De grands crus de Bordeaux au marathon de New York
28 novembre 2011 par Veronique Raisin
Les Bordeaux Grands Crus Runners, association de bienfaiteurs, ont couru le marathon de New York le 6 novembre dernier. Un défi sportif doublé d’une belle aventure humaine, avec à la clef une collecte de fonds pour une association caritative et un joli tour de piste des grands bordeaux sous le nez des Américains.
L’ambiance
Ils étaient seize sur la ligne de départ. Seize coureurs, Bordelais de coeur et d’esprit, qui se sont élancés pour la bonne cause – mais aussi pour le rayonnement du vin français – à travers les rues et quartiers de la grosse Pomme. Course mythique, le marathon de New York l’est autant pour son parcours extraordinaire – traversée du Queens, du Bronx, de Harlem, de Brooklyn, du pont Queensborough Bridge – que pour son ambiance électrique, avec quelque trois millions de spectateurs. La course est un événement non seulement à l’échelle municipale mais même nationale. Marie-Louise Schÿler, qui venait courir son septième marathon et présenter les vins du Château Pichon-Longueville Baron, a été épatée par le battage médiatique. « Les médias ne parlent que de ça, en permanence. C’est comme une fête nationale pour les Américains. Ils sont très fiers de cet événement et le font savoir ! » Pour accueillir les 45 000 coureurs, une organisation quasi militaire est déployée. Tout est prévu. Y compris l’acheminement par camions des vêtements laissés par les coureurs au départ, pour les récupérer quelque 42,195 kilomètres plus loin… On pouvait même choisir de revêtir un vieux jogging que l’on abandonnerait dès les premières foulées, ramassé ensuite par une oeuvre de charité. Impressionnant.
Ambiance de folie, ville mythique, joie communicative des New Yorkais qui acclament les coureurs à leur passage, chantent et dansent, crient « vive la France », le marathon de NY est THE BIG EVENT du mois de novembre.
La course
Les Bordeaux Grands Crus Runners n’avaient pas uniquement emporté dans leurs valises leurs shorts et leurs chaussures de course. Quelques beaux flacons faisaient également partie du voyage, l’idée étant d’associer le défi sportif, la solidarité, aux affaires… Trois dégustations étaient programmées durant ce court séjour, dont un dîner la veille du Jour J, au Four Seasons, au cours duquel les vins de chaque propriété furent servis à 120 amateurs. Hélas pour les sportifs, ils durent se contenter d’eau fraîche ! Les deux autres sessions de rattrapage furent plus festives…
Préparés et entraînés par le cardiologue Thierry Laporte, spécialiste des sports d’endurance individuels, tous ont franchi la ligne d’arrivée avec panache, malgré une nuit courte et un départ très matinal.
Le jour J, le temps était clair, la température clémente, le vent absent. Des conditions idéales. Un petit coup d’oeil – professionnel seulement – pour jauger les carrures et les physiques de l’équipe en lice : on sent bien les plus affûtés, ceux qui passeront sous les trois heures. Ronan Laborde, du Château Clinet, les a largement pulvérisées, terminant en 2h36. Modeste, il avoue avoir débuté la course à pieds il y a cinq ans, pour se maintenir en bonne forme. Encore plus fort, il a couru avec une tendinite, puis une crampe au 20e, autant dire que ce garçon a traîné en chemin… Saluons aussi les performances des deux femmes de l’équipe (hip hip hip), Cécile Daquin, Château Pape-Clément, en 3h43, et Marie-Louise Schÿler, avec un temps de 4h32.
Après un tel effort, qui alourdit les mollets mais rend le coeur léger, galvanisant même les esprits, nos coureurs sont repartis pour un second marathon, celui des vins de Bordeaux, le vrai cette fois
Une dégustation des vins des châteaux qu’ils étaient venus présenter.
Courir, lever son verre, assurer la promo, c’est bien, très bien même. Mais comme si cela ne suffisait pas, les courageux wine lovers ont aussi récolté, avec leurs pieds (en réalité au cours d’une vente aux enchères de vins), 15 000 euros au profit de l’association Lysistrata. Cette association, parrainée par Titouan Lamazou, défend la cause des femmes du monde entier et aide à lutter contre les violences dont elles sont victimes.
Après cette expérience unique, il ne restait plus qu’à se quitter en se donnant rendez-vous pour un prochain marathon ! Ce sera celui de New York, sans doute, mais aussi peut-être, en 2013, celui de la muraille de Chine. En attendant, entraînement à Paris, le 15 avril !
Quelques témoignages
Yannick Evenou, Directeur Général des Vignobles Fayat (Château La Dominique). Fondateur des Bordeaux Grands Crus Runners.
Subjugué par l’atmosphère du marathon de New York, qu’il a couru une première fois en 2006, déjà aguerri à celui du Médoc, ce bordelais (presque) d’origine a souhaité organisé une dégustation de grands bordeaux à l’issue de la course, médaille au cou. « J’ai été impressionné par le fait que tous les coureuse se baladent ensuite dans les rues de New York avec leur médaille autour du cou. Et là c’est l’effervescence : on est accueilli comme des héros, les New-Yorkais nous acclament, cela crée une ambiance incroyable« . Une jubilation encore d’actualité cette année. Et pour l’avenir ? « L’idée est d’élargir le cercle à d’autres amateurs ou professionnels du vin, de toute façon des amoureux des bordeaux et de la course à pieds. Et pour la prochaine destination, on envisage la Chine ou le Japon… Toutes les grandes capitales du monde organisent des marathons, le choix est vaste !« .
L’ordonnance du cardiologue, Thierry Laporte.
« Je suis un électron libre, amateur éclairé des vins de Bordeaux. Lorsque Yannick Evenou m’a fait part de son projet, j’ai tout de suite accepté. J’ai fait passer des tests d’évaluation à chacun et leur ai soumis un programme
d’entraînement personnalisé, basé sur la fréquence cardiaque. Je remarque une chose : sur les longues distances, les femmes ont des capacités supérieures aux hommes. » (youhouuuu ! ndlr). Et vin et sport, ça marche ? « Complètement. Les polyphénols du vin rouge ont des propriétés antioxydantes parfaites. Consommé modérément, évidemment« .
Admirez un peu les temps de chacun !
- Yannick Evenou, Château La Dominique : 4h14
- Erwan le Brozec, Château d’Armailhac : 4h17
- Jean-Emmanuel Danjoy, Château Clerc-Milon : 4h07
- Cécile Daquin, Château Pape-Clément : 3h43
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Julien Barthe (pour Château Beauséjour Bécot), Vignobles François Lurton : 4h03
- Gilles Rambaud, Château La Gaffelière : 4h19
- David Launay, Château Gruaud Larose : 4h14
- Ronan Laborde, Château Clinet : 2h36
- Lucas Leclercq, Château Lafon-Rochet : 3h32
- Kees Van Leeuwen, Château Cheval Blanc : 3h11
- Matthieu Cuvelier, Château Clos Fourtet : 4h14
- Marie-Louise Schÿler, Château Pichon-Longueville : 4h32
- Thierry Laporte, cardiologue : 3h51
- Jean-Francis Pécresse, journaliste Les Echos : 4h17
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Il y a beaucoup de coureurs bordelais aux consonnances bretonnes. On sait que les Bretons sont d’excellents sportifs, courageux et associatifs. On sait aussi qu’ils ont la réputation de savourer les bons crus et…ça leur réussit bien.