les journalistes préparent leur verdict (14/04/2011)
Primeurs 2010 à Bordeaux : premières impressions du millésime (08/04/2011)
2010 à Bordeaux : premiers échos de la vendange (21/10/2010)

Primeurs : quand Robert Parker s’inquiète d’une possible manipulation des prix

mai 12th, 2011 by Angelique de Lencquesaing

Robert Parker a rendu publiques il y a quelques jours ses notes de dégustation sur les primeurs 2010. Le célèbre critique américain profite toujours de cette occasion pour faire partager à ses lecteurs son appréciation du marché, de la demande, de la situation économique. Et, cette année, il n’hésite pas à émettre quelques inquiétudes concernant le prix des vins.

Robert Parker n’est pas seulement l’homme qui fait et défait le prix d’un vin à coup de notes. Ce dégustateur qui arpente (entre autres) le vignoble bordelais depuis 30 ans est aussi un observateur avisé du marché. Chaque année, nous attendons avec autant d’impatience la diffusion de son palmarès de dégustation que celle de son analyse sur le millésime et les faits majeurs susceptibles d’influencer la campagne primeurs.

Le dégustateur dresse un tableau élogieux de la qualité des vins du millésime 2010 : par analogie avec les 2005, ils se révèlent pour la plupart immensément concentrés, somptueux, quoique légèrement plus austères et moins précoces que les 2009. On notera tout de même que les vins très bien notés par le dégustateur sont plutôt moins nombreux qu’en 2009. Avec une note de 98-100, six crus seulement tutoient les sommets : il s’agit – et ce n’est pas un scoop – des châteaux Lafite Rothschild (qui n’avait pas réellement besoin de ce coup de pouce pour se placer, cette année encore, en tête des crus les plus recherchés de Bordeaux), Latour, Haut Brion, La Mission Haut Brion, Petrus et Ausone. Une mention spéciale, tout de même pour les crus à qui Robert Parker attribue une note élevée, mais d’une ampleur un peu plus importante : Mouton Rothschild (97-100/100), L’Eglise Clinet, Pontet Canet et Beauséjour Duffau Lagarosse (96-100/100).

Sans surprise, Robert Parker souligne l’appétit du marché chinois pour la catégorie la plus prestigieuse des grands crus classés et assimilés. Cette demande, conjuguée à l’intérêt croissant des fonds de placement-vin anglo-saxons pour les grands crus, devrait contribuer à justifier des niveaux de prix élevés. Parker se fait écho de la rumeur persistante à Bordeaux d’une hausse prévisible de 15 à 20% des prix, par rapport aux 2009. Rien de bien nouveau dans tout ça.

En revanche, ce qui est plus frappant, c’est le paragraphe qu’il consacre à l’éventualité d’une manipulation du prix des vins. Le critique américain jette un pavé dans la mare en soulignant qu’aucune source ne permet de connaître précisément le volume de Bordeaux 2009 écoulé lors de la campagne primeurs l’année dernière. Les acheteurs asiatiques ont-ils été aussi avides qu’on le prétend ? Robert Parker insinue que le groupe des « Big Eight » (les premiers crus classés du Médoc, Château Haut Brion ainsi que le trio officieux des « 1ers crus classés » de la rive droite que sont Petrus, Cheval Blanc et Ausone) aurait volontairement retenu une quantité significative de vin pour créer une rareté fictive, et profiter de la hausse des prix qui pourrait en découler.

Info ou intox ? Seul l’avenir et le marché pourront en attester. En tout état de cause, Robert Parker recommande aux amateurs motivés par l’achat en primeur de se tourner vers des marchands de bonne réputation, pouvant justifier d’un savoir-faire historique en matière d’achat et de livraison des primeurs bordelais.

