Les dégustations primeurs se sont déroulées, traditionnellement, la première semaine d’avril. Premiers échos du vignoble, en attendant les notes, et la commercialisation…
Bien malin qui réussira à dégager une tendance sur le millésime 2011 ! On le savait difficile, marqué par des conditions climatiques extrêmes : maladies inédites dans la vigne chez certains, de la grêle un peu partout, des températures inhabituellement froides aux moments cruciaux de la floraison pour tout le monde. Les dégustations primeur l’ont confirmé : 2011 est bel et bien un millésime hétérogène, plus que jamais technique pour les viticulteurs. Et, ô combien difficile à déguster. Lors de notre traditionnelle journée marathon, nous avons voulu, comme chaque année, nous faire une première idée. Coup de projecteur sur les quelques appellations dégustées.
Première étape de notre journée avec les vins de Margaux, dégustés au Château Marquis de Terme. Comme chaque année, l’Union des Grands Crus fait bien les choses : café et viennoiseries accueillent les dégustateurs parfois mal remis des agapes organisées chaque soir dans les hauts lieux du vignoble… A Margaux plus qu’ailleurs, mais nous ne le saurons qu’après, l’hétérogénéité est à son paroxysme. Certains vins se distinguent par une élégance discrète, classique, et une texture soyeuse, à l’instar du Château Brane Cantenac (récemment équipé d’un appareil de tri optique, un investissement judicieux pour les années difficiles !) et du Château Siran. On s’arrête sur le nez séducteur du Château Prieuré Lichine. On salue la souplesse et la trame fine des châteaux Malescot Saint-Exupéry et Marquis de Terme. Dans notre petit groupe les avis sont plus partagés sur le château Giscours, tout en rondeur, en fruit bien mûr (rare à Margaux) mais aux tannins légèrement asséchants. On apprécie aussi Dauzac, le château du Tertre, Labégorce et Lascombes. Les vins, très difficiles à déguster (et tout particulièrement après les flamboyants 2009 et 2010) nous laissent perplexes. Pour certains, les tannins manquent de maturité. Pour d’autres la persistance est moyenne. Il est évidemment bien trop tôt pour les apprécier, nous restons longtemps, sans réussir à dégager une impression d’ensemble sur cette appellation.
Cap sur les vins du Médoc ensuite, au Château Lagrange qui accueille la dégustation des vins de Pauillac, Saint-Estèphe et Saint-Julien. Premier constat : les châteaux absents de la dégustation se font de plus en plus nombreux. Il va s’avérer difficile, voire presque impossible d’établir un jugement à partir de la seule découverte des vins présentés dans le cadre de l’Union. Deuxième constat : peu (ou pas) de propriétaires présents derrière les bouteilles. Dommage, nous apprécions ces contacts directs et manquons de temps pour aller les rencontrer, un à un, derrière les grilles de leur propriété. Saint-Julien se distingue avec des vins souples, un fruit généreux, des tannins élégants. Coup de cœur pour le Château Gruaud Larose, le Château Léoville Barton et le Château Léoville Poyferré. Nous apprécions toujours l’élégance classique et la concentration du Château Branaire Ducru. Beaucoup de finesse au château Beychevelle, un bel équilibre au Château Gloria. A Pauillac, la palme de l’élégance et de l’équilibre reviennent aux vins des châteaux Grand Puy Lacoste et Pichon Longueville Baron. Lynch Bages, Batailley et Grand Puy Ducasse ont produit des grands classiques de Pauillac, dégageant de belles flaveurs de cassis et de fruits noirs. Clerc Milon se distingue par sa finesse. A Saint-Estèphe, le Château Phélan Ségur sort du lot avec un 2011 particulièrement gourmand, fin et exubérant.
Pourquoi tant de bois ?
U
n magret de canard plus tard (délicieux, rosé à souhait, merci l’Union !), nous reprenons la route en direction de la rive droite. C’est un château Soutard flambant neuf (enfin, côté cour du moins) qui accueille pour la dégustation des vins de Saint-Emilion. Et là, l’exercice devient vraiment difficile : c’est une véritable muraille de bois et de tannins (souvent asséchants) qu’il faut franchir avant de percevoir quoi que ce soit dans le verre. Le potentiel est réel pour nombre d’entre eux, bien sûr, mais il va falloir se montrer patient ! Et espérer que les tannins – pas toujours très mûrs – se fondent avec le temps. Certains nez particulièrement séducteurs (Clos Fourtet, Larcis Ducasse, Larmande) laissent ensuite la place à un ensemble qui se cache derrière le bois. Comment émettre, sans risque, un jugement à ce stade ? Canon La Gaffelière se distingue par une trame fine, serrée, une belle longueur et un équilibre parfait. De la finesse aussi pour les vins des châteaux La Gaffelière, Figeac et Franc Mayne. Le château Troplong Mondot s’impose par sa puissance et, malgré un boisé très marqué, sa texture veloutée, des arômes puissants et une belle finale épicée. A Pomerol, pour finir, retour à plus de souplesse et un fruit plus aisément perceptible. La Conseillante et Gazin, deux grandes réussites des millésimes 2009 et 2010, s’affichent en léger retrait, plus classiques, moins exubérants. Un coup de cœur pour le vin du château Petit Village qui propose une trame fine, serrée, une texture soyeuse et une persistance magnifique. Les châteaux Clinet, la Cabanne ou la Croix de Gay se montrent, à ce stade, moins séducteurs.
En dépit de l’organisation parfaitement huilée de l’Union des Grands Crus, la journée a filé, plus rapide que jamais. L’affluence raisonnable (moins de monde, des asiatiques mais aussi beaucoup d’Anglais et d’Américains) et les excellentes conditions de dégustation ont contribué à adoucir un exercice dont on avait commencé à oublier le caractère austère (le somptueux millésime 2009, suivi du flamboyant 2010 étaient en effet difficiles… à cracher !). Retour à la rigueur oblige, la technicité du millésime nous a contraints à passer plus de temps sur chaque vin, nous empêchant d’en évaluer autant que nous l’aurions souhaité. Impossible de goûter ni les vins de Sauternes (à grand regret, car la rumeur les annonce fort réussis), ni ceux de Pessac-Léognan. Et encore moins tous ceux, et non des moindres, qui se dégustaient au domaine. Rendez-vous dans quelques jours dans ce blog avec Véronique Raisin qui, elle, a passé plus de temps à déguster, en auguste compagnie, dans le vignoble bordelais.
Cette journée vient tout de même confirmer un point : dans une année difficile, sans relief évident en termes de qualité, le prix, plus que jamais, fera ou non le succès de cette campagne. A suivre dans un prochain article qui sera consacré, justement à la fixation des tarifs….
Retrouvez sur la page Facebook iDealwine les photos de cette journée.
En savoir plus sur les primeurs
A lire également dans le Blog :
Primeurs 2010 à Bordeaux : premières impressions du millésime (08/04/2011)
Primeurs 2009 : une journée de dégustation à Bordeaux (01/04/2010)