En savoir plus sur les primeurs

A lire également :

Primeurs 2010 : les indiscrétions des critiques relevées sur Twitter (19/04/2010)

Primeurs 2010 : comment les journalistes préparent leur verdict (14/04/2011)

Primeurs 2010 à Bordeaux : premières impressions du millésime (08/04/2011)

Primeurs 2010 : les indiscrétions des critiques relevées sur Twitter

avril 19th, 2011 by Angelique de Lencquesaing

Cette année, avant l’heure, c’était déjà l’heure. Les dégustateurs les plus branchés avaient choisi de partager, en direct et sur Twitter, leurs premières impressions de dégustation des primeurs 2010. Et ça donne, au final, un joli florilège de citations qui, au-delà des bons mots, nous livrent les premières tendances sur ce millésime. En attendant les notes, les vraies.

D’année en année, les notes des dégustateurs sont diffusées de plus en plus tôt. C’est à celui qui dégainera le premier. Et cette année, James Suckling, ancien dégustateur pour le Wine Spectator, n’a pas hésité à sortir du bois loin devant tout le monde, la publication de ses notes faisant d’ailleurs grand bruit dans Landerneau. D’autres, tels que La Revue du vin de France, ont choisi la discrétion. Silence radio avant la publication de leur numéro spécial, prévue fin avril. D’autres encore (Decanter, Robert Parker, Bettane & Desseauve…), ont abreuvé leurs « suiveurs » de petites phrases allusives. Destinées à alimenter le suspense, celles-ci n’en ont pas moins livré quelques indications intéressantes… et drôles.

Remarques générales et petites phrases

Connaissez-vous Twitter ? Sur ce réseau qui donne la prime aux scoops et aux bons mots, un twit, c’est quelques mots, 140 signes, pas un de plus. Le millésime 2010 a inspiré aux grands dégustateurs familiers de l’exercice des commentaires nombreux, parfois contradictoires, souvent intéressants. Car au gré de ses dégustations, le critique sait se montrer tour à tour :

  • Pédagogue : « On comprend vite que les plus grands vins ne se jugent pas au poids, aux tannins, au bois, à la saveur mais aux sensations tactiles.» Bettane & Desseauve (05/04/2011)
  • Confiant : “The 2010 Bordeaux campaign has started amidst considerable confidence on the part of chateau owners and the wider wine community.” Decanter (05/04/2011)
  • Globalement positif : More tasting today of 2010 Bdx. Wines are beautiful.” James Suckling (16/03/2011)
  • Humble : “There are some incredible wines, I’m just a mean marker” Neal Martin, (01/04/2011)
  • Statistique : “2010 will be the 32nd vintage I have evaluated from barrel.” Robert Parker (17/03/2011)
  • Lyrique : “Bob Dylan must have been thinking about Bordeaux when he wrote the song “With god on their side”.” Robert Parker (01/04/2011)
  • So British“Beautiful morning on the Medoc. Gt year for wisteria as well as primeurs.” Jancis Robinson, 07/04/2011 (NDLT : wisteria = glycine)
  • Pas dupe : “Amazing how many horses are training in the Bordeaux vineyards ready for UGC next week.” Neal Martin (30/03/0/2011)
  • Un brin menaçant : “Bordeaux 2010: alcohol is threatening Bordeaux style, say winemakers.Decanter (01/04/2011)

Quand il s’agit des Sauternes, quelques différences d’appréciation apparaissent entre les dégustateurs. Et même, parfois, d’un jour à l’autre, la perception de l’un d’entre eux évolue. Michel Bettane se faisait ainsi lyrique le premier jour : « Les 2010 sont des monuments. Des sculptures de 15 mètres de haut sur 10m de large. » Et il ajoutait : «Tout est bon cette année. C’est la première fois que cela m’arrive. ». Toutefois, le lendemain, la finale interrogative de son propos exprime une première nuance : « Sauternes 2010 : ils sont très « tout » : plus riches en alcool, plus riche en acidité, plus bons ? ». Nuance relayée par le Decanter qui livre un laconique : “Highs, and lows, at this afternoon’s big Sauternes & Barsac tasting.” Un vin se détache toutefois du lot : Château Climens : « Fascinating tasting the different lots at Climens » (Decanter, 04/04/2011)

A Saint-Emilion, quelques réserves s’expriment quant à l’homogénéité qualitative des vins :

« Les saint-émilions ont beaucoup d’énergie, certains ont su la dompter, d’autres pas. » assène Thierry Desseauve. Le même dégustateur, transporté par le Château Cheval BlancUn cheval de légende, d’Artagnan pour l’éclat, Bonaparte pour l’ambition. ») et par son second vinAvec sa finesse superlative, Petit Cheval est définitivement entré dans le club des seconds vins stars ! »), rend hommage à un œnologue parfois controversé « Déguste beaucoup de vins suivis par Michel Rolland : plus de fraîcheur et d’élan que dans les millésimes précédents. L’empire contre attaque.» James Suckling renchérit : “Just tasted 120 2010s with Michel Rolland. Fascinating wines. He said better than 2009. Not sure yet.”

Pendant ce temps, Neal Martin (co-équipier de Robert Parker) entretient le suspense : “Shitly weather in Bordeaux. One wine was absolutely startling today. Turns kick off at Cheval Blanc at 8:30.” 30/03/2011. Quel est donc ce vin auquel il attribue le qualificatif « absolutely startling » ? Le même Neal Martin n’hésitera pas, toujours aussi évasif, à nous annoncer quelques jours plus tard “I have just tasted the WORST Bdx 2010. Official. I fell ill afterwards.” Diable, il peut donc s’avérer dangereux, ce marathon de dégustation des primeurs…

Peu de commentaires sur les vins de Pomerol, juste un petit, glané par le Decanter auprès de Christian Moueix (Petrus) : “Whether the 2010 vintage becomes good or excellent remains to be seen .» Le très grand touchera-t-il au sublime cette année ? La marge est invariablement étroite, à Petrus.

Lorsque l’on revient sur la rive gauche, on croise, à Pessac-Léognan, Florence Cathiard (Château Smith Haut Lafitte) qui avoue, un peu gênée : « It’s embarrassing to say but the 2010 vintage is indeed excellent. » (Decanter, 07/04/2011). Pas d’hésitation pourtant, un constat s’impose : les blancs font cette année l’unanimité. Jancis Robinson fond pour La Mission : “La Mission Blanc absolutely stunning.”, tandis que Michel Bettane tranche, définitif : « Blancs des Graves : les Bourguignons auraient des leçons à prendre. »

Cap sur le Médoc maintenant, où les commentaires rivalisent d’éloges. Michel Bettane rend un bel hommage aux vins de l’appellation Margaux : « Margaux 2010 : c’est l’un des plus beaux ensembles de Margaux primeurs que j’ai goûté. » Devant les premiers crus que le marché chinois va s’arracher, Neal Martin tente de garder un peu de self-control : “Just tasted Latour 2010 then Lafite Rothschild 2010. Not bad for a couple of Cabernets”. Pendant ce temps, James Suckling en redemande : “Mouton says 2010 and 2009 are like 1929 and 1928… I suggested a comparative tasting of the old wines!” Jancis Robinson s’enthousiasme pour l’un des crus stars de Saint-Julien : “Boy, has Ducru B turned a corner.” On apprécie à sa juste valeur la trouvaille de l’équipe Bettane & Desseauve : “Château Saint Pierre (à Saint Julien) est la clé du millésime. »

Et les prix dans tout ça ? Blind tasting a range of Bdx 2010 this morning. Mostly Haut Médoc. Good fruits, ripe tannins…should be good values.” : James Suckling a-t-il jamais acheté, et payé une bouteille de grand cru, pour oser proclamer que 2010 promet de « good values » ? Le Decanter se veut quant à lui apaisant : “The indications are that Bordeaux 2010 will be a memorable vintage on both the right and left banks – and that while prices will be higher than last year, Bordeaux lovers will find something at all levels.”

Et pour finir, l’annonce des premières notes. Le 31 mars, James Suckling lâche une petite bombe sur la toile, avant même que la semaine « officielle » des dégustations n’ait démarré : “Rainy in Bordeaux but 600 sunny tasting notes on 2010 en primeur.” Quelques jours plus tard, le Decanter s’amusera à jouer, jusqu’au bout, avec nos nerfs : « Bordeaux 2010 en primeur scores released in the next hour. Four chateaux got the maximum 20/20 score, but which ones?

Lu non pas sur twitter, mais sur le blog de Neal Martin (de l’équipe Robert Parker)

I can tell that I have just landed at Merignac Airport.

How?

Instead of two shaven-haired, square-jawed male army officers with guilt-inducing accusatory glares at passport control, there are two French femme fatales dressed in camouflage fatigues brandishing matching sub-automatic machine guns. Military chic…so 2010. I suspect their duty is to check nobody is entering Bordeaux with contraband of nasty comments about en primeur and as my passport is stamped, in a distant room the painful cries of an opinionated wine merchant are audible as his interrogators find a use for the thumb screws left over from the Revolution.

Suivez iDealwine sur Twitter !

A lire également :

Primeurs 2010 : comment les journalistes préparent leur verdict

Primeurs 2010 à Bordeaux : premières impressions du millésime

En savoir plus sur les Primeurs

En savoir plus sur la dégustation

Primeurs 2010 : comment les journalistes préparent leur verdict

avril 14th, 2011 by Veronique Raisin

© Guy Charneau

Chaque année depuis 1973, les vins du Bordelais sont goûtés en primeurs par les professionnels, négociants, courtiers, acheteurs de tous poils. Les prix des vins s’établissent en fonction de leurs avis. Depuis une quinzaine d’années, les journalistes se rendent eux aussi à cette semaine des primeurs et les plus grands dégustateurs (je fais 1,69 m quand même) du monde entier affluent pour noter les vins à peine nés. Leur avis est de plus en plus crucial, notamment celui des critiques américains qui font et défont la réputation d’un vin – et surtout sa cote. Pierre Lurton (Yquem, Cheval Blanc) l’avouait cette année, on dira ce qu’on voudra, mais « au bout du compte, c’est la note de Robert Parker qui l’emporte ».

*****************

Pour la troisième année consécutive, j’ai suivi la semaine des primeurs aux côtés de Michel Bettane, Guy Charneau, Hélène Durand et Alain Chameyrat, dégustateurs pour le Grand Guide des Vins de France et la revue TAST.

En parallèle du parcours réservé aux acheteurs et aux professionnels, les journalistes ont droit à un traitement de faveur, dans le seul but de faciliter leur travail. Cette année 117 journalistes étaient accrédités, répartis par petits groupes d’une vingtaine de personnes, logés, nourris, voiturés, choyés. 30 000 verres Riedel sont aussi arrivés de Londres et d’Autriche ; et pour encore plus nous faciliter la vie, des équipes souriantes sont à notre disposition pour le service des vins.

La semaine des primeurs, c’est comme le marathon, ça se prépare. Il vaut mieux éviter de se mettre minable la veille ; personnellement j’ai fait (main)basses-eaux deux à trois jours avant. Pour éviter un claquage malheureux, il faut y aller progressivement. C’est pour cela qu’il y a les « off », des soirées d’échauffement avant-primeurs où on peut se rincer la gorge de vins subtils, parfois épuisés ou pour le moins usant (pour le portefeuille). D’autant que chaque soir, dans les châteaux où l’on loge, de beaux flacons sont bien souvent débouchés.

****************

Chaque année, la dégustation des crus classés de sauternes et barsacs ouvre le ban. C’est toujours préférable de goûter les vins liquoreux en premier, on se fait moins de bile par la suite. Cette année nous sommes au Château Guiraud. L’exercice n’est pas facile car il faut faire abstraction du sucre, des caméras (Jancis Robinson juste derrière et Michel à ma droite…) et des écarts entre les profils sauvignon ou sémillon. Mais on a le temps, il fait beau, on peut revenir sur un vin, demander à changer un échantillon en cas de doute, voire goûter différents échantillons. Ensuite nous passons au Château Climens goûter tous les lots. C’est un exercice très instructif : 19 lots cette année que l’on peut jauger en fonction du potentiel de sucre et du taux d’alcool. Il est indispensable à notre niveau de comprendre la mécanique d’un vin et de suivre son cheminement.

© Guy Charneau

Chaque jour nous avons droit à une dégustation différente, organisée par l’UGC (Union des Grands Crus).

Le mardi nous goûtons les graves et pessac-léognans, le mercredi les saint-émilions et pomerols, le jeudi les margaux, moulis, listrac et médoc, et le vendredi les haut-médocs, pauillacs, saint-juliens et saint-estèphes. Une bonne trentaine d’échantillons à chaque séance, sur lesquels on revient une ou deux fois, en fonction des bouteilles.

Le programme est réglé à la minute près : après la dégustation matinale, l’après-midi est consacré aux visites express dans différents châteaux, et pas les plus moches. Margaux, Latour, Lafite, Pontet-Canet, Léoville Las Cases, Haut Brion, les deux Pichon, Mouton Rothschild et ses petites voitures électriques… Nous croisons une baronne, un prince, un amateur de foot, deux chiens, des vaches, point de chevaux (on a pourtant bien cherché), des chinois en ray-ban, mais aussi Michel Rolland, Hubert de Boüard (Angélus), Corinne Mentzelopoulos (Château Margaux), Pierre Lurton…

Les dégustations se passent en silence (c’est hyper dur), on fronce un sourcil pour la concentration, faut pas non plus renverser un verre – une dizaine devant nous à chaque fois pour goûter par séries – et éviter de manger tout le pain avant le déjeuner. A chacun sa méthode : à l’ancienne (carnet ou feuilles et stylo), contemporaine (ordinateur plus ou moins branché, en fonction de la batterie) ou post-moderne (iPad). Ma mission cette année était de twitter, bloguiser, facebooker pour Bettane&Desseauve. Donc pour ma part ce fut carnet de notes (utilisé déjà pour les dégustations de la fin janvier sur les millésimes 2009, 2008 et 2007) et iPhone 3GS.

Plus sérieusement, déguster des vins si jeunes, même pas élevés encore, est un exercice très difficile et aléatoire. C’est pour cela que les conditions privilégiées dont nous bénéficions ne sont pas vaines. Michel Bettane soulignait sur Twitter la grande variabilité d’un échantillon à l’autre pour un même vin. « Goûté en dégustation collective ou à la propriété, on observe des différences. Cela n’autorise donc pas à porter des avis trop arrêtés sur chaque cru. Ces dégustations en primeur ne sont qu’une ébauche de jugement, une première approche. On les regoûtera au cours de leur élevage, puis une fois mis en bouteille. »

D’autre part, il ne s’agit pas comme pour des vins finis de juger de la même façon. « Les plus grands vins ne se jugent ni au poids ni aux tanins ni au bois ni à la saveur mais aux sensations tactiles » explique Michel Bettane. Il ne faut pas pas trop se concentrer sur les arômes mais plutôt sur la forme du vin en bouche, sa longueur, l’énergie qu’il dégage. « Goûter beaucoup de vins en primeurs nous donne la chance de découvrir des talents et aussi de repérer des changements de style. »

© Guy Charneau

Et c’est là que les choses sérieuses commencent. Connaître chaque propriété, leurs vins sur les trente derniers millésimes, le potentiel des terroirs sont des données que peu de dégustateurs maîtrisent. D’autant qu’il y a les exceptions. Par exemple les saint-émilions qui se la jouent cabernet… « Ausone, angélus, cheval-blanc. Trois vins avec un fort pourcentage de cabernet franc. Ce sont des exceptions sur cette rive. Et, malgré cela, ils n’ont rien de commun. C’est très surprenant. Ausone est à la fois racé et strict. Angélus est plus exotique dans sa maturité, classique dans sa texture. Cheval-blanc, voluptueux comme si les cabernets avaient pris des allures de merlot. » commente Michel Bettane. Michel qui est la mémoire vivante de ces vins, connaissant parfaitement leurs terroirs, leur histoire et les ayant goûté chacun des dizaines de fois à tous les stades de leur vie et sur tous les millésimes. Une exception en matière d’expertise…

C’est une semaine bien remplie, où l’on prend la température du vignoble ; on en profite aussi pour faire un point mode et travaux (l’avancée du chai de Cheval Blanc, de Mouton Rothschild, celui de Soutard flambant neuf, la Dominique bientôt sous les gravas etc.). Quant aux vins dégustés, il faudra les regoûter encore et encore avant de se prononcer de façon définitive.

Le métier de dégustateur n’est pas une science exacte.

Tous nos remerciements à Guy Charneau pour ses photos.

guy@guycharneau.com

A lire également :

Primeurs 2010 à Bordeaux : premières impressions du millésime

Michel Bettane : wine man

Profession : dégustateur

En savoir plus sur les Primeurs

En savoir plus sur la dégustation

Vous retrouverez prochainement les notes 2010 de l’équipe Bettane & Desseauve :

www.bettanedesseauve.com

Primeurs 2010 à Bordeaux : premières impressions du millésime

avril 8th, 2011 by Angelique de Lencquesaing

9 heures 19, gare Saint-Jean, temps de rêve sur Bordeaux : la dégustation des primeurs 2010 s’annonce sous les meilleurs auspices. Rive droite, rive gauche, récit d’une journée marathon.

Chaque année c’est la même histoire. On se lève en pleine nuit, on saute dans le train en espérant y reprendre le cours d’un sommeil brutalement interrompu, on se demande, l’estomac au bord des lèvres, comment on va survivre à un programme consistant à déguster, dès 10 heures du matin, une bonne soixantaine de crus, on jure que l’on ne nous y reprendra pas… Et, peu à peu, le train avance, le jour se lève, le paysage change, les vignes apparaissent, rang par rang, et la magie opère. A nous Bordeaux !

Cette année, nous commencerons par la rive droite. Cap sur Pomerol donc, sous un soleil éclatant. Le château La Pointe, fraîchement ravalé, accueille cette année la dégustation de l’Union des Grands Crus. Sacrée machine de guerre que cette Union, qui orchestre avec une minutie exceptionnelle et un professionnalisme irréprochable la grand messe des primeurs. L’UGC attend en effet cette semaine plus de 5000 dégustateurs !

Nous allons donc déguster une dizaine de vins (pas Petrus, non, jamais de Petrus au milieu des autres vins). Est-ce que ce sont les échantillons ? Ou le début de la journée ? Certains vins nous inspireront moins qu’en 2009, ils s’étaient alors montrés tellement flatteurs ! Ils portent en effet cette année les caractéristiques d’un millésime aux matières denses et serrées, plus taillé pour la garde encore. Gros coup de cœur pour La Conseillante, un cru qui nous émerveille à chaque fois, et qui cette année encore, exprime déjà au plus haut niveau toute la complexité de son terroir dans un ensemble à la fois puissant et velouté. On aime aussi la vigueur et la droiture de Clinet, l’équilibre de La Pointe, la longueur de Petit Village, la souplesse et le nez gourmand de La Cabanne.

En route pour Saint-Emilion, ensuite. Chevaux, sanglier, un ballet de sculptures animalières en bronze accueille les visiteurs dans la cour du château La Couspaude. Beaucoup de monde, déjà, dans la salle de dégustation. Les saint-émilions sont plus homogènes, la qualité est impressionnante (la puissance et le degré d’alcool aussi !). Les dégustateurs se pressent autour des tables, nous tombons sous le charme de Clos Fourtet, vif, droit, aux tanins élégants. La texture est magnifique et l’ensemble dégage une belle énergie. On en redemanderait ! Coup de cœur aussi pour Canon La Gaffelière et Beauséjour Bécot, mais aussi et surtout pour Troplong Mondot et Pavie Macquin. Figeac s’affiche en comparaison plus austère à ce stade, mais quelle structure et quelle complexité dans le verre. Le nez aux reflets anisés de La Gaffelière nous intrigue. Ce qui suit est heureusement tout en élégance. Balestard La Tonnelle se déguste particulièrement bien en dépit d’une petite pointe de verdeur en toute fin de bouche. Larcis-Ducasse, velouté et gourmand, se distingue aussi par son bel équilibre. Dassault et La Couspaude pourraient se révéler de beaux rapports qualité-prix. Diable, que de réussites à Saint-Emilion cette année ! L’excitation est palpable dans la salle de dégustation. Et la tension monte encore d’un cran lorsque Michel Rolland y fait son entrée. On lui fait de la place, on lui sourit et, du côté des producteurs, on avoue être honoré de lui faire goûter les vins (dixit la jeune femme rougissante qui remplit son verre). Mais la suite du marathon nous attend. Nous quittons à regret la salle de dégustation.

Retour sur la rive gauche, en route vers le Médoc maintenant. Au château Lascombes, les asiatiques sont plus nombreux que dans le Libournais. Ils étaient attendus en masse cette année. Mais aujourd’hui, nous entendons surtout raisonner l’accent anglais, et aussi, beaucoup plus que l’année dernière, américain. Le déjeuner sera léger, léger. Ceux qui nous

ont précédés ont déjà « nettoyé » le buffet. Tant mieux dans un sens, nos papilles seront loin d’être saturées lorsqu’il s’agira de déguster Château Margaux.

Le premier cru a, pour l’occasion, ouvert ses grilles. Un groupe d’asiatiques se fait photographier au pied des marches. Poliment, et aussi parce que nous ne voudrions pas laisser passer l’heure du rendez-vous, nous restons au bout de l’allée. L’accueil est parfaitement orchestré. Les groupes sont nombreux, et la dégustation organisée dans plusieurs points du domaine. Pour nous, ce sera la cuverie. Pourquoi pas, au fond ! Thibault Pontallier nous accueille. En digne héritier de son père*, il fait lui aussi preuve d’un bel enthousiasme et d’une verve tout aussi intarissable. Le livret qui nous est remis l’annonce en préambule : « C’est à peine croyable, mais pourtant confirmé : 2010 est au moins un aussi grand millésime que 2009 ! ». Nous dégustons d’abord Pavillon Rouge, qui a fait lui aussi, et cette encore, l’objet d’une sélection sévère. Thibault Pontallier nous confirme d’ailleurs la mise sur le marché d’un troisième cru, dont le nom ne nous sera toutefois pas encore révélé**. Ce vin est destiné, comme le 2009, à être commercialisé à l’issue de la mise en bouteille. Le nez de Pavillon Rouge est discret, fin, divinement épicé. La trame est serrée, l’ensemble d’une belle longueur, avec une fraîcheur qui s’explique par la climatologie du millésime (de belles nuits fraîches). Superbe !

Vient ensuite le château Margaux qui s’annonce par une robe rubis pourpre d’une densité somptueuse. Si le premier nez se montre légèrement austère et plus fermé que l’exubérant 2009, il révèle ensuite toute l’élégance caractéristique de Margaux. En bouche, la puissance est bien là, l’équilibre parfait, la texture et la finesse des tannins exceptionnelles. Une puissance admirablement maîtrisée par une texture veloutée. Moment exquis que Thibault Pontallier accompagne d’un chapelet de louanges que nous trouvons amplement méritées. « Ambassadeur » de Château Margaux à Hong Kong, il remplit avec bonheur et talent cette mission que beaucoup lui envieraient ! Michel Bettane avait octroyé un 100/100 à Château Margaux en 2009. Quelle note va-t-il pouvoir lui attribuer cette année ? Pour finir sur une belle note de fraîcheur, vient ensuite Pavillon blanc de Château Margaux. Les arômes d’agrumes jaillissent du verre, dans un ensemble concentré, complexe, très réussi. Thibault Pontallier prétend qu’on pourra l’apprécier encore dans dix ans, au bas mot. Nous, on l’aime déjà, tel quel. Malheureusement, l’heure avance, nous n’aurons que de trop rares minutes à accorder aux vins de Margaux mais nous apprécierons tout de même l’élégance de Brane Cantenac et plongerons notre nez dans le bouquet subtil de petits fruits noirs, de baies et de myrtilles de Château Siran.

Quelques kilomètres plus loin, au château Branaire Ducru, la dégustation se poursuit. Et là, la qualité du millésime éclate. Les vins se montrent au plus haut niveau. 2010 s’annonce donc aussi fort réussi dans le Médoc. L’exigence a été portée au plus haut point : puissance, équilibre, qualité des tannins, les domaines sont nombreux à avoir réalisé la quadrature du cercle. Avec, en plus, pour beaucoup d’entre eux, le soyeux et une texture veloutée qui nous fait littéralement craquer. Nos préférés ? Branaire Ducru, qui incarne la quintessence de l’élégance des saint-juliens, Gruaud Larose, exubérant, Léoville Poyferré, inimitable, Léoville Barton et son nez envoûtant, les deux Pichon (de styles pourtant bien différents) et Lynch Bages, dont quelques esprits grincheux railleront tout de même le côté un poil body-buildé. Mention spéciale pour Phélan Ségur, gourmand et parfaitement équilibré.

On ne s’inquiète pas trop pour le destin des châteaux Clerc Milon et d’Armailhac, parfaitement réussis : l’Asie va s’en emparer. Même scenario pour Beychevelle, qui malgré la légère rugosité de tannins en fin de bouche devrait aussi déchaîner les passions. L’ambiance est à la fête, les producteurs souriants, Philippe Castéja (Président du Conseil des Grands Crus classés) d’humeur toujours aussi badine, l’œnologue Franck Dubourdieu tout à l’émotion du prochain mariage de sa fille. Patrick Maroteaux (Château Branaire Ducru) promet que ses vins ne partiront pas (tous) en Asie : ouf !

Pas une minute, malheureusement, pour lézarder sur la pelouse et les transats gentiment mis à notre disposition par les propriétaires : l’heure tourne ! Et celle du goûter se profile : il est temps de se diriger vers le Château Desmirail, qui accueille cette année la dégustation des crus de Sauternes. Les arômes exotiques du château de Fargues nous envoûtent instantanément. On goûtera avec un même bonheur Doisy Daëne, Suduiraut et Rayne Vigneau. Mais déjà, Julien Minguot (du négociant La Passion des Terroirs), qui nous accompagne tout au long de cette journée s’inquiète, le train ne nous attendra pas… Retour vers Bordeaux. Cet accès de gourmandise nous aura perdus : le train n’a effectivement pas attendu. Sans rancune. Nous nous laissons réchauffer aux derniers rayons du soleil aquitain et commençons à réunir les souvenirs, nombreux et riches de cette journée. Le millésime 2010 confirme, même à l’issue un premier survol, sa fabuleuse qualité.

* Paul Pontallier est depuis 1983 le Directeur du Château Margaux.

** A l’occasion des primeurs 2009, Château Margaux avait annoncé la création d’un troisième vin. A retrouver dans le compte rendu de notre dégustation des primeurs 2009.

Primeurs 2009 : une journée de dégustation à Bordeaux

Accédez au diaporama de la journée des primeurs à Bordeaux.

A lire également :

Château Margaux, jamais deux sans trois

2010 à Bordeaux : premiers échos de la vendange

En savoir plus sur les Primeurs

Consultez les ventes de vin en cours

Recherchez la cote d’un vin

Primeurs 2010 idealwine Primeurs 2010 idealwine Primeurs 2010 idealwine Primeurs 2010 idealwine
Primeurs 2010 idealwine Primeurs 2010 idealwine Primeurs 2010 idealwine Primeurs 2010 idealwine
Primeurs 2010 idealwine Primeurs 2010 idealwine Primeurs 2010 idealwine Primeurs 2010 idealwine
Primeurs 2010 idealwine Primeurs 2010 idealwine Primeurs 2010 idealwine Primeurs 2010 idealwine
Primeurs 2010 idealwine Primeurs 2010 idealwine Primeurs 2010 idealwine Primeurs 2010 idealwine
Primeurs 2010 idealwine Primeurs 2010 idealwine Primeurs 2010 idealwine  



Thèmes : millésime 2005 | Blog vin | foire aux vins | livraison vin | guide vin | vente vin | vente bouteilles | régions
vin primeurs 2010 | prix vin | vente vin | marché du vin | millésimes | wine auction | Petrus
Acheter du vin | foire aux vins 2011 avec iDealwine : argus vin | achat vin | vin idéal | vin primeur | cote vin